TRIPOXYLON
pendue et accrochée aux parois du tube de moelle par de nombreux filaments soyeux et déliés.
La larve passe tout l'hiver en torpeur dans son cocon et ne se change en nymphe qu'au printemps. Cette nymphe est blanche, et a, de chaque côté du bord postérieur des segments 2, 8, 4, 5 de l'abdomen, une pointe conique très-apparente, blanche ou subdiaphane, En dessous chacun de ces segments porte deux autres appendices rapprochés et bifurqués. On voit aussi des pointes à l'extrémité de tous les articles des tarses, mais elles sont courtes et émoussées. Pour cette nymphose il s'est opéré un étranglement entre les segments 5 et 6 de la larve; 1 devient la tête, 2 et 3 le prothorax et le mésothorax, 4 et 5 le métathorax, l’écusson et le pédicule ou premier segment de l'abdomen. Les yeux se voient, sur le premier segment de la nymphe future, en taches roses réniformes, et les ocelles se manifestent par trois points de la même couleur en triangle. Les ailes et les pattes se dessinent par des stries et des élévations peu distinctes. La nymphe sort alors de la peau de larve, qui se fend sur le dos des segments 2 et 3, et la nymphe, avec le secours des pointes de l'abdomen et des tarses, refoule cette peau jusqu à l'extrémité de son corps, où elle se pelotonne et demeure ordinairement attachée. La tête de la larve parait accompagner le reste de la dépouille. Alors toutes les parties de l'adulte se montrent bien distinctes. La tête n’est plus inclinée comme dans la larve, le thorax ne parait plus gibbeux ; les antennes sont couchées sous le corps, les pattes repliées sous la poitrine, les tarses se dirigent parallèlement aux antennes; les ailes, à l’état rudimentaire, appliquées sur les pattes intermédiaires. Les yeux sont déjà noirs, selon le fait habituel, que tout le corps est encore blanc; puis, peu à peu, la nymphe passe entièrement au noir. Les pointes transitoires de l'abdomen et des tarses ne changent ni de couleur ni de consistance, et finissent par se flétrir et disparaitre.
Le Tripoxylon ailé sort en mai par l'extrémité convexe de la coque, qu'il déchire largement etirrégulièrement. En éclosant, il rejette au fond de sa coque un méconium d’abord liquide, qui se solidifie peu à peu par précipitation de masses amorphes très-blanches d'acide urique ou d'un urate.
Le docteur Giraud a confirmé tous ces détails (1), et a vu que le T, figulus nidifie dans les tiges sèches de la Ronce et de beaucoup d'autres plantes, toujours avec des Araignées pour victimes. Souvent son habitation lui est commune avec le Cemonus unicolor, Panzer. La même tige renferme une série de cellules d’une des espèces, puis de l’autre, chacune ayant son industrie et ses provisions spéciales. Le T. figulus niche encore dans les galles fusiformes du Roseau abandonnées par le Diptère qui les construit, le Lipara lucens, Meigen. Parfois ces mêmes galles contiennent en même temps des cellules du Cemonus unicolor. Consulter à ce sujet : D' Giraud; Mémoire sur les
(1) Op. cit., Insectes des tiges sèches de la Ronce (Ann, Soci entom, Fr.,1866).
Insectes qui vivent sur le Roseau commun (Verhandl. zool. botan. Gesells. in Wien, 1863, t. XIIT, p. 1282). Les mœurs du T. figulus ont aussi été reconnues en Angleterre par MM. Westwood et Kennedy, qui l'ont vu transporter de petites Araignées, et par M. Fr. Smith (1).
Un grand nombre de carnassiers font la guerre aux larves du T. figulus, à savoir plusieurs espèces de Chrysis et d'Hedychrum, des Ichneumon, Anomalon, Cryptus, Ephialtes, l'Eurytoma rubicola (Chalcidiens), le Fœnus affectator, Fabr. (Evaniens), de forme élancée comme sa victime.
