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APIS. — MIEL

p. 228), a reconnu que les faits rapportés par Xénophon et contestés par quelques auteurs, étaient identiques à ceux qui se présentent encore quelquefois en Mingrélie (l’ancienne Colchide), et qu’on devait attribuer ces accidents à ce que les Abeilles butinaient le nectar des fleurs de l’Azalea pontica, et peut-être aussi du Rhododendron ponticum. B.S. Barton (Trans. of American Soc. of Philadelphia, t. V, p. 51) a observé des phénomènes analogues pour le miel récolté par les Abeilles sur des plantes de la même famille, telles que Kalmia angustifolia, latifolia et hirsuta, et Andromeda Mariana.C’est probablement à une cause de ce genre qu'il faut rapporter la mort de ces deux médecins de Rome empoisonnés, au dire de Galien (Opera, lib. 1, cap. a), avec du miel dont on leur avait fait cadeau.

Cette action propre et spécifique des fleurs nous explique comment la saison de la récolte influe sur le miel dans la proportion où elle influe sur la flore locale. Aïnsi, d'après Bosc et Allaire, les marchands de pains d'épice de Reims distinguent très-bien, pour l'usage de leur fabrication, le miel du printemps provenant des fleurs des Saules marsaults, de celui de l’automne récolté sur le Sarrasin. M. A. Siau (Sur l'industrie abeillère des Pyrénées-Orientales, 1858) a indiqué qu'à Argelès-sur-mer, le miel de la première récolte (mai) est roux et peu estimé, car il a été pris sur des Labiées mêlées de beaucoup de Borraginées et d'Osyris, tandis que celui du mois d'août est blanc, car les Abeilles butinent alors sur les hautes prairies (albères), dont la flore est plus exclusivement aromatique ; au contraire, à Rivesaltes, le miel de la récolte de mai, provenant des Cistes et des Labiées, est blanc et parfumé ; celui de la récolte d'août, dû aux Genèêts et à d’autres Légumineuses, est roux et moins beau.

On comprend, en raison de cette extrême influence des fleurs sur la qualité du miel, que les apiculteurs ont cherché à remplir en toute saison leurs ruches de miel de belle qualité. Un des moyens employés est de faire voyager les Abeilles avec leurs ruches, afin que, lorsque les plantes qui fournissent le meilleur miel dans un endroit ont passé fleur, on puisse les retrouver dans un autre lieu, ou rencontrer des plantes différentes, mais avantageuses. C'est là une pratique bien ancienne, car Columelle dit que les Grecs transportaient chaque année leurs ruches de l’'Achaïe dans l’Attique, au moment où la floraison était passée dans la première de ces deux provinces et commençait dans la seconde; leurs Abeilles jouissaient donc d’un printemps dent la durée était double, ce qui leur donnait le moyen de faire une double récolte.

La flore des montagnes, avec ses époques graduées suivant l'altitude, permet aisément l'emploi des transports.Dans le Roussillon on fait voyager les ruches, non par eau, ainsi que les Égyptiens sur le Nil, mais à dos de mulet et de nuit, et, comme il n'y a jamais que quelques lieues à parcourir pour varier de flore selon l’altitude, les inconvénients de ce mode de voyage demeurent très-légers: ces courses des Abeilles dans les

montagnes sont tout à fait comparables à celles des troupeaux transhumants. Dans le Gâtinais, les Abeilles récoltent en juin l'abondante provision de leur excellent miel sur les Sainfoins ; au printemps elles butinent sur les Safrans, mais seulement pour y prendre du pollen, etmême l'attraction exercée sur elles par ces fleurs est souvent fâcheuse, car elle: les excite à sortir trop tôt par des temps froids. Enfin en automne, en Gâtinais et en Sologne, on porte les ruches sur des chariots à la Bruyère des forêts, afin qu'elles puissent se refaire pour passer l'hiver.

