‹ Les insectes; organisation, moeurs, chasse, collection, classification; histoire naturelle des Orthoptères, Névroptères, Hyménoptères, Hémiptères, Diptères, Aptères, etc. Avec 24 planches en couleur et 460 vignettesChapitre 11 sur 25 · FAMILLE DES TENTHRÉDI NIENS · texte numérisé non relu

FAMILLE DES TENTHRÉDI NIENS

sance sur le premier article. La tète et le thorax de ce curieux insecte sont noirs ; son abdomen est jaune, ses tarses très-pàles.'

Les Céphalocèrcs sont des Hylotomes de l'Amérique du Sudj dont les antennes sont composées de sept articles.

Le dernier groupe de la tribu des 'l'enthrédides est celui des Cimbex, qui comprend les plus beaux et les plus grands insectes de la famille. Ils ont pour caractères des antennes renflées en une forte massue, n'ayant pas plus de huit articles.

Leur corps est épais et trapu ; leur tête aussi large que le thorax; leurs yeux sont divisés et leurs mandibules tridentées.

Ces Hyménoptères ont en général un vol lourd et ils produisent en volant un fort bourdonnement. Comme celles des genres précédents , les larves des Cimbex vivent sur les plantes dont elles rongent les feuilles. Elles ont douze paires de pattes et se métamorphosent dans des cocons qu'elles se filent entre les branches.

On connaît plusieurs espèces de Cimbex dans notre pays; le type du genre (,ny. pi,.-e 22c).

est le Cimbex jaune {Cimbex littca)^

représenté avec sa larve et son cocon dans nos planches XllI et XIV. Sa larve vit sur le hêtre, le bouleau, le saule, dont elle ronge les feuilles; maiSj au contraire de la plupart des larves de Tenthrédiniens qui se tiennent à la face inférieure des feuilles, celle de cette espèce préfère le côté supérieur.

Le cocon que se lile la larve, pour s'y transformer en nymphe, est solide, d'une texture serrée comme du cuir et de couleur brune. 11 est fixé à quelque branche, souvent caché parmi les feuilles; l'insecte parfait n'en sort qu'au printemps suivant. Il est jaune, tacheté de violacé brunâtre.

Le Cimbex des bols {Trichiosoma luconim) ^ dont quelques auteurs font un genre distinct, a le corps de formes plus allongées et couvert

ORDRE DES HYMENOPTERES

d'un poil court et serré. Cette espèce, figurée dans notre planche XIll, offre, lorsqu'elle vole, l'apparence d'une Abeille. Elle a le corps noir, mais recouvert d'une forte pubescence d'un gris roussàtre ■ les pattes sont rousses, avec les cuisses noires. Ce Cimbex est répandu dans toute l'Europe; il est plus commun aux environs de Paris que le Lutea. On le rencontre dans les bois, principalement sur l'aubépine, dont se nourrit la larve.

Le Cimbex hiimevalis (fig. 23o, voy. p. 225) se trouve dans presque toute l'Europe, mais il est rare aux environs de Paris. Il doit son nom aux taches jaunes placées aux deux angles supérieurs de son corselet.

Les Abia ne diffèrent des Cimbex proprement dits que par leurs antennes, dont la massue est composée de cinq articles. Ils ont les mêmes habitudes.

L'Abia fasciata, qui se trouve aux environs de Paris, mais beaucoup plus rarement que dans le Midi, est long de 12 à i5 millimètres, d'un noir bronzé, avec la partie postérieure du thorax et le premier segment de l'abdomen blancs. Les ailes, diaphanes, portent dans leur milieu une tache en forme de bande d'un brun noirâtre.

Les Pcrga sont des Cimbex de la Nouvelle-Hollande, remarquables par la grande dimension de leur écusson, presque carré et à angles postérieurs aiizus.

PIG. 233. — liCS Pucerons et lenis Emicinis.

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

Le nom d'HÉMiPTKREs (demi-ailes) donné à cet ordre, tel qu'il est constitué dans presque tous les auteurs, est défectueux, puisque les caractères qu'il indique : les ailes supérieures coriaces dans leur première moitié^ ne peut s'appliquer à une grande partie de l'ordre (les Homoptères)^ dont on fait généralement une section à part. Les entomologistes anglais ont élevé cette section au rang d'ordre (Homoptera) et ont conservé le nom d'HÉMiPTÈRES à la section des Hétéroptères, qui présentent en effet ce caractère des ailes supérieures coriaces dans leur première moitié. Ces deux sections offrent d'ailleurs des caractères communs dans les organes buccaux, composés d'un labre supérieur, d'une lèvre tubuleuse renfermant quatre soies coriaces représentant les mandibules et les mâchoires.

