CERCERIS
qu'il résulte d’une fusion de trois ganglions abdominaux de la larve; l'abdomen présente six ganglions simples. Le système nerveux est donc bien moins concentré que chez l’Abeille.
Une des espèces parisiennes répandue dans presque toute l'Europe, et qui remonte le plus au nord, puisqu'on la trouve en Angleterre dans les lieux sablonneux et en Suède, est le C. arenaria, Linn., syn. lœæta, Fabr. (pl. Lxxin1, fig. 10, antenne (femelle) : 10 &, labre; 40 b, mandibule ; 10 ce, mâchoire; 10 d, lèvre inférieure, de 8 à 12 millim. de longueur). L’insecte est noir varié de jaune ; la tête noire, jaune sur les côtés; les antennes noires, à premier article jaune chez la femelle, jaunes chez le mâle avec une ligne noire ; le chaperon noir, avec taches jaunes sur les côtés, le chaperon de la femelle à peine ou trèsdoucement élevé au bout; le corselet noir, avec taches jaunes sur les côtés; l’écusson noir, le postécusson jaune ; les ailes un peu rousses, transparentes, un peu enfumées vers la côte et au bout; les pattes jaunes, variées de noir sur les hanches et les cuisses; l’abdomen avec quatre bandes jaunes. Le mâle a le chaperon faiblement tridenté au bout, le dernier article des antennes subsinueux; l'abdomen fortement ponctué, le pénultième segment ventral ayant au bout une frange longue et serrée, Cette espèce approvisionne ses nids de Curculioniens. M. Westwood avait cité comme proie le genre Strophosomus. Lepeletier St-Fargeau a étudié avec beaucoup de soin les mœurs de cette espèce, qu'il observait par centaines dans un bout d'allée pavée sur le parterre du château de S'-Germain en Laye. Les femelles faisaient leur fouille presque verticalement dans l'intervalle des pavés, puis recourbaient le tuyau sous le pavé. Au fond se trouvait une provision de huit à dix Charansons adultes, pris presque tous parmi les espèces très-dures et à élytres connées, comme les Cleonus, etc., et à peu près de vingt-cinq espèces différentes. Les Coléoptères sont choisis par la femelle encore immatures, au moment où ils sortent de la nymphose, ne peuvent encore marcher et sont faciles à entamer par les mandibules de la larve du Cerceris, en raison de la mollesse de leurs téguments. Au bout de quelques jours, ces proies enlevées des nids du Cerceris devenaient bien actives et à peau très-dure. Le Charanson est charrié renversé, le ventre contre celui de la femelle de l'Hyménoptère, qui l'emporte dans un vol assez lent, les tarses de ses six pattes appliqués contre le corps de la ravisseuse, qui le retient de son côté avec les épines de ses jambes; elle s'en sépare, au moment de l'introduire dans le tuyau du nid, en s’élevant de terre sur ses tarses et le détachant d'elle au moyen des épines des jambes. Les larves, par leurs efforts, séparent la tête du Charanson du reste du corps, puis vident celui-ci à l'intérieur, en dévorant ses parties molles et respectant toutes les parties externes chitineuses. Chaque tuyau ne contient qu'un œuf, d'où naît une larve d’un blanc jaunûâtre, filant sa coque à l'entrée de la cellule du fond, où sont les corps des Curculioniens, et y
attendant Jlongtemps la nymphose en état de torpeur. Certains Charansons de ces nids sont restés entiers, mais offrent un petit trou rond sur une de leurs épaules élytrales élevées en tubercule, et l’on voit parfois près de ceux-ci une pupe de Muscien. Des Tachinaires ou Entomobies voltigeaient en effet en assez grand nombre sur l’espace où les Cerceris nidifiaient, sans toutefois entrer dans les nids.
C'est au moment où l'Hyménoptère entraine sa proie à l'orifice du terrier que la Mouche, qui planait au-dessus, fond sur elle et colle un œuf à l'épaule du Charanson. La destination de la victime est dès lors changée; elle était offerte à une larve de Cerceris, elle nourrira une Tachinaire. L'instinct a appris au Diptère que le Charanson rapporté par le Fouisseur est apte à nourrir sa larve, vu la mollesse des téguments, et que le Cerceris a su déterrer une proie que la Mouche n’aurait pu trouver. Le C. arenaria est très commun dans tout le Languedoc sur l'Eryngium campestre et sur l'Echinops Ritro pendant tout l'été, et M. Marquet a vu qu'il nourrit ses larves de Cleonus immatures, à téguments mous. Il est indiqué aussi du gouvernement de Kief, en Russie, de même que l’espèce suivante (1).