Quand on se préoccupe du produit de ses ruches, soit comme qualité, soit comme quantité, il faut examiner avec soin la météorologie, le sol et les cultures du pays où l’on veut placer le rucher. Un pays sec est plus productif qu'un pays humide, parce que les plantes y sont plus riches en nectar et sont en général plus odoriférantes. Quand on se trouve dans des contrées à flore naturelle, ainsi de forêts et de prairies de Graminées, c’est surtout au printemps qu’on aura la principale récolte de miel. Dans les contrées à floraisons rapides, dues aux cultures de l’homme, Golza, prairies artificielles (Légumineuses), Sarrasin, c'est à l’époque de leurs fleurs que le miel abonde. C’est un grand bénéfice pour l’apiculteur quand le pays réunit les deux avantages à la fois; on a alors pour la récolte le printemps, l'été et même l'automne, et les ruches peuvent alors donner des quantités énormes de miel. L'essaimage naturel est l'indice certain de la grande récolte de miel. C’est en raison de la floraison considérable de la Bruyère et du Sarrasin en automne, que dans quelques contrées (Landes, pour la Bruyère; Bretagne, Basse-Normandie, Bresse, Sologne, pour le Sarrasin) qui donnent des produits moins parfaits que des localités plus favorisées en fleurs parfumées, on s’adonne plus particulièrement à la culture des Abeilles, la quantité remplaçant la qualité.

Quand on habite un pays où, sous l’influence des saisons, la flore change complétement de caractère, il sera bon de fractionner sa récolte et d’en faire concorder les époques avec les changements de végétation, de telle sorte qu’on puisse conserver séparément des miels dont les qualités ne seront pas identiques. Les calottes, les hausses, et surtout les ruches à rayons mobiles, sont très-avantageuses à cet effet. n'est, en conséquence, rien de plus variable et de plus local que l’époque de la récolte du miel; il faut, en général, faire en sorte que les Abeilles gardent toujours une forte réserve pour les mauvais jours qui surviennent de bonne heure dans les années à automne froid et pluvieux. De cette manière on évitera, au printemps suivant, une forte mortalité, ou le soin et la dépense d’un nourrissement artificiel.

L'étude des plantes mellifères est encore très-peu avancée, et cependant, au point de vue scientifique et pratique, ce sujet offre un grand intérêt, car il suffit d'un petit nombre d'espèces très-mellifères dans un rayon de 2 ou 3 kilomètres autour du rucher, pour assurer au cultivateur d’abondantes récoltes.

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Si, sous le rapport du nombre d'espèces fréquentées par les Abeilles, on examine la végétation dans son ensemble, on voit, d'après les calculs du Dr Alefeld, de Darmstadt, que les Abeïlles fréquentent, en Allemagne et en Suisse, environ 1700 plantes phanérogames, c'est-à-dire la moitié du nombre de celles de ces contrées. Mais si l’on examine comment se distribuent ces plantes à la surface du sol, on reconnaît bientôt que dans un rayon de quelques kilomètres autour d’un rucher pris isolément, la quantité de ces plantes diminue dans une proportion considérable. Ainsi, pour un rayon de 6 kilomètres autour du rucher du D" Alefeld, limite extrème du parcours des Abeilles, il n’a plus compté que 250 espèces mellifères. M. de Layens n'en a guère compté qu’une cinquantaine dans une région très-cultivée. Par ce dernier exemple on voit combien la culture diminue le nombre des plantes à miel ; mais, en compensation, il arrive souvent que des prairies artificielles composées de Trèfle, de Sainfoin, de Luzerne, le Colza au printemps et le Sarrasin en automne, offrent aux Abeilles une large provende.

Si maintenant on compare les plantes sous le rapport de leur puissance mellifère, on reconnaît qu'il existe entre elles de très-grande; différences. Si tous les phénomènes météorologiques favorables à la production du nectar dans les fleurs se réunissent dans la plus forte proportion, Le plus grand nombre d’espècesmellifères fournit simultanément la matière sucrée, et l'on peut alors avoir une indication approximative de la puissance mellifère comparée des espèces, suivant qu'on les observe au même moment, fréquentées par plus ou moins d'Abeilles. M. de Layens a dressé une liste de trente-trois plantes, divisées en cinq groupes, le plus mellifère désigné par le chiffre 5, le moins mellifère par le chiffre 4 : (5) Pastinaca sativa, Salvia pratensis, Origanum vulgare, Echium vulgare, Trifolium pratense, Melilotus arvensis.—(4) Angelica silvestris, Scrofularia aquatica, Mentha rotundifolia, Onobrychis sativa, Verbena officinalis. — (3) Cirsium arvense, Lappa tomentosa, Heracleum Sphondylium, Lotus corniculatus, Gypsophila repens, Centaurea Jacea, Taraxæacum Dens-leonis, Sinapis alba, Lappa minor. — (2) Mentha aquatica, Stachys palustris, Brunella vulgaris, Daucus Carota, Centaurea paniculata, Stachys recta, Teucrium Chamædrys, Leontodon autumnalis, Cirsium lanceolatum. — (1) Eryngium campestre, Polygonum Hydropiper, Polygonum aviculare, Eupatorium cannabinum.

