HÉMIPTÈRES. - DEUXIÈME SECTION HÉTÉROPTÉRES
La deuxième section des Hémiptères, les Hétéroptères , renferme les insectes qui présentent en réalité ce caractère des ailes auquel l'ordre
HÉMirXÈUES. — CAKACTÈUES UIÎNjilîAUX.
Via. 281 à 2112. — 1. Schirus dubiiis. — 2. Tète vue en dessus. — 3- Tête vue en dessous. — 5. Profil montrant le rostre. — U, Rostre ou bec. — 7. Antenne. .— 8. Patte postérieure. — U. Ailes.
doit son nom à! Hémiptères (demi-ailes) ; leurs ailes supérieures ou élytres sont, en eflfet, d'une consistance assez solide dans leur moitié antérieure, et tout à fait membraneuses dans leur moitié postérieure
FAMILLE DES NÉPIENS.
(fig. 284); les ailes inférieures sont membraneuses dans toute leur étendue. En outre, leur bec en suçoir nait du front. Ces insectes sont généralement connus sous le nom de Punaises.
On divise cette section en quatre familles : les Népiens ou Hydrocorises (Punaises d'eau), les Réduriens ^ les Lygéens et les Scutellériens. Ces deux dernières familles forment l'ancien groupe des Géocorises ou Punaises terrestres.
La tête des Hémiptères hétéroptères est en général petite, par rapport à la masse du corps; elle est de forme triangulaire, verticale; les yeux sont saillants, placés aux angles supérieurs (fig. 284, 2); il existe presque toujours deux ocelles (4, a). Au-dessous du chaperon ou prolongement du front se trouve le labre (2, a), sous lequel prend naissance le rostre ou bec. Celui-ci est composé de la lèvre inférieure, contournée en tube et renfermant les mâchoires et les mandibules transformées et allongées en stylets. Le rostre ou suçoir offre donc l'apparence d'un tube cylindrique, composé de plusieurs articulations (fig. 284, 6). A l'intérieur de ce tube ou gaine sont quatre soies ou stylets (mâchoires et mandibules) destinés à ouvrir les vaisseaux des végétaux dont ils tirent les sucs pour se nourrir.
Les antennes (fig. 284, 7) varient pour le nombre des articles de quatre à cinq; elles olïrent des formes très-variées.
FAMILLE DES NEPIENS
Cette famille renferme les Hémiptères aquatiques compris par Latreille sous le nom d'Hrdrocnvises ou Punaises d'eau. Ce sont des insectes carnassiers, qui habitent les mares et les étangs. Ils ont pour caractères généraux: les antennes insérées sous les yeux, cachées, et au plus de la longueur de la tète; les pieds antérieurs ravisseurs, ayant la cuisse
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
grosse et creusée d'un sillon pour recevoir la jambe ; le tarse, au plus de deux articles, et formant avec celle-ci un grand crochet.
La famille des Népiens se divise en trois groupes ou tribus, distinguées entre elles par la forme des pattes.
La première, celle des Notonectides, est caractérisée par une tête très-grosse, des pattes antérieures courtes et simples; les postérieures grandes et aplaties en forme de rames, ciliées sur leurs bords.
Le genre Notonecta, qui donne son nom à la tribu , renferme un petit nombre d'espèces, dont le type est la Notonecte glauque [Xotnnecta glaiica) [fig. 293 et PI. XVII]. On la trouve communément dans toutes les
mares et les étangs des environs de Paris, où on la voit nager sur le dos avec agilité, à l'aide de ses pattes postérieures trèslongues et frangées de poils.
Cette espèce est longue de i5 à 18 millimètres; ses élytres bruns ou bleuâtres sont disposés en toit et restent toujours couverts FIG. 2U3. - .\ut.,„.'r,„ ;,u,uca. d'une couche d'air qui les fait
paraître argentés sous l'eau.
L'insecte, en brossant ses élytres avec ses pattes postérieures, rassemble soigneusement cet air en une bulle destinée à renouveler sa provision , quand il est empêché de venir respirer à la surface par l'extrémité de son abdomen. Nous empruntons à VAquariiiin de M. Pizzetta quelques détails intéressants sur cet insecte :
f( Il ne faut saisir la Notonecte qu'avec précaution, dit-il; car si les doigts la pressent, elle vous rappelle aussitôt à plus de réserve en perçant la peau avec son bec acéré, et cause une douleur égale à celle que fait ressentir la piqûre d'une abeille, mais sans qu'il en résulte toutefois la même inflammation.
