MEGACHILE
Il est probable que les Mégachiles exotiques nidifient de la même facon que les européennes, avec revêtement intérieur de feuilles coupées. Une espèce récemment décrite, de la Nouvelle Calédonie, M. australis, Lucas, établit ses demeures, aux environs de Nouméa, dans des terrains plus ou moins meubles ou dans des anfractuosités, tapissées au moyen de feuilles d’un arbrisseau, non plus taiilées en rond, comme le fait M. centuncularis, mais seulement coupées en deux dans le sens transversal. Un fait bien curieux d'une adaptation vraiment intellectuelle a été constaté (1) pour un de ces nids, rappelant tout à fait la paresse raisonnée de la Xylocope, mettant ses cellules superposées dans le tuyau d'un Nécrentome. Le fourreau de feuilles imbriquées les unes dans les autres, long de 6 centim., large de 8 à 9 millim., était élabli dans l'ouverture interne d'une serrure. Le nid tubiforme était fermé au fond, mais sans cellules, les insectes étant éclos et sortis.
Le principal genre parasite des nids des Mégachiles est le genre Cœlioxys, Latr.
Un fait remarquable nous est offert dans le genre Megachile pour le système nerveux (Ed. Brandt, op. cit., p. 615): c’est une différence dans le nombre des ganglions de la même espèce selon le sexe. Le mâle a quatre ganglions abdominaux et la femelle cinq. De même les Bourdons femelles et ouvrières ont six ganglions abdominaux, tandis que le mâle n’en a que cinq; les Abeilles ouvrières cinq ganglions abdominaux, tandis que la reine et le faux-Bourdon n'en ont que quatre.
La plupart de nos Mégachiles ont le ventre roux. Le type de ce groupe et du genre est M. centuncularis, Linn. (pl. Lxxi, fig. 7 : 7 a, antenne du mâle; 7 b, labre; 7 c, mandibule; 7 d, mâchoire; 7 e, lèvre inférieure). Les deux sexes ont de 9 à 41 millim. La femelle est noire, avec une pubescence cendrée ; l'abdomen, peu poilu en dessus, a le bord postérieur des segments garni de poils couchés blancs, les poils de la palette ventrale d’un roux vif. Les ailes sont transparentes, à peine enfumées, les pattes à poils blanchâtres, les tarses noirs, à ongles roux. Chez le mâle, le treizième article des antennes est grand, large, comprimé, les poils du vertex et du thorax roux, les pattes en partie rousses ou testacées; le sixième segment de l’abdomen concave en dessus, légèrement denticulé en scie, le septième segment dorsal petit, triangulaire, aigu, l'anus entier. Cette espèce, qui coupe les feuilles des Églantiers des bois et des Rosiers des jardins, est commune près de Paris, et se trouve dans toute l’Europe, y compris la Laponie, et pareillement dans le nord de l'Amérique, la baie d'Hudson, le Canada.
Parmi les. auteurs étrangers qui ont décrit avec soin la nidification de cette espèce, nous devons citer G. Newport (On the Habits of Megachile
(1) H. Lucas, Études pour servir à l’histoire de l'Eumenes Germaint et du Megachile australis, et observations sur leurs nids (Ann. Soc. entom. Fr. 5° sér., 4876 N0eNI p.294)
centuncularis, in Trans. entom. Soc. of London, 1845-1847, t. IV, p. 1 à 5). Il étudie la construction du tube de ponte en feuilles de Rosier, la larve et son cocon de soie brune filé en juillet, et où elle se prépare à la nymphose. Ajoutons : Fr. Smith, Descriptions of the British Species of leaf-cutter Bees (Mouches coupeuses de feuilles), with Observations on their economy (Newman Zoologist, 1844. t. I, p. 689 à 697).
Une autre espèce du même groupe, M. pyrina, L. S'-F., plus grande, munie d'une manière générale de poils d’un roux cendré, est abondante près de Paris, et se trouve aussi en Angleterre et dans le midi de la France. Elle fait assez souvent son nid dans le terreau des arbres pourris et creux, et se sert pour l’enveloppe de morceaux de feuilles, telles que celles de Poirier ou de Marronnier d'Inde. Le mâle a les trochanters de la première paire des pattes dentés, le bord du sixième segment crénelé, largement excavé au milieu, l'anus armé d’une épine courte.
Dans le même groupe de Mégachiles à ventre roux se trouve une série d'espèces dont les mâles ont les tarses antérieurs dilatés. Une d'elles emploie pour son nid les feuilles de la Bourdaine (Rhamnus Frangula). C’est M. circumcincta, Kirby, de 41 à 12 millim., de France et des environs de Paris, des îles Britanniques, de Danemark, de Finlande, noire, avec des poils roux sur la tête et sur le corselet, le dessus des trois premiers segments de l'abdomen et les pattes, ceux des segments 4 et 5 et de l’anus noirs, la palette ventrale d’un roux vif, les ailes transparentes, à peine un peu enfumées vers le bout, à nervures noires ; le mâle a le sixième segment profondément excavé en dessus, largement mucroné sur son bord inférieur, l'anus denté sur les côtés, pointu au milieu. A côté de cette espèce se trouve M. maritima, Kirby, ou lagopoda, Fabr., de 13 à 15 millim., des îles Brilanniques, de France, d'Allemagne, de Suède, grande espèce à poils d'un blanc grisâtre, les bords inférieurs des segments abdominaux blanchâtres, se distinguant aisément des espèces voisines par les longues mandibules proéminentes de la femelle, les antennes du mâle simples, ses mandibules tridentées, ses jambes postérieures en massue. Le mâle a le dernier article des antennes long, dilaté, non globuleux, le sixième segment profondément excavé en dessus, à peine sinué sur les côtés, crénelé sur son bord inférieur, l'anus bidenté. D’après Fr. Smith les femelles de cette espèce coupent les feuilles des diverses espèces de Baules. On trouve cette espèce à Toulouse et à Montpellier, et elle est fouisseuse par excellence (Marquet).
Un groupe peu considérable de Mégachiles européennes présente la brosse ventrale blanchâtre. Le type est M. argentata, Fabr., de 8 à 9 millim., espèce noire, à poils cendrés sur la tête et le thorax, ainsi qu'au bord postérieur des segments abdominaux, bien reconnaissable à la brosse ventrale de la femelle d’un blanc grisâtre, à sa lèvre beaucoup plus longue que les palpes. Le mâle présente les cuisses