TRIPOXYLON
RRIPOXKELON, Latr, — Tête grosse, plus large que le corselet; trois ocelles en triangle sur le vertex. Mandibules arquées, sans dents, n'ayant qu’une seule petite crénelure à la partie interne. Antennes presque en massue dans les mâles, plus filiformes dans les femelles, peu distantes à la base, ayant le premier article plus court que le troisième, le second transverse et globuleux, les autres cylindriques, allant en augmentant d’épaisseur, le dernier allongé. Thorax long et grêle, écusson très-grand. Ailes courtes, les supérieures ayant la nervure transverse ordinaire placée loin avant la fourche du cubitus, et de mème aux ailes inférieures, qui ont le lobe basal court et ovale. Pattes presque lisses, sans cils ni épines, le quatrième article des tarses brusquement plus petit. Abdomen long et en massue, sans valvule, le premier segment canaliculé, graduellement aminci à sa base en pétiole, les segments dorsaux largement imbriqués.
Le type du genre Tripoxylon est le T. fiqulus, Linn., de France, de Belgique, de la Grande-Bretagne, de Suède, de Finlande, de Laponie, d'Allemagne et d'Italie. Ce Fouisseur, commun aux environs de Paris, est long de 8 à 10 millimètres (pl. Lxxui, fig. 3), entièrement noir, ainsi que toutes les pattes, les antennes, les écailles. On le reconnait à ses longues antennes, seulement un peu épaissies au bout, au chaperon mulique au bout et arrondi tronqué, aux yeux qui sont à peine plus éloignés supérieurement qu'inférieurement; les ailes, légèrement enfumées, ont un petit stigma noir, la côte et les nervures noires, les inférieures ayant les hameçons interrompus au milieu. Le pétiole du premier segment abdominal ne dépasse pas le milieu des cuisses postérieures. Les jambes intermédiaires ont d’assez longs calcars pâles, les ongles des tarses sont mutiques et munis d’une grande pelote. Chez le mâle la face est couverte d’une pubescence soyeuse argentée, le dernier article de l'antenne est crochu au bout, le septième segment dorsal de l'abdomen subtronqué au bout, dépassant le même segment ventral.
Cet insecte est très-commun au printemps sur les Rosiers et les Anthemis. Linnæus avait annoncé, après Bergmann, que son Sphex potier maçonnait son mid et y apportait des Araignées. Latreille confirma ces observations en disant que la femelle pond un œuf dans les trous qu’elle rencontre dans le vieux bois, d’où le nom de Perce-bois qu’il donna au genre, y dépose de petites Araignées destinées à nourrir ses petits, et ensuite en ferme l'ouverture avec de la terre détrempée, et que la larve apode et blanche ressemble à celle de l’Abeille et se file une coque très-mince, d’un brun jaunâtre. Au contraire, Lepeletier St-Fargeau et Audinet-Serville (Encyclop. méthod., t. X, p. 479) prétendirent que le Tripoæylon, dépourvu de cils et d'épines aux pattes et aux tarses, est un parasite des nids. Ils disent avoir toujours vu les T. figulus et clavicerum entrer dans les trous du vieux bois creusés par d'autres Fouisseurs, et en ressortir parfois chassés par les propriétaires
légitimes. Lepeletier avoue plus tard un certain doute à cet égard, en reconnaissant que leurs tarses antérieurs sans cils sont cependant capables d'approprier à usage personnel les vieux nids et d’en balayer la poussière ligneuse, et que les mandibules peuvent suffire, soit pour creuser des bois pourris, soit pour porter de faibles proies, qui seront poussées dans le trou, creusé ou rajusté, au moyen de la tête, par l'effort de tout le corps.
MM. L. Dufour et E. Perris ont bien démontré les premiers (1) que ce Tripoxylon est un Fouisseur et un de ceux qu'on trouve le plus fréquemment dans les tiges sèches de la Ronce. Il creuse dans la moelle un canal de 3 millimètres de diamètre sur une longueur qui peut varier de 60 à 200. Au fond de ce conduit il dépose un œuf elliptique et jaunàtre, et sur cet œuf il entasse trois ou quatre petites Araignées, sans distinction de genre ni d'espèce; puis, à un intervalle de 12 à 16 millimètres, il construit une cloison transversale en forme de soucoupe, composée de terre et de débris de moelle, pétris ensemble et fortement agglutinés. Sur cette cloison sont déposés un autre œufet d’autres Araignées, et ainsi de suite, jusque près de l'orifice extérieur de la branche de Ronce, qui sert à la femelle d’entrée et de sortie. Ces cloisons constituent autant de loges bien distantes et sans communication les unes avec les autres ; leur nombre varie de une à huit.
Le conduit creusé par le Tripoxylon, dont le corps est long et étroit, est pratiqué dans l'épaisseur même de la moelle, dont la couche externe forme paroi, tandis que, dans les nids creusés par les Cératines et les Odynères, toute la moelle est enlevée. Cette différence montre bien que le Tripoxylon est l'artisan propre de sa demeure, ce qui ne l'empêche pas d'utiliser au besoin d'anciens conduits, par cette paresse intelligente dont les Hyménoptères nidifiants donnent si souvent la preuve.
C’est à la fin de mai et en juin que le Tripoxylon creuse son nid. Les larves éclosent en juillet, et mettent environ un mois à se développer. La larve à sa grandeur, avec quatre séries longitudinales de mamelons, est longue de 6 millimètres sur 1,5 environ d'épaisseur, apode, d’un jaune très-pâle, de 13 segments, fléchie antérieurement, ce qui lui donne un aspect bossu très-prononcé. En septembre elle s'enferme dans une coque, longue de 8 millimètres sur 2 de largeur, formée d’une étoffe soyeuse très-fine, lisse, sèche, d’un blanc jaunâtre mat et demi-opaque. L'extrémité qui regarde l’orifice antérieur de la tige est convexe ; l’autre bout est tronqué, terminé par un disque plat et précédé d’une légère constricture : c’est un réservoir d'excréments noirâtres et agglutinés. La coque ne touche pas aux cloisons transversales des loges : séparée le plus souvent de la paroi inférieure par des débris d’Araignées, céphalothorax et surtout pattes, elle est sus-
(4) Op. cit. (Ann. Soc. entom. Fr., 1840, t. IX, p. 4 à 53).