«Bien que la Notonecte soit un hôte très-amusant à voir manœuvrer dans un aquarium, il faudra lui consacrer un vase particulier ou tout au
FAMILLE DES NEPIENS. 263
moins ne lui donner pour compagnons que des êtres bien cuirassés et à l'abri de son aiguillon; car c'est une bête dangereuse qui ne se fait nullement scrupule de dévorer les autres insectes, de saigner un têtard ou même d'assassiner un jeune poisson. Elle plonge sous sa victime, remonte en ligne droite sans faire le moindre mouvement, la saisit de ses pattes antérieures propres à la préhension, et lui plonge dans le corps son bec acéré.
«Avant d'être édifié sur ses penchants meurtriers, j'avais introduit plusieurs Notonectes dans un aquarium où se trouvaient quelques Cyprins et Vérons, craignant plus, en vérité, pour l'insecte que pour les poissons. Bientôt j'eus à constater une grande mortalité parmi ces derniers; l'eau était limpide, les plantes florissantes, et je ne savais à quoi attribuer ces décès. Pendant que je contemplais d'un air morne ces pauvres êtres qui fîottaient le ventre en l'air, je vis une Notonecte se cramponner sur la tête d'un des Vérons survivants. Celui-ci se secoua comme un beau diable, et parvint à se débarrasser de son hôte incommode; mais au bout de quelques instants, je le vis chanceler, se débattre un moment, puis enfin se renverser sur le flanc et mourir. J'observai dès lors avec soin, et plusieurs fois je vis se renouveler ces attaques suivies du même résultat. Je n'ai pas besoin de dire si j'éliminai promptement ces meurtriers. »
Les Corises iCorixa) se distinguent par leurs tarses antérieurs qui n'ont qu'un seul article. Dans notre planche XVIII est figuré le Corixa Geoffroyi.
Une espèce de ce genre, le Corixa fcmorata , se trouve en quantité considérable dans les lacs voisins de Mexico, où l'on recueille ses œufs fixés sur les herbes et les joncs, pour en faire des gâteaux que l'on vend sous le nom de haiilté. Ces gâteaux ont un goût prononcé de poisson. Il paraît que les Mexicains faisaient usage de ce mets avant la conquête.
La tribu des Népides a pour caractères : une tête médiocre; des pattes antérieures ravisseuses, conformées en pince au moyen de la jambe et du tarse se repliant sur la cuisse; des pattes postérieures très-grêles. Ces insectes ont le corps déprimé, mais de forme différente, suivant les genres. Tous vivent dans l'eau et sont carnassiers sous tous leurs états.
ORDRE DES HEMIPTERES.
Les Nèpes proprement dites sont des insectes à corps plat, terminé par deux longs filets raides qui forment, en se réunissant, un tuyau creux servant à respirer l'air à la surface. Leur tête est petite, rétrécie en arrière, et porte un rostre court, mais très-robuste. Leur forme large et aplatie leur donne l'apparence d'une Punaise qui a longtemps jeûné. Leurs pattes postérieures filiformes, et non plus aplaties en rames et ciliées comme chez les Notonectes, en font d'assez mauvais nageurs ] elles marchent au fond de l'eau ou bien se poussent par secousses pour atteindre leur proie, qu'elles saisissent à l'aide de leurs longs bras
PiG. 291. — Hanatra osia^'ca (voy. page 2C5I,
terminés en pinces. Ces insectes volent bien, et sortent souvent de= mares, surtout le soir.
Le type du genre est la Nèpe cendrée (Nepa cinerea) figurée dans notre planche XVIL Ses pattes antérieures, toujours ouvertes comme des pinces, et sa longue queue, rappellent vaguement les formes générales du Scorpion. Aussi lui donne-t-on vulgairement le nom de Scorpion d'eau.