Le C. ornata, Latr., a la même zone de distribution que le C. arenaria. Cette espèce, longue de 6 à 12 millim., est noire, fortement ponctuée, avec les antennes noires, au moins en dessus, le premicr article jaune en dessous, ferrugineuses en dessous à partir du troisième ; le thorax et la face tachés de jaune ; les hanches et les cuisses noires, le bout de celles-ci, les jambes et les tarses jaunes; les deux premiers segments de l'abdomen à bande jaune, le troisième presque entièrement jaune çcaractère distinctif). Le mâle diffère par ses antennes noires, l'abdomen à trois bandes jaunes, les jambes ayant une grande tache noire, les tarses postérieurs bruns, les antérieurs non épineux, le chaperon doucement convexe, avec d'épaisses franges jaunes de chaque côté. Cette espèce, qui offre de nombreuses variétés, creuse des terriers obliques, qu'elle approvisionne d'Hyménoptères mellifiques, principalement d'Halictes (voy. p. 814), plus rarement d’Andrènes. Une de ses variétés, d'après M. Fabre, donne en pâture à ses larves de petits Iyménoptères térébrants, des genres Bracon , Microgaster, Diplolepis, etc.
Une troisième espèce de Cerceris, très-curieuse par ses mœurs, d'Espagne, du midi de la France, notamment des Landes, du Vaucluse, des environs de Montpellier, etc., est le C. bupresticida, L. Dufour, découverte en 1808 aux alentours de Madrid. La femelle, longue de 12 millim., a le corselet et l’écusson noirs et sans taches, ainsi que le premier segment abdominal. Il y a trois taches jaunes à la face; les écailles sont jaunes ; les cuisses sont souvent noires avec, l'extrémité
(1) Gustave Belke, Nofice sur l'hist, nalur. du district de Radomysl, qouv. de Kief (Bull. de la Soc. impér. des natur. de Moscou, 1866, t. XXXIX, 17° part. p. 542).
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jaune, ou bien jaunes à partir de la moitié, et le reste des pattes jaune. L'abdomen, noir en dessous, offre en dessus quatre bandes jaunes, la première échancrée en arrière, les autres avec une large tache en avant. Le mäle, très-rare et un peu plus petit, n'a pas de râteau aux tarses de devant, et présente une épine de chaque côté du pénultième segment ventral de l'abdomen. Ce Cerceris, qui se capture, comme beaucoup d’autres Fouisseurs, sur les fleurs des Alliacées et des Ombellifères dans les jardins, construit ses terriers sar un sol horizontal, battu et compacte, comme les allées de jardins, les sentiers des collines boisées de Chènes ou de Pins. Ces terriers, creusés en sol sec et dur, exposés au grand soleil, ne s'éboulent pas. Les outils perforants sont les mandibules et les pattes antérieures munies de piquants qui font l'office de râteaux. Les déblais sont mis en tas, comme une petite taupinière. La galerie se coude bientôt, pour ne pas être comblée par la poussière que soulève le vent, et a 18 à 20 centimètres de longueur et souvent davantage. Au fond de chacune sont cinq cellules séparées et indépendantes les unes des autres, disposées en demi-cercle, creusées de manière à avoir la forme et presque la grandeur d’une olive, polies et solides à leur intérieur. Pour recueillir et explorer ces nids, il faut enlever d'un coup toute la molte de terre, circonscrite à l'avance par une sape carrée, et la fouiller. Une seule espèce de proie s'y rencontre, ce sont les riches Buprestiens, de genres et de tailles variés. Ils sont pleins de larves à tout âge, attachées à leurs victimes, et de coques de ces larves, tout incrustées de cuivre, de bronze ou d'émeraude. Trente nids ont fourni à L. Dufour 450 Buprestiens, des genres Ancylocheira, Agrilus, Eurythyrea, Phænops, Chrysobotrys, lPtosima, dont les larves vivent dans les Pins, les Chênes, les Peupliers. La ration ordinaire est de trois Buprestes par cellule, probablement plus pour les petites espèces. Près de Montpellier, M. Lichtenstein a trouvé, dans les nids de cette espèce, des Buprestiens du genre Sphænoptera. HN faut remarquer que la plupart des Buprestiens de ces nids sont presque introuvables pour les entomologistes. La fraicheur des Buprestes fait supposer que le Cerceris les saisit à l’éclosion, à leur sortie des galeries ligneuses, et leur tube digestif n’a que du méconium, sans liquide puisé au dehors. Probablement une odeur spéciale guide la femelle dans la capture exclusive de Buprestiens, très-différents du reste comme espèces, grandeur, forme et coloration.
