APIS. — COMPOSITION DE LA CIRE
de l’acide carbonique, sans aeroléinc ni acide sébacique. Quand on fait réagir l'acide azotique sur la cire, on voit successivement se produire les acides margarique, pimélique, adipique, lipique, œnanthylique et succinique. Par une lessive concentrée et bouillante de potasse, la cire bien pure se transforme complétement en savons solubles, et dans la saponification par l’oxyde de plomb, on voit qu'il ne se forme pas de glycérine. Sous des influences oxydantes, ainsi en la chauffant avec de la chaux potassée, il se produit un savon d’où l’on retire de l'acide stéarique, et celui-ci, par une oxydation ultérieure, se convertit en acide margarique. Il n’y a donc, entre les principes de la cire et ceux des corps gras ordinaires, que la différence d'une oxydation plus ou moins avancée.
Purifiée par l’eau bouillante et par l'alcool froid, on trouve dans la cire deux principes immédiats en proportions variables, d'une solubilité très-différente dans l'alcool chaud. L'un est la cérine ou acide cérotique, de formule C°#H540#, fondant à 70°, soluble dans environ 16 parties d'alcool bouillant, de réaction acide très-prononcée sur le papier de tournesol, et cristallisant en petites aiguilles, après refroidissement dans l'alcool. L'autre, presque insoluble dans l'alcool et même l’éther bouillants, est la myricine,ou mieux palmttate de myricyle, éther composé. Il y à en outre, dans la cire (1), une petite quantité d'une autre substance, la céroléine, très-molle, fondant à 280,5, très-soluble dans l'alcool et l’éther froids, acide au papier de tournesol.
On est encore mal éclairé sur la matière colorante jaune de la cire qui augmente peu à peu avec le temps et la présence prolongée des Abeilles ; car la cire à l’origine est blanche, puis d'un jaune très-pâle. Cette couleur paraît due à des émanalions du corps des Abeilles, et doit par conséquent se relier à leur nourriture, dépendre de la nature des sols, de la coloration des pollens, d'une façon analogue à ce qui arrive pour les miels. On a des cires naturelles qui varient du rouge jaunâtre au jaupe-citron et au jaune verdâtre ; on ne peut expliquer comment une cire colorée, produite dans tel canton et avec du miel butiné sur telle fleur, blanchit facilement au pré, par l’action de l'ozone de la rosée, tandis qu’une cire d’un autre canton, avec du miel d’une autre fleur, est rebelle au blanchiment.
D'après B. Lewy, en comparant la cire blanchie sur le pré avec la cire non blanchie, on trouve que la dernière contient plus de carbone et moins d'oxygène, et que la différence peut aller à 1 pour 100. IH ya quelque chose d’analogue aux analyses comparées des cheveux blonds et des cheveux noirs. La cérine provenant de la cire blanche contient de même plus d'oxygène et moins de carbone que la cérine de la cire non
(4) B. Lewy, Note sur la cire des Abeilles (Compt. rend. Acad. des Sc. 1843, XVI, p. 675). — Recherches sur les cires en général (Compt. rend. Acad. des Sc., 1845, XX, p. 34).
blanchie tandis que la myricine, de l’une ou l’autre provenance reste tout à fait la même.
Le prix élevé de la cire, que rien ne peut remplacer pour certains vernis, et qui est la matière obligée des cierges liturgiques, explique les nombreuses falsifications qu'elle subit dans le commerce, en outre de ses imitations plus ou moins réussies par des mélanges de résines et de corps gras.
Si la cire est mêlée de matières grasses, ainsi de suif même en faible quantité, elle donne à la distillation sèche de l'acide sébacique et de l’acroléine, si reconnaissable à son odeur (celle de la friture); si l'on étend d’eau les produits de cette distillation, on obtient avec la solution d’acétate de plomb un précipité de sébate de plomb. Quand on soupçonne un mélange d'acide stéarique, on réduit la cire en grumeaux et on les traite par l’eau de chaux. Celle-ci donne un trouble granuleux de stéarate de chaux, s'il y a falsification, tandis qu'elle demeure claire avec la cire pure. L'acide sulfurique, fumant et chaud, charbonne la cire et n’attaque pas la paraffine, qui surnage. S'il y a incorporation de colophane ou de poix de Bourgogne, l'alcool à 30° dissout ces matières résineuses, qu'on en sépare ensuile par évaporation. Enfin les matières inertes jointes à la cire, sciure de bois, plâtre, kaolin, terre d'os, farine de pois, fécule, sont insolubles dans les huiles et la benzine, qui dissolvent la cire.
Depuis quelques années il y a dans le commerce des cires minérales, ressemblant par la couleur, la consistance et la cassure à la cire d’Abeilles. Elles n’ont ni sa densité, ni son point de fusion, et proviennent de la distillation de certains combustibles fossiles d'Europe et d'Amérique. Malheureusement des industriels tentent de faire des mélanges de vraie cire, de cire minérale et de stéarine, ayant la même fusibilité et la même densité que la sécrétion des Abeilles, de manière à dérouter la plupart des connaisseurs et à permettre des falsifications trèsdifficiles à déceler (1).
(1) Les cires minérales ou fossiles ont été longtemps à peine connues et vaguement indiquées dans les ouvrages de minéralogie ; depuis leur emploi industriel ‘elles ont été mieux étudiées, et nous croyons utile de donner quelques caractères physiques et chimiques de nature à aider le commerce des ciriers pour déceler les falsifications.
Les cires minérales sont des hydrocarbures, souvent mélangés entre eux et voisins des bitumes. Ce sont des substances dont beaucoup sont cristallisables, en partie isomères de l'essence de térébenthine, différant surtout les unes des autres par la température de fusion. Elles proviennent fréquemment des arbres résineux enfouis dans les tourbières, et rarement des lignites ou des formations houillères.
La principale est l’ozokérite ou ozocérile, dite paraffine naturelle. Elle est moins dense que l’eau, d’un éclat cireux sur sa cassure, qui est conchoïdale dans un sens, et translucide en écailles minces, Sa couleur est d’un vert-poireau foncé;