23o ORDRE DES HÉMIPTÈRES.

Pour nous conformer à l'usage établi chez nous, nous conserverons donc l'ordre des Hémiptères divisé en deux sections ou sous-ordres : les Homoptèrcs et les Hétéroptères.

Les Hémiptères ont pour caractères généraux une tète plutôt petite, de forme triangulaire, verticale; les yeux saillants, placés aux angles supérieurs; le plus souvent il existe deux ocelles. La bouche, rostre ou suçoir, est, comme nous l'avons indiqué, composée d'un labre et d'un tube renfermant les organes destinés à prendre la nourriture. Ce tube, qui n'est que la lèvre modifiée, est articulé, en général très-robuste et replié en demi-cercle sous la tête dans les espèces qui vivent aux dépens des animaux, grêle et allongé entre les pattes chez celles qui se nourrissent du suc des végétaux. La longueur de ce suçoir est quelquefois si considérable, qu'il dépasse l'extrémité du corps.

Les ailes antérieures des Hémiptères, souvent désignées encore sous le nom à'élytres, sont toujours d'une certaine consistance à la base; les ailes sont toujours plus ou moins membraneuses et d'une texture assez solide.

Les Hémiptères , parmi lesquels on compte tous les insectes connus sous le nom vulgaire de Punaises, ont des métamorphoses incomplètes : au sortir de l'œuf, ils ressemblent complètement aux adultes , seulement ils sont privés d'ailes. Ils n'en acquièrent des rudiments qu'après plusieurs mues; ils sont considérés alors comme nymphes, et sont développés après un dernier changement de peau. C'est exactement le même mode de développement que chez les Orthoptères.

Les Hémiptères vivent en général du suc des végétaux; cependant il en est un grand nombre parmi eux qui sucent d'autres animaux ou même le sang de l'homme. Quelques espèces sont connues par les dégâts qu'elles causent à l'agriculture; tels sont les Tingis, les Coccidiens, les Pucerons et d'autres.

On divise l'ordre des Hémiptères en deux sections ou sous-ordres : les Homoptères et les Hétéroptères , et chacune de ces sections comprend quatre familles.

FAMILLE DES COCCIDIENS.

HÉMIPTÈRES. - PREMIÈRE SECTION llO.MOl^TKUKS

Les insectes qui rentrent dans ce sous-ordre ont, comme l'indique leur nom {omoios^ semblable, et pteron, aile), les quatre ailes semblables, c'està-dire membraneuses et transparentes dans toute leur étendue. Leur prothorax est plus court que les deux autres segments du thorax. Le bec prend naissance à la partie inférieure de la tcte.

Cette section comprend quatre familles : les Coccidieus, \(i?,Aphidicns , les Fidsoriens et les Cicadieus.

FAMILLE DES COCCIDIENS

Cette famille est composée d'insectes anomaux et n'offrant i^uère comme caractères communs que d'avoir des antennes filiformes et des tarses d'un seul article; en outre, les femelles au moins sont toujours privées d'ailes.

On voit souvent, sur les branches des pêchers et d'autres arbres fruitiers, de petites tubérosités brunes ayant la couleur du café ou de la feuille-morte. Ces espèces de galles sont ovales et ressemblent à un petit bateau renversé, dont la longueur serait de 6 à 7 millimètres sur 3 ou 4 de large, et l'on remarque une petite échancrure à leur extrémité postérieure. Ces tubérosités sont des insectes de la famille des Coccidiens, et comme ils ressemblent à des galles, on leur a donné le nom de Galliusectes (fig. 234).

233 ORDRE DES HÉMIPTÈRES

Vers la fin du mois de mai ou dans les premiers jours de juin, ces galles apparentes ont pris tout leur développement. Dans ce temps, leur ventre et le contour de leur corps sécrète une sorte de coton blanc qui forme un lit mollet à l'insecte, et c'est sur cette couche douillette qu'il se met à pondre un nombre prodigieux de petits œufs rougeàtres, qu'il pousse, au fur et à mesure de leur sortie, sous son ventre. Ces œufs se trouvent donc placés en tas sur le lit de coton. L'insecte meurt aussitôt sa ponte terminée, et la peau de son ventre, collée contre celle de son dos, forme un couvercle qui protège les œufs.

