CRABRO
quiescement de Lepeletier S'-Fargeau (1), que le sous-genre Thyreus doit disparaître, le T. veæillatus étant le mâle du C. ou Solenius lapidarius. Dans ce sous-genre Solentus, le mesosternum est bordé au milieu ant rieurement; les mandibules sont armées à l'intérieur d’une dent médiane, tridentées au bout chezles femelles, bidentées chez les mâles; l'abdomen offre le troisième segment souvent immaculé ou n'ayant de chaque côté qu'un point jaune. Les femelles ont le chaperon couvert d’une pubescence argentée et tronquée au bout; les mâles ont les tarses antérieurs non excavés en écaille, mais avec une dilatation doucement aplanie.
Les proies que les femelles des Crabro apportent pour leurs larves son! assez variées. Il en est qui emmagasinent dans leurs nids des Pucerons, ainsi le C. Aphidum, L. S'-F., du genre Crossocerus. Le plus souvent ils s'attaquent à des Diptères, tantôt emportant une foule d’espèces différentes, tantôt ne s’attachant au contraire qu'à une seule.
M. Goureau (2) a observé en mai, à Collonges, sur les bords du Rhône, une espèce de Crabro, qu'il n’a malheureusement pas déterminée. Le Crabron, dit-il, marche en tenant la Mouche entre ses pattes, étendue sous son ventre; s'arrête à l'endroit qui lui paraît propice, gratte le sable avec ses pattes antérieures, ne tenant plus sa victime qu'avec un des crochets des pattes postérieures ; la galerie finie, il reprend sa Mouche et l’entraine dans le nid. On trouve plusieurs Diptères de la même espèce par nid. Les Crabrons sont sans cesse occupés à creuser des galeries, ou du moins à les déboucher, soit que le sable dans lequel elles sont perforées les comble en s’éboulant, soit que l'insecte ait pris lui-même ce soin, pour en dérober l'entrée aux parasites. Ces Crabrons sont doués d’un admirable instinct, ou d'un odorat très-sublil, car ils ne se trompent pas en fouissant dans un terrain tout uni, et arrivent sans erreur à leur approvisionnement déjà commencé. Les uns s'enfoncent sans préliminaires dans la galerie avec leur proie, d'autres sont obligés de gratter. Parmi ces derniers, il y en a qui déposent leur fardeau avant de se mettre à l'ouvrage, tandis que d’autres travaillent sans l’abandonner. Leur magasin est caché à 8 ou 10 centimètres audessous de la surface du sol. Tous ces Crabrons étaient de la même espèce, et les Diptères dont ils nourrissent leurs larves sont aussi tous de la même espèce, qui a paru à M. Goureau être lAtheryæ Ibis, Q, Macquart (Dolichopodiens).
C’est parfois dans la terre et le plus souvent dans le bois mort que les Crabro déposent leurs œufs. Shuckard dit avoir vu le €. cephalotes creusant des cellules dans le bois pourri à l'aide de ses mandibules et en rejetant les parcelles avec ses jambes postérieures. Réaumur à ob-
(1) Ann. Soc. entom. Fr., 1838, t. VII, p. 409 et 415. (2) Goureau, Quelques traits de mœurs des Insectes fouisseurs (Ann. Soc. entom: Fr., 1" série, 1839, t. VIII, p. 538 et suiv.).
servé dans le bois mort (1) les nids et la larve d'un Crabro, qui est probablement le C. vagus, et pense que l'insecte creuse lui-même ses galeries et y entasse des mouches toutes vivantes. M. E. Perris (2) n’a jamais trouvé les nids des C. lapidarius et vagus que dans les galeries de Xylophages creusées antérieurement, et les Diptères qui les remplissaient en août étaient en torpeur profonde et paraissaient morts. Les nids du premier se trouvaient dans un gros pieu de Robinier, d'où étaient sortis, l’année précédente, plusieurs Clytus arcuatus, et ceux du second dans une vieille souche de Pin minée jadis par des larves. Leurs mœurs sont tout à fait analogues, et il suffit de décrire celles du C. lapidarius.
* 11 dépose ses œufs dans le bois mort et dans les galeries creusées par des larves xylophages, et dont les parois restent salies et remplies d’ancienne sciure. La femelle se contente d’en enlever une certaine quantité et de nettoyer la portion de galerie qu’elle veut rendre libre. Elle la divise en cellules de 42 à 45 millim. par des cloisons transversales de sciure. Elle pond un œuf dans chaque cellule, où elle entasse sans ordre dix à quinze Diptères anesthésiés et très-variés. Ainsi, on trouve dans le même nid des Musciens des genres Stomoxys, Curlonevra, Chrysogaster, Anthomyia. En outre, la femelle bouche l'entrée de la galerie avec de la terre pélrie avec les mandibules et fortifiée par de très-petits graviers.
La larve du C. lapidarius est longue de 11 millimètres, blanche, épaisse et ventrue, la tête penchée sur la poitrine, d'aspect gibbeux. Les segments sont à peine distincts sous le ventre, mais très-proéminents sur le dos, avec quatre séries longitudinales de gros mamelons destinés à faciliter les mouvements dans la galerie. Elle ne mange pas tous les Diptères de la provision, et laisse les ailes, les pattes, très-souvent la tête et même parfois Le thorax de ceux qu’elle dévore. Parvenue à tout son développement, elle s’enferme dans une coque papyracée d'une jolie couleur marron, sèche, mince, facile à déchirer, formée de fils soyeux agglutinés, ellipsoïdale, avec l'extrémité inférieure tronquée et munie d'un petit prolongement cylindrique, où sont logés les excréments noirs de la larve, pressés, agglutinés, entremèêlés de filaments. La nymphe est blanche et montre bien toutes les parties de l'adulte.
C'est en août que les œufs du C. lapidarius éclosent, et l’on trouve à la fin de septembre toutes les larves enfermées dans leurs coques. Elles ne deviennent toutefois nymphes qu’à la fin de l'hiver ou au printemps, demeurant plusieurs mois inertes et engourdies, par ce phénomène général chez beaucoup de nidifiants solitaires, comme une greffe végétale à œil dormant jusqu'à la moitié de la séve.
(4) Réaumur, Hist. des Ins., t. VI, 8° mémoire, p. 273 et suiv. (2) E. Perris, Notes pour servir à l’histoire des Crabroniles (Ann. Soc. eetom. Fr., 4840, t. IX, p. 407).