CERATINA
blissent toutes deux leurs nids dans les tiges sèches de la ronce, avec les mêmes particularités, et sans qu'on puisse les distinguer. C’est en juin et juillet que les Cératines creusent la moelle des tiges sèches de la ronce, au moyen de leurs mandibules bifides au bout, de façon à y pratiquer un tuyau cylindrique, variant de 10 à 30 centimètres de longueur. Le tuyau est divisé en cellules par des cloisons d'environ 3 millimètres d'épaisseur, concaves de part et d'autre, formées de débris de moelle pressés, mais non agglutinés; les cellules, au nombre de deux à vingt-cinq à peu près, ont 6 à 8 millim. de longueur, et dans chacune est déposé un tas elliptique de pâtée mielleuse, jaune ou orangée, suivant la nature du pollen recueilli. Sur cette pâtée, la femelle pond un œuf d’un blanc jaunûtre, long d’un millimètre, un peu arqué, d'où sort une larve deux ou trois jours après. Les larves sont blanches, glabres, un peu courbées, atteignant 6à 8 millimètres, de treize segments, à mandibules coniques et roussâtres, et quatre mamelons surmontés d'un petit bouton conique, représentant les palpes maxillaires et labiaux; elles rendent par l'anus une assez grande quantité d’excréments jaunàtres et ellipsoïdaux; les nymphes sont sans cocons et n'ont acquis leur couleur brune qu'au bout d’un mois. On trouve en mème temps, dans la même tige de ronce, des Cératines à tous les degrés de développement, de l’œuf à la nymphe. Elles mettent deux mois à subir leur évolution, et sortent à l'état adulte à la fin d'août et en septembre. Comme alors elles n’ont plus le temps de faire de nouvelles cellules et de les approvisionner, elles passent l'hiver, ou tout le temps des froids et des pluies, engourdies et sans nourriture, dans le creux des tiges sèches de la ronce, où on les trouve vivantes en hiver, quelquefois au nombre de vingt dans le même réduit. On comprend donc l'exactitude des assertions de Spinola, disant qu'aux environs de Gênes les Cératines paraissent à la fin du mois de mai et au commencement de juin, qu'il n'y en a plus en juillet, et qu'on les voit reparaitre en août pour disparaître avant la fin de l'automne.
Les poussières polliniques se logent parmi les poils roussàtres, épais et en brosses, qui sont sous les cuisses et sous les hanches, et le pollen est divisé en deux tas bien distincts par l’articulation coxo-fémorale.
Fr. Smith (1854) dit -avoir observé C. cœrulea, Villers, très-industrieusement occupée à creuser une branche morte de rouce ; des morceaux de moelle étaient tombés sur la terre immédiatement au-dessous et une grande quantité de poussière fraîche avait été poussée au dehors. Le frêle insecte arrivait au bout de la branche et en sortait, et, après s'être exposé au soleil pendant quelques minutes, y rentrait et recommençait ses travaux. Vers la fin du jour, après avoir bouché le trou d'entrée, Fr. Smith rompit la branche et y trouva le mâle et la femelle de la Cératine. Peut-être s’agissait-il d'une hibernation.
Le D' Giraud (Mémoire sur les insectes qui habitent les tiges sèches de la ronce, Ann. Soc.entom. de Fr., 4° série, 1866, t. VI, p. 443 et suiv.) confirme
pleinement fes observations de ses devanciers. Malgré l’insignifiante apparence des instruments de récolte des Cératines, il est incontestable que les poils qui garmssent leurs pattes postérieures servent à recueillir le pollen des fleurs. M. Giraud a vu cette récolte s’opérer ainsi que l'avaient constaté MM. L. Dufour et E. Perris.
L'hivernage des €. albilabris et cœrulea dans les étroites galeries creusées dans la ronce est un fait non moins constant, qui permet d'obtenir ces insectes vivants à toutes les époques de l'hiver, rarement solitaires, parfois au nombre de près d’une vingtaine. Les mêmes habitudes appartiennent à l'espèce plus rare, C. callosa, Fabr., et probablement aussi à une autre espèce européenne, C. chalcites, Germar, Giraud. Les travaux de nidification, la vie de la larve et ses métamorphoses, ont lieu en mai, juin et juillet, et l’insecte nouveau se montre dès le mois d'août et jouit de la liberté jusqu'à la saison froide, qui l'oblige à chercher un refuge dans les tiges qui lui avaient servi de berceau, pour ne reprendre son activité qu'au mois de mai suivant, de sorte que la durée de la vie des adultes est d'environ neuf mois. Les Cératines, comme les autres insectes rubicoles, ne peuvent pas entamer la partie ligneuse des tiges et sont forcées de choisir celles qui, ayant été cassées par accident ou coupées lors des émondages, présentent à nu leur partie médullaire, aisément entamée par les mandibules. Les amateurs feront bien de couper au sécateur les tiges de ronce sur les bords des chemins, avec la précaution que la portion de tige qui demeure en place soit dirigée en bas, condition que recherchent les femelles nidifiantes de divers Apiens, afin de protéger leurs nids des eaux pluviales. On recherchera en hiver les tiges sèches de ronce perforées à un des bouts, en les coupant à une distance convenable pour ne pas endommager le chapelet, quelquefois fort long, de cellules qu'elles peuvent contenir. On se procure ainsi ais ‘ment de nombreux Hyménoptères, et leurs parasites et carnassiers variés.
M. Gerstäcker (op. cit.; Stettin entomol. Zeitung, 1869) fait la remarque que le genre Ceratina présente une irrégularité surprenante dans le nombre et la forme des articles des palpes maxillaires, tantôt, selon les espèces, avec 4, 5 ou 6 articles, parfois, chez certains sujets, 4 articles d’un côté et5 de l’autre, ou 5 à un palpe, 6 à l’autre. Peut-être existe-t-il une irrégularité analogue, selon les espèces et les sujets, pour les palpes labiaux, car Gerstäcker y compte deux articles, Lepeletier trois et Fr. Smith quatre. Aux pattes antérieures et médianes des deux sexes les cuisses sont fortes en bas, élargies presque de manière à former un angle, et, de même que les cuisses postérieures, largement et profondément creusées jusqu'aux deux tiers de leur longueur. Chez les femelles, les pattes postérieures, de la hanche au métatarse, sont garnies de longs poils collecteurs de pollen, que l'on trouve recouverts de cette substance chez les sujets vivants. Les cuisses et les jambes postérieures des males sont fortement ciliées en dedans; les ongles des tarses ne sont