Au bout d'une dizaine de jours, ces derniers éclosent et donnent naissance à un excessivement petit animal, qui sort de dessous sa mère par l'échancrure dont il a été parlé, et s'éloigne de son nid de quelques pas pour y rentrer promptement.

Bientôt toutes ces petites larves quittent définitivement le nid et s'éparpillent sur les feuilles voisines et sur les bourgeons les plus tendres pour y chercher leur vie. Ces petits êtres sont rougeàtres, en forme d'ovale allongé^ ils sont pourvus de six pattes; leur tête porte deux antennes, et leur extrémité postérieure deux soies horizontales. Ils prennent leur nourriture par le moyen d'un petit bec effilé qu'ils enfoncent dans l'écorce, et sucent la sève, qui est leur unique aliment.

Les petites larves marchent avec agilité dans leur premier âge, et changent volontiers de place; mais elles deviennent de plus en plus sédentaires en grandissant.

Elles grandissent pendant l'été et une partie de l'automne, et lorsque les feuilles tombent, elles se réfugient sur les branches, où elles se fixent définitivement pour ne plus changer de place. Ce sont les blessures qu'elles font à l'arbre et la sève qu'elles absorbent qui occasionnent la maladie de langueur qui l'atteint ou qui accélère son dépérissement et sa mort, si la maladie vient d'ailleurs.

Le Gallinsecte s'engourdit pendant l'hiver et se ranime au printemps, dès que la sève monte; il prend de la nourriture et atteint l'âge adulte. Lorsqu'on examine toutes ces galles au mois d'avril , on en remarque de plus petites les unes que les autres; de ces petites galles on voit sortir

FAMILLE DES COCGIDIENS.

à reculons un très-petit insecte d'un brun rougeâtre ; il a deux fines antennes , l'abdomen terminé par quatre soies , et porte deux ailes d'un blanc sale, bordées antérieurement d'une ligne rouge ( les inférieures avortent). Ce petit insecte est le mâle; il est très-actif, se promène sur le dos des femelles immobiles et meurt bientôt.

FIG. 235 ot 23i:.

FiG. 237 et 238. — Cocots ndonidum.

Telle est l'histoire du Gallinsecte ou Cochenille du pêcher {Lecanium persicœ) [fig. 241 et 242], qui est la plus commune de toutes les espèces de cette famille. On connaît le Gallinsecte de la vigne {Lecanium vitis)

FlG. 23M et 240.

[fig. 234], qui nuit beaucoup aux vieux ceps; le Gallinsecte de l'oranger [Lecanium hesperidum) [fig. 239 et 240], qui attaque aussi les citronniers et les myrtes.

Les Lecanium coryli , ilicis, liliœ,fagi (fig. 243 à 245, voy. p. 234), vivent sur le coudrier, le houx, le tilleul, le hêtre.

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

Le genre Cocciis ou Cochenille renferme de nombreuses espèces. C'est le Cnccus adoniduin (fig. 237 et 238, voy. p. 233), qui vit sur les plantes

FIO. 243 et 2M. — Leemiiim /luii.

FIG. 24r,, — Lprnnmm/iti,.

des serres chaudes, café, canna, bananier, cactus, etc.; son corps est elliptique, d'un jaune rosé, farineux de toutes parts.

PlO. 24n et 217. — L

FKi. Ï4.S ft 249. — Cuccvs(

Mais la plus remarquable du genre est la Cochenille du nopal {Cnccus cactî)^ qui fournit, comme on sait, la belle couleur cramoisie connue sous

FAMILLE DES COCCIDIENS.

le nom de cochenille. La Cochenille du nopal (fig. 25o et 25 i), saupoudrée de points blancs, s'élève sur le cactus nopal abondant au Mexique, où on l'employait déjà à la teinture avant l'invasion européenne. Les Espagnols prirent d'abord pour une graine les femelles desséchées qu'ils apportèrent en Europe; de là le nom de graine d'écavlate sous lequel on les désignait. On récolte les femelles avant la ponte, en lesrâclant avec

FJG. 250 et 251. — Cochenille du Xov.il. mâle et l'enielle.

un couteau de bois, et on les fait périr à la chaleur d'une étuve. On a soin de laisser sur la plante quelques-unes de celles-ci pour la reproduction. La Cochenille du nopal a été introduite aux Antilles , en Andalousie , en Algérie, où les essais ont été heureux, mais où cette éducation se répand peu par ignorance des soins à y apporter. Cette Cochenille donne le meilleur carmin, ne passant pas à l'air comme les rouges d'aniline.