Les Nèpes au corps allongé, linéaire, aux tarses antérieurs dépourvus de crochets, forment le genre Ranâtre. Quoique munis de longues pattes, ces Hémiptères nagent et marchent très-lentement, et suppléent par la ruse à l'agilité qui leur manque. Fixées sur quelque feuille ou quelque
FAMILLE DES NÉPIENS.
brin d'herbe, elles attendent, lès pattes antérieures levées, que quelque proie vienne passer à leur portée. Le type du genre est la Ranàtre linéaire {Ranatra linearis) [PI. XVII]. Nous figurons ici une belle espèce des Indes, le Ranatra asiatica (fig. 294, voy. p. 264).
C'est à cette tribu qu'appartiennent les Bélostnmcs. Ce sont les plus grands Hémiptères connus. Leur corps est aplati, de forme naviculaire.
\^\>Viy/ >//'
Eelos(oma ;,randis.
et atteint parfois 7 à 10 centimètres. Ce sont de terribles Punaises, dont le bec très-robuste doit faire de douloureuses piqûres ; aussi les redoutet-on beaucoup dans les pays qu'ils habitent.
Le Belostoma grandis, que nous figurons ici plus petit que nature (fig. 2g5), habite les eau.x dormantes du Brésil. Son corps, d'un brun noir tirant un peu sur le verdàtre, est tacheté de jaune. On en connaît d'autres espèces de l'Afrique et de l'Inde, très-voisines de la précédente.
Les Naucores ont le corps ovalaire, nullement acuminé en avant, comme dans les genres précédents; leur tète est large, arrondie à sa
266 ORDRE DES HÉMIPTÈRES
partie antérieure. Les antennes, de quatfe articles, ont le troisième beaucoup plus long que le dernier, ce qui distingue facilement ce genre de tous les précédents, qui ont toujours le dernier article plus long que les autres.
Le Naucore cimicoide, commun dans presque toute l'Europe, notamment aux environs de Paris, est long de lo à 12 millimètres, d'un vert pâle, parsemé de points noirs et de taches brunes.
FAMILLE DES RÉDUVIENS.
FAMILLE DES REDUVIENS
Les insectes compris dans cette famille sont caractérisés principalement par une tète rétrécie à son insertion ; des antennes toujours libres , longues et grêles; un écusson petit. Ils sont presque tous carnassiers, et leur bec est plus acéré et plus robuste que dans la plupart des Hémiptères. Les Réduviens sont répandus dans toutes les parties du monde, mais plus particulièrement dans les pays chauds.
Nous les diviserons en trois groupes ou tribus : les Hydromctrides, les RédiiJ'iidcs et les Ciinicides.
La tribu des Hydrométrides otïre pour caractères: un corps allongé, étroit, toujours couvert d'un duvet très-court ; des antennes cylindriques, assez longues, composées de quatre articles; les pattes antérieures plus courtes que les autres et dépourvues d'épines propres à retenir leur proie.
Ces insectes, quoique aquatiques, ne s'enfoncent jamais sous l'eau, mais marchent et courent à la surface liquide comme ils le feraient sur un terrain solide, et même avec plus d'agilité, car ils semblent glisser sur les eaux comme des patineurs sur la glace. Cela est dû au poil trèscourt et très-serré qui couvre leur corps et le dessous de leurs tarses, et leur permet de courir sur l'eau sans se mouiller.
Les Gerris , au corps allongé, étroit, un peu déprimé, à antennes aussi longues que la moitié du corps , au corselet long, s'élargissant de la partie antérieure à la partie postérieure , aux longues pattes postérieures , sont ces insectes que l'on désigne vulgairement sous le nom dC Araignées d'eau, et que l'on voit par milliers, pendant toute la belle saison, glisser rapidement à la surface des bassins et des étangs. Le Gerris des lacs [Gerris
Pic. 20c. — Geri-is lacuslris
(voy. page 2GS).
?.68 ORDRE DES HÉMIPTÈRES
laciistris) [fig. 296, voy. p. 267] est long de 8 à 10 millimètres, d'un brun foncé; l'abdomen roussâtre avec trois lignes d'un noir brillant. Cette espèce a des élytres et des ailes ; mais il en est une , le Gerris aptera , du double plus grande que la précédente, qui est constamment privée des organes du vol.
Les Hydromètres ont le corps encore plus allongé , filiforme , d'une ténuité extrême ; la tête cylindrique allongée ; les antennes de quatre articles, dont les deux derniers fort grêles et plus longs que les autres. Le type du genre est l'Hydromètre des étangs (Hydromctra stagnoriun)^ que l'on trouve courant sur les eaux stagnantes de presque toute l'Europe. Dans notre planche XVIII sont représentés les Hydrometra argentata et gibbifera. Tous ces insectes vivent de proie qu'ils saisissent au moyen de leurs pattes antérieures.