L. Dufour ({) a recueilli dans trente nids, à cinq cellules chacun, quatre cent cinquante Buprestiens. Ils étaient morts en apparence, mais conservaient l4 flexibilité articulaire de tous leurs appendices. Un coup d’aiguillon avait probablement produit l’anesthésie., Au reste, ce n'est pas là le seul moyen, car le Palarus flavipes, Latr., Crabronien
(4) L. Dufour, Observations sur les mélamorphoses du Cerceris bupresticida (Ann. s:. nalur. 2001., 2° série, 1841, t. XV, p. 353).
qui approvisionne ses larves avec des Hyménoptères de groupes trèsvariés, leur tord la tête, ce qui lèse les cordons nerveux.
Le Cerceris, revenant de chasse, dépose momentanément son gibier à la porte du trou, y entre à reculons, puis, après, vient saisir la victime avec ses mandibules, et l'entraine au fond du clapier. La mère pond un œuf par cellule, au milieu des trois victimes, et bouche ensuite la cellule avec de la terre. Vers la mi-août, quand les provisions sont consommées et les larves incluses dans les cocons de nymphose, on voit encore la mère visiter le terrier, sans y rien apporter, pour s’assurer qu'il n’y arrive pas d'accident. On l'y rencontre souvent le soir, et il est probable qu'elle y passe la nuit.
La larve, parvenue à tout son développement, est longue de 42 millimètres, le corps ayant treize segments, outre la tête, blancs et subglabres, ce corps atténué en avant et recourbé en hameçon, le dernier segment un peu plus étroit que les autres et oblong. La tête est dégagée, un peu cornée, ovale-arrondie, avec le chaperon subquadrilatère, le labre demi-cireulaire, de très-petites antennes comme une soie ; les mandibules brunes, cornées, avec une petite dent près de la pointe; les mâchoires ovales-oblongues, avec palpe d’un article, et la lèvre analogue, aussi à palpe uniarticulé. Cette larve ronge les Buprestes par le ventre, et, arrivée à son terme en sept ou huit jours, file un cocon d'un roux pâle, oblong, piriforme, fermé par un couvercle plan, à tissu résistant et sec, comme une forte pelure d'ognon, revêtu au dehors de grains de terre et de fragments incrustés d'élytres de Buprestes. Quand elle s’engourdit pour dix ou onze mois dans le cocon, elle est d’un jaune soufre, tétraèdre par rétraction des anneaux, garnie de quatre séries longitudinales de tubercules triangulaires, la tête au gros bout du cocon.
Le plus grand des Cerceris de France est le C. tuberculata, Germar (syn. major, Spinola), espèce du midi de la France, d’Espagne et d'Italie, se prenant à Cette sur les fleurs de l’£chinops Ritro, et qu'on doit rechercher en France jusqu’au centre du pays; je dirai même aux environs de Paris, dans les lieux secs et bien insolés, car elle est indiquée de Belgique dans le Catalogue du British Museum. Une variété a été étudiée par M. Fabre, aux environs d'Avignon, au pied du mont Ventoux. Les taches de l’abdomen de la femelle sont toutes d’un jaune franc, tandis que, dans le type, elles sont ferrugineuses sur le premier segment. À la seconde quinzaine de septembre, il creuse ses terriers, non sur le sol horizontal, battu et compacte d’une allée, comme le C. bupresticida, Duf., mais sur une face verticale de talus à pic, de terre argileuse ou de sable des ravins de la mollasse, à l'exposition la plus complète des rayons du soleil, et, si cela se peut, sous quelque pierre ou creux naturel formant un auvent protecteur. Bien que ces Fouisseurs soient solitaires, une dizaine d’insectes de la même espèce rapprochent jieurs nids, dont les orifices, le plus souvent assez