236 ORDRE DES HEMIPTERES.

La Cochenille sylvestre^ couverte d'un duvet qui la rend peu délicate et bien moins sensible aux pluies, se récolte au Mexique à l'état sauvage, et donne une couleur moins vive. On employait autrefois la Cochenille du chêne vert du midi de l'Europe et la Cochenille de Pologne pour obtenir des rouges violacés.

Aux Indes orientales, la Cochenille laque, qui vit sur les figuiers, s'entoure d'une abondante sécrétion de gomme laque.

FAMILLE DES APHIDIENS.

FAMILLE DES APHIDIENS

Ainsi nommce du mot Apliis, qui veut dire Puceron, parce que ce genre en compose la plus grande partie, la famille des Aphidiens renferme , comme la précédente, des insectes qui offrent des caractères et des mœurs tout à fait insolites ; les seuls caractères communs aux diverses tribus qui composent cette famille est d'avoir les antennes filiformes et les tarses de deux articles terminés par deux crochets.

La première tribu, celle des Aleurodides, est formée du seul genre Aleurodes , caractérisé par des ailes de consistance opaque, les supérieures offrant une seule nervure des antennes filiformes de six articles. La seule espèce du genre, V Aleurodes chelidoiiii^ vit sur la chélidoine ou grande éclaire. C'est un petit insecte long de i 1/2 à 2 millimètres, au corps jaunâtre ou rosé, recouvert d'une pubescence cotonneuse d'un blanc de neige. Ses ailes supiérieures portent chacune une tache élargie et un point d'un brun noirâtre.

La tribu des Aphidudes se disfingue à ses quatre ailes diaphanes parcourues par plusieurs nervures; à ses antennes filiformes de cinq à sept articles, à ses pattes simples. Elle a pour représentant principal le genre Puceron {Aphis).

Toutes les espèces composant ce genre se nourrissent de la sève des végétaux; c'est avec leur bec qu'elles pompent les sucs. Ce bec est toujours enfoncé dans le tissu des végétaux, soit sur les racines, les tiges ou les feuilles ; quelques espèces vivent même dans l'intérieur des feuilles, et leur présence y occasionne des boursouflures, des excroissances, qui sont remplies de ces petits animaux et souvent d'une liqueur sucrée assez abondante. Cette espèce de miel est produite par deux prolongements que l'on observe à l'extrémité de l'abdomen d'un très-grand nombre d'espèces; ce sont des tuyaux creux par où passe cette liqueur, qui est la sève élaborée dans le corps des Pucerons. La maladie de

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

certains arbres, désignée sous le nom de miellat , est produite par ces animaux. Les Fourmis sont très-friandes de ce suc sucré, et on les voit presque continuellement le lécher au moment où il sort du Puceron.

Les Pucerons vivent presque tous en société; ils marchent trèslentement et restent immobiles pendant la plus grande partie de leur vie, uniquement occupés à sucer les sucs végétaux. Chaque société ott're, au printemps et en été, des individus toujours privés d'ailes, et d'autres dont les ailes doivent se développer. Tous ces individus sont des femelles qui produisent des petits vivants sans union préalable. Les mâles ne paraissent qu'à la tin de la belle saison ou en automne; il y en a d'ailés et d'aptères. Ils se rapprochent des femelles , qui pondent des œufs sur les branches, et ces œufs, après avoir passé tout l'hiver, donnent au printemps suivant des femelles d'où sortiront neuf générations successives de Pucerons toujours femelles , sans présence de mâles. Ceux-ci , comme nous l'avons dit, ne paraissent qu'une fois et à l'arrière-saison.