L'étude de la puissance mellifère des plantes permet de constater certains faits curieux : ainsi lorsque les espèces de l'indice 4 donneront du miel, toutes les autres en fournissent aussi; mais l'inverse n’a pas lieu.

On peut dire que la force de la miellée est en raison du nombre de plantes qui donnent du nectar au même moment. À mesure que le nectar diminue dans les fleurs, le nombre des espèces fréquentées par les Abeilles est de plus en plus restreint. Les espèces abandonnées les pre-

mières sont celles qui donnent le plus rarement de nectar, et, dans les temps de faible miellée, les Abeilles ne visitent plus que les fleurs qui le fournissent le plus aisément et le plus facilement.

On se tromperait beaucoup si l'on concluait de ce qu'une espèce est très-nectarifère, que les autres espèces du même genre botanique ie “sont également. Ainsi, par exemple, dans les genres Melilotus, Salvia, Acer, Echium, etc., toutes ou presque toutes les espèces sont nectarifères au même degré, tandis que dans les genres Mentha, Epilobium, Polygonum, etc., certaines espèces ont du nectar au plus haut point, ainsi le Sarrasin (Polygonum Fagopyrum), tandis que d’autres ne sont jamais fréquentées par les Abeilles.

Si maintenant on compare entre elles les plantes nectarifères au même degré, on trouve aussi entre elles de fortes différences. Ainsi, par exemple, M. de Layens a remarqué que les Epilobium, les Sedum, les Sempervivum et les Echinops des Alpes fournissent du nectar, même par les temps secs, tandis qu'une foule d’autres genres, nectarifères au même degré que les précédents, ne sont fréquentés par les Abeilles que lorsque le sol est plus ou moins chargé d'humidité. Enfin il est évident que les plantes à floraison successive, comme les Mélilots, etc., ont beaucoup plus de chance de fournir un nectar plus abondant que les autres.

En résumé, pour qu'une espèce mérite les frais d’une culture à titre de plante nectarifère, il faut qu’elle remplisse à la fois les conditions suivantes : sa floraison doit être de longue durée; elle doit produire du nectar, même par les temps relativement secs, et ce nectar être de bonne qualité ; enfin il faut qu’elle ne soit pas difficile sur la nature du sol, afin que l’apiculteur puisse l'élever dans des terrains sans valeur. On voit donc que si l'on élimine successivement toutes les espèces qui ne réunissent pas ces conditions, le nombre des plantes recomman dables à placer autour du rucher devient fort restreint. Nous engageons à consulter une liste dressée par M. G. de Layens pour les plantes mellifères vivaces qu’il est bon de planter autour du rucher, et qui fleuriront sans semis annuels, dans les différents mois de l’année. (Bull. Soc. d’apiculture de l'Aube, 1°* trimestre de 1875, p. 366, Nogent-sur- Seine.)

Le miel n’est plus considéré aujourd’hui, par personne, comme un don du ciel (aerii mellis cœlestia dona, Virg.), comme la salive des astres (quadam siderum saliva, Pline), l’expectoration des étoiles (stellarum sputum esse somniant, Thomas Moufett); tout le monde sait que ce produit d’un grand commerce est dû uniquement aux Abeilles, et principalement à l’Apis mellifica et ligustica. Les miels du commerce varient de qualité suivant leur mode de préparation : il est d’autant moins bon qu’on aura employé pour l’extraire une chaleur plus forte et une compression plus énergique des gàteaux; par le repos, il se débarrasse, en grande partie, des débris de couvain et des par-

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