Une seconde espèce de Tripoxæylon, des environs de Paris comme le précédent, et ayant très-sensiblement la même distribution géographique, est le T. clavicerum, L. S'-K. et Aud.-Serv., de même grandeur que le précédent, noir comme lui pour tout le corps, mais dont il diffère par des antennes noires plus courtes et en massue, le chaperon bidenté au bout, les yeux plus distants du double supérieurement entre les ocelles qu'inférieurement entre les antennes, tous les genoux ferrugineux, ainsi que les tarses antérieurs, les jambes de devant testacées. M. Marquet dit avoir vu cette espèce s'introduire en été, près de Toulouse, dans les trous perforés par les Anobium, ou Vrillettes (Coléoptères xylophages), et établir son nid dans ces étroits tuyaux.
Une autre espèce, le T. scutatum, Chevr., a été découverte par M. Chevrier aux environs de Genève. Ce qui distingue tout de suite la femelle de celle du T. figulus, c’est un écusson occupant la plus grande partie de l’espace compris entre les yeux (Mittheilung. der Schweiz. entom. Gesellsch., Schaffhouse, août 1867, p. 231).
Outre ces espèces européennes, le genre Tripoxylon renferme une vingtaine d’autres espèces des Indes, de Singapore, de Java, de Sierra- Leone, du Brésil, des Antilles, de Californie, des États-Unis et de la baie d'Hudson.
CRABRONIDES PROPRES.
Antennes brisées et courtes. Aïles supérieures ayant une cellule cubitale, la cellule discoïdale obsolète, la cellule radiale tronquée au bout et munie d’un appendice; ailes inférieures avec un petit lobe basal, la nervure radiale partant de la base sous un angle droit ou obtus, ensuite obsolète. Jambes intermédiaires avec un seul calcar, et très-rarement sans Calcar chez les mâles. Abdomen ayant le second segment ventral non déprimé à la base, le sixième offrant une valvule distincte chez la femelle. Nous diviserons les Crabronides propres, avec M. C. H. Thomson, en deux groupes, les Crabroniens et les Oxybélines.
(1) Fr. Smith, On the habits of Tripoxylon (Trans. Soc. Entom. of London, 1856-1858, t. IV, Proceedings, p. 77).
CRABRU. 933
CRABRONINES.
Tôte ayant les yeux à orbites intérieures {rès-convergentes; chaperon couvert d’une pubescence argentée, plus rarement dorée. Ailes supérieures avec la nervure basilaire fourchue. Métathorax mutique.
CRABRO, Fabr. — Corps court, assez épais. Tête très-large et assez arrondie. Yeux glabres ; ocelles disposés en triangle sur le vertex, parfois presque en ligne courbe ou triangle très-obtusangle. Mandibules le plus souvent bifides au bout. Antennes coudées insérées à la base du chaperon, filiformes dans les femelles, presque fusiformes dans les mâles, ayant quelquefois les articles en scie. Thorax ovalaire. Ailes supérieures avec une cellule radiale appendiculée et une seule cubitale très-longue, recevant à son extrémité une seule nervure récurrente ; ailes inférieures ayant le lobe basal ne dépassant pas le plus souvent la nervure transverse ordinaire. Pattes longues et robustes, les tarses antérieurs des femelles ciliés, leurs jambes postérieures armées de fortes épines. Abdomen allongé ou un peu en massue, plus ou moins subsessile, ou du moins n'ayant pas le pétiole dilaté au bout en globe, souvent orné de taches et de bandes jauues ; anus de la femelle fortement acuminé, creusé en gouttière, ses côtés garnis de poils roides, spiniformes.
Le grand genre Crabro, détaché par Fabricius des Spheæ de Linnæus, compte plus de cent cinquante espèces dans le Catalogue du British Museum, répandues dans presque toutes les régions de la terre, un certain nombre de la ceinture arctique d'Europe et d'Amérique, quelques-unes des extrémités continentales, Cap, Chili, de la Tasmanie, de la Nouvelle-Zélande, des iles Sandwich.
Dans les adultes du genre Crabro, il n'y a que deux ganglions nerveux thoraciques, tandis que les Cerceris en présentaient trois, le second ayant toujours dans son milieu une échancrure plus ou moins prononcée, indice de la fusion de deux ganglions larvaires. L’abdomen n'a que trois ganglions, le dernier toujours très-grand, produit par une fusion des quatre derniers ganglions abdominaux de la larve (Ed. Brandt). Nous sommes donc en présence d’un système nerveux très-perfectionné par concentration.