Rien n'est curieux comme d'observer la reproduction des Pucerons qui se trouvent rassemblés en quantité considérable sur la plupart des rosiers (fig. 253'. On les voit là réunis par milliers autour des jeunes tiges et du pédoncule des fleurs, serrés les uns contre les autres comme les moutons dans la plaine un jour d'orage. Aucun ne bouge, tous ont leur petit bec pointu enfoncé dans l'épiderme de la tige, suçant à l'envi et se gorgeant des sucs du rosier. On remarque que ceux qui occupent les premiers rangs, c'est-à-dire le haut de la branche, sont les plus gros, et que les autres sont de plus en plus petits. A certains moments on voit sortir de l'abdomen des plus gros , à la file et toujours à reculons , quinze à vingt petits, semblables à leur mère, à la taille près. Cette bonne mère

Fig. 252. — Pue Rosier très-gi"

Kio. 253. — Tige de Roisier couverte de Pucerous.

f:amille des aphidiens.

Liuve d'IIémérobc.

Gigogne, sans même se retourner pour voir ses enfants, continue à sucer sa hranclie, et les petits, sans s'inquiéter autrement de leur mère, passent sur le dos des autres Pucerons pour aller à leur tour enfoncer leur petit bec dans la peau du rosier. Quelques jours à peine après leur naissance, les jeunes Pucerons produisent à leur tour des petits vivants, et comme chaque Puceron produit en moyenne, de mai à fin septembre, une centaine de petits, on peut facilement imaginer l'innombrable quantité de Pucerons auxquels une seule mère peut donner naissance en une saison. Il y a onze ou douze générations par an, et le calcul nous donne déjà à la sixième génération, c'est-àdire au bout de trois mois à peine, dix milliards de Pucerons! Avec une pareille fécondité il ne resterait bientôt plus de rosiers ni d'autres plantes sur la terre entière, si la Providence n'y avait pourvu en leur suscitant une foule d'ennemis; les Coccinelles, les Syrphes, les Ichneumons et surtout les larves des Hémérobes, connues sous le nom de Lion des pucerons (fig. 254), en tont une immense destruction. Nous avons

figuré dans le frontispice du chapitre les ennemis des Pucerons (lig. 233, voy.

On en connaît plusieurs centaines d'espèces; la plus répandue est celle du rosier, Aphis rnscv (fig. 252), entièrement vert clair et l'abdomen muni de deux longues cornes tubuleuses par où s'écoule la liqueur sucrée.

Le Puceron du pécher Aphis pcrsicœ [fig. 25 5 J est d'un vert foncé tacheté de noir, avec les antennes de même couleur; ces dernières plus longues que le corps; l'abdomen est muni de deux cornes allongées. Les jeunes sont jaunes, verts ou pourprés, suivant leur âge. Cette espèce nuit beaucoup au pécher, dont elle fait, par sa succion, crisper et boursoufler les feuilles, ce que les jardiniers attribuent le plus souvent au\ vents roux ou à la lune rousse.

l'IG. 265. — Aphia pers

ORDRE DES HEMIPTERES.

Fw. ibC. — JpkU ffroemlar

Le Puceron du groseillier Aphis grossitlavice [fig. 256J vit sur cet arbuste, dont il déforme les feuilles et les tiges; il est verdàtre, avec les tarses bruns.

Malgré leur immobilité et leur apparente inertie, les Pucerons ailés émigrent vers la fin de la saison et vont pondre leurs œufs parfois à d'assez grandes distances ; c'est ce que l'on a constaté pour le Puceron du pécher, pour le Puceron lanigère et pour le Phylloxéra , dont nous parlerons bientôt.

Avant 1812, on ne connaissait pas le Puceron lanigère en France ; venu de l'Angleterre, qui le tenait de l'Amérique du Nord, il se propagea rapidement dans toute la Normandie et la Picardie, et a souvent compromis la récolte des pommes à cidre. Le Puceron lanigère {Aphis laniger [fig. 257] est long de 2 1/2 millimètres, d'un brun rougeàtre , recouvert en dessus d'une sécrétion blanche cotonneuse, qui le fait ressembler à un petit fîocon de neige, lorsqu'il se laisse emporter par le vent. Ses antennes sont courtes, d'un jaune pâle, et sa trompe s'étend jusqu'aux pattes postérieures ; celles-ci sont jaunâtres.

L'abdomen ne porte pas de cornes tubuleuses. 11 a des ailes dans l'arrièresaison et émigré souvent au loin. Cet insecte s'établit, par familles plus ou moins nombreuses, sur les branches, sur le tronc et sur les racines des pommiers. 11 y produit, par ses piqûres et par l'atîlux de la sève qu'il attire, des loupes, des nodosités galeuses, des déformations plus ou moins considérables, qui entraînent la langueur et quelquefois la mort de Farbre, et qui empêchent la production des fruits.