La tribu des Réduviides comprend des Hémiptères au corps allongé, à tête fortement rétrécie vers sa partie postérieure; à bec court, épais, fortement recourbé; à antennes longues et grêles, composées de quatre articles, dont les deux premiers plus longs et plus gros que les autres ; les pattes sont longues et minces.
Les Réduviides sont des insectes très-carnassiers, doués d'une grande agilité. Ils ont des formes très-variées, des couleurs le plus souvent sombres, mais quelquefois très-vives.
Les Réduves proprement dites {Reduvius) ont la tête ovalaire , les yeux saillants, les antennes à premier article épais. Leur corselet est triangulaire, très-distinctement bilobé, les élytres de la longueur de l'abdomen au moins.
Le type du genre, la Réduve masquée (Reduiniis personatus)^ fréquente les maisons habitées, où elle fait la chasse aux Punaises, aux Mouches et aux Araignées. Elle doit son nom à la curieuse habitude qu'a sa larve de s'envelopper de poussière, de flocons, de toiles d'araignée, de façon à celer sa présence. Cachée sous ce déguisement, elle s'avance doucement, par petits soubresauts, vers les insectes qu'elle convoite. Devenue plus agile à l'état parfait , lorsqu'elle a pris des ailes , la Réduve abandonne ce déguisement. Elle est alors d'un brun noirâtre obscur,
FAMILLE DES RÉDUVIENS. 269
avec les pattes roussàtres, et telle que nous la représentons dans notre planche XVIIl.
La Réduve entre souvent dans les maisons, le soir, attirée par la lumière. Elle n'est pas nuisible et nous délivre au contraire des insectes incommodes ou dégoiitants qui sont malgré nous nos hôtes. Il faut cependant se bien garder de la saisir, ou ne le faire qu'avec précaution, car elle pique avec son bec imprégné d'un venin, et produit plus de douleur qu'une Guêpe.
Une des plus belles espèces du genre est la Réduve agréable {Rcdiiriiis amœnus de Java. Elle est d'un beau rouge de corail, avec des taches d'un noir bleu luisant.
Les Ploiaria P. vagabundaj ont les mêmes habitudes que les Réduves, et habitent également les maisons.
Les Pirates {P. stridiilus vivent aussi de proie, mais la recherchent sur les plantes.
Le genre Coranus est caractérisé par l'étranglement très-marqué du cou , la longueur du premier article des antennes double de celle des autres, et la brièveté des ailes, qui ne dépassent pas le troisième anneau de l'abdomen. Dans notre planche XVIII est figuré le Coranus siibapterus^ que l'on trouve dans les lieux secs et sablonneux, sous les bruyères et les ajoncs. II est d'un noir grisâtre, revêtu d'un court duvet jaunâtre; ses ocelles sont rouges et ses antennes d'un brun pâle.
La tribu des Cimicides est caractérisée par un corps fortement déprimé et ordinairement arrondi, par une tête pointue s'tavançant entre les antennes, et dont le bec ou suçoir est inséré dans une cavité dont les bords sont saillants. Les Cimicides sont en général des insectes de petite taille, répandus dans toutes les parties du monde. Leurs habitudes varient suivant les espèces; les uns, comme la Punaise des lits, sucent le sang ; d'autres attaquent les insectes vivants ; d'autres enfin sucent la sève des végétaux.
Le genre Cimcx, qui ne comprend aujourd'hui qu'une seule espèce, la plus connue, la plus répandue et la plus redoutée, j'ai nommé la Punaise des lits, oftre pour caractères: un corps excessivement déprimé,
ORDRE DES HEMIPTERES.
à peine plus long que large, ayant une forme tout à fait arrondie; des antennes sétacées, fort grêles, terminées en une longue soie ; le corselet fort court, extrêmement êchancré ; l'écusson triangulaire, large à sa base. Les élytres sont tout à fait rudimentaires, réduits à de simples moignons, et les ailes entièrement nulles; les pattes peu longues et fort minces. Fabricius donnait à ce genre le nom à' Acanthia , mais le nom de Linné a prévalu.
