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CERCERIS

distants les uns des autres, arrivent parfois jusqu'à se toucher. Ils arrachernt avec leurs mandibules les grains de gravier du fond du trou, et en poussant péniblement la lourde masse au dehors, ou grattant les parois de leurs couloirs avec les râteaux acérés de leurs tarses de devant, forment un tas de déblais, qu'ils balayent au dehors à reculons, et qu'ils font ruisseler sur les flancs du talus en longs filets pulvérulents.

D'autres semblent se reposer et lustrent leurs antennes et leurs ailes sous l’auvent naturel qui, le plus souvent, protége leur domicile, ou restent immobiles à l'entrée de leurs trous, montrant seulement leur large face carrée, bariolée de jaune et de noir. D’autres, enfin, avec un grave bourdonnement, voltigent sur les buissons voisins de Chêne à kermès (Quercus coccifera), où les mâles, sans cesse aux aguets aux environs des terriers en construction, ne tardent pas à les suivre. Souvent des combats s'engagent, et deux mâles se roulent sur la poussière. Ensuite, l’un d’eux s'envole à perte de vue avec une femelle, pour aller s’accoupler sur quelque broussaille. De moitié plus petits que les femelles et presque aussi nombreux, ces mâles rôdent à proximité des terriers, mais sans y pénétrer et sans prendre part ni aux laborieux travaux de mine, ni aux chasses pénibles des femelles (1).

En peu de jours, les galeries sont prêtes, d'autant plus que celles des années précédentes sont employées de nouveau, après quelques réparations. Leur diamètre est assez large pour qu’on puisse y plonger le pouce, et l’insecte peut s’y mouvoir aisément, même avec son énorme proie. Leur direction, qui est d’abord horizontale, jusqu’à un décimètre à 1,5, fait subitement un coude, et plonge plus ou moins obliquement, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre. Sauf la portion horizontale et le coude du tube, le reste ne parait réglé que par les difficultés du terrain, comme le prouvent les sinuosités, les orientalions variables, qu'on observe dans la partie la plus reculée. La longueur totale du terrier atteint & ou 4 décimètres. A l'extrémité la plus reculée se trouvent des cellules en assez grand nombre, chacune approvisionnée avec cinq ou six cadavres de Curculioniens.

La victime du Cerceris du mont Ventoux est presque toujours un Cleonus de grande taille, le Cleonus ophthalmicus, Rossi, très-rarement le Cleonus alternans, Oliv. Le géant des Cerceris de la Provence s’attaque au géant des Cleonus de la région. Le ravisseur arrive, portant au vol sa proie entre les paltes, ventre contre ventre, tête contre tête, et s’abat lourdement à quelque distance de son trou, pour achever le reste du trajet en trainant le Charanson avec ses mandibules sur un plan trèsincliné, au risque de fréquentes culbutes, après lesquelles la mère re-

(4) L. Fabre, Observations sur les mœurs des Cerceris et sur la cause «de la conservation des Coléoptères dont ils approvisionnent leurs larves (Ann. sc. natur., Z00L., 1855, t. IV, p. 129-150, Supplément, id., 1856, t. VI, p. 183- 489 : Note sur Les Cerceris, etc.

prend sou butin dans la poussière. La puissance musculaire est énorme, car le Cerceris, qui pèse 150 milligrammes, emporte au vol un Charanson qui en pèse 255. Si l'on enlève à la femelle sa victime, elle retourne en chercher une autre, et cela huit ou dix fois de suite, sans se lasser.

Les Charansons des nids du C. tuberculata sont vivants, mais privés de mouvement, et l'on peut les conserver plusieurs mois dans des tubes, sans qu'ils pourrissent ni se dessèchent. La défécation s'opère chez eux pendant la première semaine après la capture, et, si on les excite par la vapeur de benzine, on les voit remuer les antennes et les pattes; plus tard, il faut le courant voltaïque pour déterminer les mêmes mouvements.

Afin de reconnaitre comment le Cerceris anesthésie ses victimes, il faut lui enlever un Cleonus engourdi, qu'il apporte à très-petite distance de son trou, et lui substituer un autre Cleonus bien vivant. Le Cerceris se met avec lui face à face, recourbe son abdomen, et darde vivement son dard, à la jointure du prothorax, entre la première et la seconde paire de pattes. La victime, sans mouvements convulsifs, tombe comme foudroyée. Puis le ravisseur la retourne sur le dos, se met ventre à ventre avec elle, jambes deçà, jambes delà, l’enlace et s’envole. Au point atteint, on ne voit ni blessure ni épanchement de liquide. Chez les Buprestes et les Charansons, à la suite du ganglion prothoracique, est un gros ganglion fusionné du mésothorax et du métathorax. La lésion par le venin de ce ganglion amène l’anesthésie totale immédiate, car les mouvements des ailes et des pattes dépendent de cet important centre nerveux. Au contraire, les larves vertes du Charanson, emportées par la Guêpe solitaire de Réaumur (Odynerus spinipes), à ganglions nerveux disséminés, sont bien moins anesthésiées.

M. Fabre a essayé de reproduire ces anesthésies, sans mort complète, sur des Coléoptères de divers groupes, en leur inoculant une gouttelette d'ammoniaque par piqûre, à la jointure du prothorax, en arrière de la première paire de pattes. L'effet serait foudroyant et complet dans les groupes à ganglions nerveux thoraciques rapprochés, comme les Lamellicornes, les Buprestes, les Charansons. Chez les Carabiques, les Mélasomes, les Longicornes, à centres nerveux thoraciques espacés, l'effet est moins prompt, variable, peu durable souvent. Nous devons dire que cette dernière partie du mémoire de M. Fabre a été fort contestée.

Nous signalerons encore dans le genre Cerceris, surtout parmi les espèces européennes, le C. Ferreri, L. S'-F., qu'on prend dans le Languedoc, sur les fleurs des Eryngium, approvisionnant ses larves. de Curculioniens divers, le plus souvent des genres Silona, Phytonomus, Cneorhinus, et surtout, et parfois sans mélange, du Rhynchites beluleti vivant, de sorte que ses victimes sont alors aussi riches d'éclat que celles du C. bupresticida ; le C. quadricincta, Latr., entassant dans chaque cellule jusqu'à trente petits Charansons appartenant presque

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