KlG. 'ÀÔI. — Puceron lauigèrc.

FAMILLE DES APHIDIENS.

Une autre espèce, le Puceron du pommier {Ap/iis mali) [tig. 258], vit également sur cet arbre, mais y cause moins de dégâts que VAphis laniger.

Le Puceron du tilleul {Aphis tiliœ)^ dont nous figurons ici un couple mâle et femelle (fig. 259 et 260), abîme ces arbres sur les promenades publiques de Paris.

On détruit les Pucerons sur les arbres envahis au moyen d'aspersions ou de lavages avec de l'eau de lessive, de l'eau de chaux, une infusion de tabac, des huiles lourdes de goudron, etc.

Là où il se trouve des feuilles cloquées, il faut les enlever ainsi que les bour- „ ,.„ , ,, ,.

' no. 2.1S. — Aj<his mail.

geons malades.

Une espèce de Puceron dont on a fait un genre particulier Phylloxéra)^ caractérisé par des antennes courtes, renflées en forme d'oreilles ou de feuilles, jouit depuis quelque temps d'une triste célébrité. Le Phylloxéra est très-voisin des Pucerons, dont il rappelle les formes, au moins à l'état adulte, et offre à peu près les mêmes habitudes et la môme puissance de reproduction. C'est aux racines souterraines de la vigne que s'attaque ce petit insecte, et c'est là surtout ce qui le rend si redoutable.

Dans la plupart des cas de maladies des végétaux produites par des insectes, on voit la cause du mal sur les feuilles, les fruits, les tiges, et, cette cause anéantie, la plante bien soignée reprend sa vigueur ; mais ici il n'en est plus ainsi : la cause du

Pui. 2SH et 2C11 — ApMs lilia.

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

mal reste longtemps cachée sous terre dans les racines, et lorsque ce mal devient apparent au dehors, il est sans remède. Les vignes attaquées par le Phylloxéra ne donnent d'abord aucun signe de malaise ; mais bientôt les feuilles rougissent, puis jaunissent et se dessèchent, les raisins subissent un arrêt de développement et se rident sans mûrir. Lorsqu'il en est arrivé là, le cep ne tarde pas à périr. Si l'on arrache un de ces ceps malades, on trouve ses radicelles couvertes de nodosités ou de renflements (fig. 261), et sur ces nodosités on remarque une plus ou moins grande quantité de petits insectes qui ressemblent à une poussière jaunâtre grenue; ce sont des Phylloxéra. Si l'on examine l'insecte de plus près, à l'aide d'une loupe, on distingue une sorte de petit Pou, d'un brun jaunâtre, à corps ovoïde partagé en segments par des sillons transversaux, dont les premiers portent en dessus six tubercules chacun, et les suivants quatre seulement. La tète est large, elle porte deux yeux bruns à facettes, deux antennes courtes et grosses, composées de trois articles , et se termine en avant par une trompe ou long bec droit articulé qui rappelle le suçoir des Punaises. 11 n'a pas d'ailes et porte six pattes courtes. L'insecte est fixé sur la racine, dans la substance de laquelle son bec, enfoncé d'un bon tiers, suce perpétuellement les sucs qu'elle renferme, et c'est l'atîlux de la sève, ""'"■ ''^".ràe" ''"''''' provoqué par cette succion incessante, qui cause les nodosités que l'on voit parsemées sur les radicelles (fig. 262 à 2G41.

Fig. 201 — Itadicellcs Je ViRiii; lltt,^fllK'es par \c Pliyllfi:îcra

l'hylloxcra fcnicU

FAMILLE DES APHIDIENS.

FlO. 201.

Pliylloxcnl vil do côté et suçant In f

l'hylloxcra .ici

La génération des Phylloxéra est comparable à celle des Pucerons, à

cela près qu'au lieu d'être vivipare, comme la femelle du Puceron, celle

du Phylloxéra est toujours ovipare. Des premières femelles écloses au

printemps sortent, sans l'intervention du mâle, plusieurs générations successives de femelles, toutes fécondes et privées d'ailes. Aussitôt écloses, celles-ci enfoncent leur petit bec pointu dans le tissu des racines tendres, et se mettent en devoir de sucer la sève ; puis, en même temps,