La seule espèce de ce genre, avons-nous dit, est la Punaise des lits {Cimex lectularius) , représentée dans notre planche XVIII. Cet insecte n'est que trop connu par ses piqûres et par l'odeur infecte qu'il répand. Quelques auteurs ont prétendu que cet insecte nous venait d'Amérique, comme tant d'autres choses bonnes ou mauvaises; et suivant eux, ce ne serait qu'après l'effroyable incendie de Londres, en 1666, qu'il aurait été introduit dans des bois de construction venus d'Amérique, et il se serait de là répandu au loin. Mais pour qui connaît les anciens, cette opinion est complètement fausse ; car déjà Pline, Dioscoride et Martial en font mention dans leurs écrits. Nec toga uecfocus est nec tutus cimice lectus (ni vêtement, ni foyer, ni lit n'est à l'abri de la Punaise), dit le poète satyrique en se plaignant de cette odieuse créature, qui, grâce à l'aplatissement de son corps, s'introduit impunément partout. Comme la Punaise des lits ne vole pas, on pourrait s'étonner qu'elle ait pu se répandre dans le monde entier, si l'on ne savait qu'un seul homme qui, sans le savoir, en apporte quelque part une famille dans un des plis de son habit, peut en peupler toute une maison et même toute une ville; cependant elle est inconnue dans l'extrême Nord et l'extrême Midi; c'est le centre de l'Europe qui en est infecté, et Lyon est connu, en France, comme leur quartier général.
La Punaise se blottit pendant le jour dans les interstices des boiseries, sous les papiers de tenture, et échappe ainsi à toutes les investigations; mais elle sort à la nuit de sa retraite pour se gorger de notre sang. Cette ignoble créature ne manque pas toutefois d'une certaine intelligence ; car si, pour éviter ses atteintes, on couche dans un hamac ou dans un lit dont les pieds sont isolés du parquet, elle sait parfaitement gagner le
FAMILLE DES RÉDUVIENS.
plafond au-dessus du dormeur et se laisser tomber verticalement sur le lit.
La Punaise pond ses œuts dans les encoignures. Leur coque est couverte d'une espèce de villosité destinée à faciliter leur adhérence contre les corps et les tissus où ils sont déposés. L'œuf, comme c'est le cas habituel chez les Hémiptères, a un couvercle que la petite Punaise pousse pour sortir. Ces larves, d'abord blanchâtres, ne tardent pas à se teindre en rouge par le sang qu'elles absorbent. On a souvent rencontré des Punaises dans les nids des hirondelles et dans les poulaillers.
La Punaise des lits se multiplie en prodigieuse quantité, surtout dans les maisons malpropres, et on a employé beaucoup de moyens ^^pour les détruire, mais la plupart sont ineffi- J/^'^''^ caces et plusieurs dangereux. La benzine, la térébenthine, l'essence minérale, l'huile de pétrole les tuent sûrement ; mais ces liquides répandent une odeur fort désagréable et sont très -inflammables. Le pyrèthre les tient à distance, et si l'on en saupoudre les draps, on sera à l'abri de leur atteinte ; mais ce moyen n'en débarrasse pas la maison. On ne peut atteindre ce dernier but qu'en employant l'acide sulfureux, et voici comment: sur un réchaud placé au milieu de la chambre, on met un vase contenant du soufre, après avoir hermétiquement bouché tous les endroits accessibles à l'air, et ce n'est que le lendemain, lorsque la vapeur de soufre s'est exhalée et a dégagé tout l'acide sulfureux, que toutes les Punaises ont succombé.
Les Arades [Aradus) ont le corps déprimé; le bec grêle, plus long que la tête; les antennes cylindriques, et des élytres recouvrant entièrement l'abdomen. L'Arade du bouleau ' Aradus betiila-), commun dans toute l'Europe, est le type du genre. Il vit sous les écorces, où il recherche d'autres insectes.
Dans le genre Phr mata, les antennes, plus longues que la tête, ont
Fie:. 21)7. — 'J'ingls pi (\oy. page 2T2).
ORDRE DES HEMIPTERES.
leur dernier article en massue. Ces Hémiptères vivent d'insectes qu'ils poursuivent sur les végétaux.
