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APIS. — MIEL

Plusieurs matières sucrées se rencontrent dans le miel. On y trouve toujours de la glycose (ou sucre de raisin), déviant à droite le plan de polarisation des rayons lumineux polarisés, cristallisant en petits grains blancs, compactes et agglomérés (granulations du miel), de la mellose,ou sucre de miel, en proportion analogue, liquide, incristallisable, déviant très-fortement à gauche le plan de polarisation. Outre ces sucres de présence constante, le miel contient souvent, mais pas toujours, une petite quantité de saccharose (sucre de canne), si abondant dans le nectar, et qui disparaît peu à peu avec le temps quand le miel vieillit. Ce sont surtout les miels frais de montagne qui renferment de la saccharose et aussi une proportion notable de mannite. Il n’est pas nécessaire de supposer que les Abeilles ont récolté cette substance sur les plantes, car elle a pu se former dans leurs organes digestifs par fermentation visqueuse. Enfin le miel présente habituellement un acide libre produit dans le corps de l'insecte, et qui a dû très-probablement opérer la transformation de la saccharose du nectar en mellose, qui est un sucre analogue au sucre interverti par les acides des chimistes. On a pu, en outre, isoler du miel, au moyen de l’éther, une matière colorante jaune analogue à de la cire (Dumas), et il offre toujours des matières azotées provenant sans doute du pollen. Remarquons que la glycose et la mannite ne se rencontrent pas dans le nectar et sont au contraire propres au miel. Quand ce produit est vieux et altéré par un commencement de fermentation, on y constate la présence des acides lactique et acétique.

On a d'habitude admis l'identité du miel avec le nectar des fleurs, d'après ce fait que le miel conserve fidèlement l’arome des fleurs d’où il provient. Il n’y a cependant rien d’extraordinaire à la persistance de ces traces d'essence, qui peut coïncider parfaitement avec la modification des principes fondamentaux. Ne voyons-nous pas, malgré la température élevée de la distillation, les eaux-de-vie de vin conserver ces aromes variés qui font leur réputation ou les décrient, les eaux-de-vie de cidre et de poiré garder les goûts de pomme et de poire, etc. ? Les apiculteurs savent récolter du miel parfumé au Sainfoin, au Trèfle, au Réséda, à l’Acacia, etc., en plaçant à l'époque voulue une calotte ou une hausse à la ruche fixe, et, bien plusaisément, au moyen de la ruche à rayons mobiles, en disposant de nouveaux cadres qu'on enlève quand les gâteaux sont remplis du miel désiré. Je m'étonne qu'on n'ait pas encore cherché à obtenir par ce procédé des miels thérapeutiques, en plaçant des ruches près de plantes à propriétés énergiques, rassemblées en nombre suffisant. Quelque chose d’analogue avait été tenté, avec succès, à Auteuil (Paris actuellement), par M. Leblond : il nourrissait ses Abeilles avec des sirops de sucre ou de miel rendus purgatifs par additions convenables, etles rayons remplis par les Abeilles étaient livrés en pharmacie comme purgatif aisé à prendre par les enfants.

Commerson a trouvé qu'à l’île Bourbon les Abeilles donnent un miel

qui a le parfum des fleurs de l’Acacia heterophylla, où Tamarinier des hauteurs. Biot et de Candolle ont remarqué, le premier aux îles Baléares, le second dans les environs de Narbonne, que le Romarin seul donnait au miel de ces deux pays ses qualités supérieures. Le miel des environs de Reggio (royaume de Naples) a le parfum de la fleur de l'Oranger; celui du mont Hymette doit le goût exquis qui lui a valu sa juste célébrité aux Labiées qui couvrent cette montagne; celui de la Provence à la Lavande, et ceux de Valence et de Cuba à la fleur de l’Oranger.C'est l'influence d'une flore plus riche et plus parfumée qui explique cette assertion de Cardan, que le miel des pays chauds est meilleur que celui des pays froids (De varietate rerum, Cap. xxv).

S'il est des plantes qui permettent aux Abeilles de récolter un miel plus suave, il en est d’autres au contraire qui lui communiquent des propriétés fâcheuses : ainsi le Sarrasin et la Bruyère donnent au miel de Bretagne et de beaucoup de pays de l'Allemagne du Nord une coloration foncée et un goût médiocre. Cette influence des fleurs sur le miel peut même aller jusqu'à des actions délétères. Olivier de Serres avait parfaitement reconnu l'influence des plantes sur la qualité du miel, quand il dit que les fleurs de l'Orme, du Genèêt, de l'Euphorbe, de l’Arbousier et du Buis donnent de mauvais miel. Seringe rapporte le fait de deux pâtres suisses qui sont morts empoisonnés pour avoir mangé du miel recueilli par les Abeilles sur les Aconitum Lycoctonum et Napellus. Labillardière, au rapport de M. Couverchel (Traité des fruits, p.644), pense que la Coque du Levant (Cocculus suberosus, DC.) communique ses propriétés vénéneuses à certains miels de l'Asie Mineure, qui, bien que sucrés, sont souvent d’un usage très-dangereux. Dans la célèbre Anabase ou Retraite des Dix-mille, des soldats grecs à la solde de Cyrus le jeune, qui revinrent en Grèce après la bataille de Cunaxa, près de Babylone, en traversant toutes les provinces de l'empire d’Artaxerxès, situées sur les bords de la mer Noire, Xénophon, leur chefet leur historien, rapporte(1) que dans la Colchide, après que les barbares eurent pris la fuite : «Les Grecs trouvèrent beaucoup de villages abandonnés et s’y cantonnèrent... Il y avait de nombreuses ruches, et tous les soldats qui mangèrent des gâteaux de miel eurent le transport au cerveau, vomirent, furent purgés, et aucun d'eux ne pouvait se tenir sur ses jambes; ceux qui n’en avaient que goûté avaient l’air de gens ivres ; ceux qui avaient mangé davantage ressemblaient, les uns à des furieux, les autres à des mourants. On voyait les soldats étendus sur la terre, comme après une défaite ; la même consternation régnait parmi eux. Personne néanmoins n'en mourut, et le transport cessa le lendemain, à peu près à la même heure où il avait pris la veille. Le troisième et le quatrième jour ils se levèrent fatigués, ainsi que des malades qui ont usé d’un remède violent. » Tournefort, qui visita ces mêmes contrées (Voyage au Levant, t. II,

(4) Liv. IV, chap, vi.

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