elles pondent autour d'elles une grande quantité d'œufs d'un beau jaune

soufre, d'où sortent au bout de huit jours des femelles aptères, et ainsi

de suite pendant toute la belle saison, jusqu'au mois de septembre,

époque à laquelle paraissent enlin des maies et

des femelles ailées. Ceux-ci s'accouplent, et les

femelles fécondées ne pondent qu'un seul œuf,

qu'elles déposent sous l'écorce ou dans les fentes

des ceps pour y passer l'hiver, et qui sera la

souche des générations femelles de l'année suivante. Ces femelles ailées (lig. 266), un peu plus

grandes que les femelles aptères, volent très-bien;

leurs ailes sont grandes, transparentes, irisées,

avec de fortes nervures brunes ; elles s'en servent

parfaitement pour aller au loin propager leur race,

et c'est ainsi que l'on voit tout à coup se déclarer

le mal sur des points éloignés du centre d'infection.

La fécondité prodigieuse de ces insectes explique

la progression effrayante de la maladie ; on évalue en effet à huit ou dix le nombre des générations de l'année , et comme chaque femelle pond au moins trente œufs, nous voyons que chaque œuf, déposé à l'automne, renferme le germe de plusieurs milliards d'individus

FiG. 2r,r..

Plivlloxera femelle ailé

244 ORDRE DES HÉMIPTÈRES

qui écloront dans le courant de l'année suivante. — Que le Phylloxéra ait été introduit en France avec les cépages américains, qu'il soit la cause ou simplement l'effet de la maladie des vignes, c'est ce que nous n'examinerons pas ici ; de volumineux mémoires ont été écrits pour ou contre ces opinions. Ce qu'il importe d'étudier, ce sont les moyens de se préserver ou de se débarrasser de ce pernicieux petit être qui menace aujourd'hui d'une ruine complète les plus beaux vignobles de France.

Il y a une douzaine d'années que, pour la première fois, le Phylloxéra manifesta sa présence sur un point du département du Gard, à Roquemaure. L'année suivante ce point commençait à faire tache, et le département de Vaucluse se trouvait envahi en même temps que celui des Bouches-du-Rhône. Un an après, les divers foyers disséminés se trouvaient réunis. En i86S, la tache débordait dans la Drôme. Puis, successivement la maladie, après avoir constamment gagné du terrain, s'étend aujourd'hui jusqu'au département du Rhône, en irradiant à droite et à gauche dans les départements de l'Hérault, du Var et de TArdèche.

Parmi les nombreux moyens proposés pour la destruction du Phylloxéra, il en est trois dont les expériences, faites sur tous les points, ont démontré l'efficacité réelle; ce sont: la submersion, qui noie le Puceron, l'ensablement, qui l'étouffé, et l'empoisonnement du sol. Il paraît établi par l'expérience que le remède le plus elficace est la submersion des vignes. M. Faucon a rendu un grand service à la viticulture en démontrant pratiquement qu'une vigne, même quand elle est très-malade, peut être guérie et reconstituée, si on peut l'inonder pendant l'hiver et durant un mois au moins. Malheureusement toutes les vignes ne peuvent être inondées, soit à cause de l'élévation du sol, soit par suite de l'ôloignement de l'eau. Là où l'on ne peut employer l'eau, on a eu l'idée de la remplacer par du sable; on a remarqué, en effet, que les vignes plantées sur terrain sablonneux ne sont pas attaquées par le Phylloxéra^ et que plus le terraih est composé de sable pur, mieux le Puceron est écarté. On a donc proposé d'ensabler les vignes, procédé qui consiste à mettre au pied de chaque souche malade 80 à 100 litres de sable de rivière, mais c'est là un moyen coûteux qu'on ne peut employer partout et qui

FAMILLE DES APHIDIENS.

rend en outre le terrain impropre à toute autre espèce de culture pour l'avenir. Reste l'empoisonnement du sol et par conséquent des insectes; ce procédé est celui dont l'usage est le plus général, car si tous les vignobles ne peuvent, par leur situation, être ensablés ni surtout submergés, partout on peut pratiquer l'empoisonnement du sol. Un nombre infini de substances ont été recommandées pour l'application de ce dernier système; c'est le sulfhydrate d'ammoniaque et le sulfure de carbone qui donnent dans la pratique les meilleurs résultats. Les gaz qui s'en dégagent tuent sûrement le Phylloxéra, et la potasse et le soufre, résidus de la décomposition, forment un excellent engrais pour la plante.