Les auteurs ont subdivisé les Crabro en nombreux genres, qui ne sont presque tous que des sous-genres, comme l'indique M. E. Blanchard, el comme le reconnäit M. C. G. Thomson, qui a encore modifié la classification de Lepeletier S'-Fargeau et Brullé (1). Nous ne pouvons, dans un ouvrage élémentaire, entrer dans ces minutieux détails, et
(1) Lepeletier St-Fargeau et Brullé, Monographie du genre Crabro, de la famille des Hyménopières fouisseurs (Ann. Soc. entom. Fr., 1834, t. WT, p. 683).
nous devons nous contenter de citer quelques Crabro, choisis parmi les plus répandus, et surtout des environs de Paris.
Le C. cephalotes, Fabr., appartient au sous-genre Crabro propre, formé d'espèces ayant les pattes simples, et dont les articles 3, 4, 5, 6 des antennes des mâles sont longs, fortement échancrés à leur base et portant une dent à leur extrémité. Long de 40 à 44 millim. (pl. Lxxur, fig. 5), il a le corps noir ; la tête très-forte, noire et pubescente ; les antennes noires, avec leurs deux premiers articles jaunes en dessous; les mandibules jaunes, avec leur extrémité noire; le thorax noir, avec une ligne jaune sur le prothorax, quelquefois une autre sur l’écusson et une au-dessous, d’un jaune vif; les ailes diaphanes, avec leurs nervures roussâtres ; les pattes jaunes, avec les hanches et les cuisses noires; l’abdomen noir, avec le segment 1 orné d’une bande jaune sinueuse, les segments 2, 3, 4 ayant une bande jaune à leur base, parfois un peu interrompue, à presque entièrement jaune. De France et des environs de Paris, de Belgique, de Grande-Bretagne, de Danemark, de Suède, de Norvége.
Le C. cribrarius, Linn., la Guépe ichneumon de de Geer, de 10 à 14 millim., de toute l'Europe jusqu'en Laponie, et de la Grande-Bretagne, appartient au sous-genre Thyreopus, L. S'-F,., offrant les jambes antérieures des mâles dilatées et excavées à l'intérieur, qui est parsemé d'une pubescence argentée, Il est noir et hérissé de poils; les antennes noires, élargies dans leur milieu et excavées en dessous chez les mâles; une strie frontale oblique contre les yeux, le front excavé ; le mesonotum du thorax longitudinalement strié; les ailes supérieures ayant la cellule cubitale recevant la nervure récurrente derrière l’origine du radius ; les jambes et les tarses jaunes. Chez la femelle il y a au corselet deux lignes jaunes, l’une sur le prothorax, l’autre sur l’écusson ; l'abdomen offre une bande transversale jaune sur le premier segment et sur les segments 5 et 6, et deux taches jaunes sur les segments 276; Us:
Dans le sous-genre Solenius, L. S'-F., nous citerons le S. vagus, Linn., de toute l'Europe, nidifiant en Angleterre dans les vieux Saules, se trouvant en Algérie, près d'Oran (H. Lucas). Long de 7 à 42 millim., il est noir, l'abdomen et les pattes variés de jaune, les flancs du mésothorax striés; le mâle offre les tarses intermédiaires ayant les articles 4 et 2 prolongés intérieurement en dent au bout, et le sixième article des antennes émarginé. Le C. rubicola, L. Dufour, trouvé en France dans les Landes, et aussi en Suède, a de 7 à 9 millim., noir; l'abdomen et les pattes variés de jaune, les flancs ponctués; le mâle ayant les tarses intermédiaires à peine prolongés en dent au bout, le cinquième article des antennes légèrement et le sixième un peu plus émarginé. Le C. lapidarius, L. S:-F., se trouve dans les Landes et dans le Langucdoc, en Sicile et près d'Alger, en mai.
C’est à propos de cette espèce que L. Dufour a démontré, avec l'ac-