Les Psylles se distinguent des Pucerons par leurs antennes de cinq articles seulement et par l'absence de cornes tubuleuses ou de tout autre appendice à l'extrémité de Tabdomen. Leurs pattes sont courtes et solides, les ailes existent ordinairement. Le Kermès employé en teinture n'appartient pas à ce genre, bien qu'il en porte le nom; c'est une Cochenille {Coccus ilicis) que l'on récolte dans le midi de l'Europe, et dont nous avons parlé plus haut. Les anciens Kermès rentrent presque tous aujourd'hui dans le genre Lecaiiiian^ parmi les Coccidiens. Il est fâcheux toutefois que l'on n'ait pas conservé ce nom aux espèces qui le portaient autrefois ; ces changements continuels ne servent qu'à embrouiller la nomenclature. Les principales espèces du genre Psylla actuel sont : le Psylla Imrsaria, qui se trouve sur les peupliers, le Psylla bitxi ^ qui vit sur le buis, et le Psylla ficus ^ commun sur le figuier.

La tribu des Psyli.ides, fondée sur le genre Psylla^ se distingue par ses quatre ailes diaphanes, parcourues par plusieurs nervures. Antennes filiformes, de dix articles; pattes (voy. page 2-10. propres au saut.

Les Psylles {Psylla) sont de très-petits insectes qui ont à peu près la forme des Pucerons ; aussi leur donne-t-on souvent le nom de faux Pucerons. Ils sont cependant moins nuisibles que ces derniers, parce

fw. aC'S. — l'sulla iHii (voy. page 210).

■ve de nylla

ORDRE DES HEMIPTERES.

qu 1

Is sont moins nombreux et déforment moins les feuilles. Le Psyllc du poirier [Psylla piri) [fig. 267 et 268, voy. p. 245], long de 2 1/2 millimètres, est d'un brun ferrugineux, tacheté de rouge, avec les pattes noires et les ailes transparentes. La femelle pond en mai ses œufs sur les feuilles, et les larves (fig. 269, voy. p. 245) qui en sortent piquent les feuilles en les suçant. Les Psylles sont au contraire des Pucerons trèsagiles ; ils marchent et volent parfaitement, et sautent même au besoin; car leurs pattes postérieures sont conformées pour cela.

Le Psylle de l'olivier [Psylla oleœ) (fig. 270) fait beaucoup de tort à cet arbre,

état de larve; il s'attaque à la fleur, la flétrit et fait avorter le fruit.

FIG. 270. — rmjUa de l'Olivier tréb-t;r(

FAMILLE DES FULGORIENS.

FAMILLE DES FULGORIENS

Les Fulgoriens sont des insectes de moyenne ou de grande taille, qui vivent sur les végétaux dont ils sucent la sévc, mais sans y demeurer fixés comme les Coccidiens ou les Aphidiens. Leurs formes générales rappellent celles des Cigales. lis ont pour caractères des antennes insérées au-dessus des yeux, très-courtes, de trois articles; des tarses de trois articles; les ailes enveloppant les parties latérales- de l'abdomen, et celui-ci dépourvu d'appareil pour le chant. Ils sont répandus dans toutes les parties du monde ; mais ce n'est que dans les contrées chaudes que l'on trouve ces belles espèces aux formes bizarres et aux couleurs brillantes.

La famille des Fulgoriens comprend trois tribus distinctes : celle des Cercopides , celle des Membracides et enfin celle des Fulgorides, qui donne son nom à la famille.

La tribu des Cercopides se distingue par un front gros et court, et par l'écusson O toujours à découvert. Elle comprend, ^^^'■ outre le genre Cercopis , auquel elle emprunte son nom, un assez grand nombre de genres. La plupart des espèces habitent l'Amérique et sont de petite taille.

Le '^enrc^yphlocyba vient en tète de la tribu ; il sert de trait d'union entre les Psyilides et les Cercopides. Ce sont de petits insectes à tète inclinée, à jambes postérieures longues et épineuses, à ailes dépassant beaucoup l'abdomen. Les espèces de ce genre, assez communes dans notre pays, vivent spécialernent sur diverses plantes dont elles sucent la sève. Nous figurons ici Xc'^yphlocyba roscv (fig. 271 et 272), qui cause souvent des dégâts sur les rosiers.

(^ i'IG. 271 TyfMuctjba i

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