Les Tingis, au contraire, vivent sur les végétaux dont ils sucent la sève. Ils ont le corps aplati, les élytres réticulés et le dernier article des antennes en bouton. Une espèce de ce genre, le Tingis piri, est très-nuisible aux poiriers; les jardiniers le connaissent sous le nom de Tigre. Ce Tigre, que nous figurons d'autre part (fig. 297, voy. p. 271), n'a que 2 millimètres de longueur et 3 1/2 millimètres d'envergure- il est cependant très-nuisible malgré sa petite taille; il s'établit en colonie sous les feuilles, qu'il pique et crible de petites pustules noires. Les fumigations et les aspersions ne font pas grand effet sur lui ; le meilleur moyen d'en débarrasser les arbres est encore de couper les feuilles attaquées et de les brûler. On détruit ainsi une grande quantité d'œufs et de larves.
La famille des Lygéens comprend une longue suite de genres dont toutes les espèces sont essentiellement phytophages. Ces insectes ont le bec plus court que les Réduvicns ; leurs pattes sont simples et propres à la course. On les rencontre sur les plantes dont ils se nourrissent, et sur lesquelles ils déposent leurs œufs par paquets.
On divise les Lygéens en trois groupes ou tribus, qui se distinguent les unes des autres par le point d'insertion des antennes et par la présence ou l'absence d'appendices entre les crochets des tarses. Ce sont les Coréides , les Lygœides et les Capsidcs.
Les Cor Éi DES ont les antennes insérées à la partie antérieure de la tète, sur la même ligne que les yeux ; leurs tarses ont .deux appendices entre leurs crochets. Cette tribu comprend un assez grand nombre d'espèces, dont quelques-unes atteignent une taille assez grande et sont ornées de couleurs brillantes. Ces Hémiptères sont répandus dans toutes les parties du monde.
Dans le genre Stenocephalus la tête est prolongée en pointe, et le dernier article des antennes est plus long que les autres ; les pattes sont simples] les jambes droites.
Le Sténocephale agile {St. agilis), figuré dans notre planche XV, doit son nom à l'activité remarquable qu'il déploie soit en marchant, soit en volant, et cela pendant les plus chaudes journées de l'été. Sa couleur est le brun pâle, avec une petite tache rouge sur chaque épaule; ses antennes et ses pattes sont jaunes, avec une tache noire à chaque joint.
Les Anisoscelis ont la tête un peu avancée; les pattes longues, les cuisses postérieures ordinairement aplaties et épineuses, les jambes foliacées. Nous figurons dans notre planche XX V Anisoscelis (Diactor) bilineatiis. Ce singulier insecte a les jambes postérieures dilatées en une large feuille. Sa couleur est un rouge brun foncé, avec deux raies jaunes sur le
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
thorax et la tète. Les membranes foliacées des jambes postérieures sont
rougeâtres et portent deux taches jaunes. Cette espèce nous vient d'Amérique.
Le genre Pachylis comprend des espèces américaines, présentant pour caractères : la tète courte ; les pattes postérieures à cuisses renflées et épineuses, à jambes comprimées. Le troisième article des antennes est dilaté en feuillet.
Nous figurons ici (fig. 298 et 299) le Pachylis gigas et sa larve. Cet Hémiptère remarquable est originaire du Mexique. Toutes les
parties claires des figures sont d'un beau rouge cramoisi, et les parties
foncées sont d'un noir velouté.
Pic. 298. — Pachylis rjigas.
Les ailes seules sont d'un vert velouté, rayées de jaune brillant.
La figure 3oo (voy. p. 275) représente un Coréide voisin, le Petascelis remipes de l'Afrique australe; ses noms générique et spécifique font allusion à la forme de ses jambes postérieures élargies et aplaties en forme de rames. Le corselet de cet insecte est brun bordé de jaune, et parcouru dans son milieu par une ligne de la même couleur. Les ailes sont d'un brun chocolat, plus foncées à l'extrémité.
Dans le genre Metapodius , dont notre figure 3oi (voy. p. 276) repré-
Lavve de Farli^Us gif/as.
FAMILLE DES LYCEENS.
sente une belle espèce, propre au Brésil, les jambes postérieures sont encore élargies et aplaties en forme de rames, et les cuisses sont fortement renflées et épineuses. La couleur de cet insecte est un brun rouge acajou; les pattes postérieures portent une ligne rouge. Celles-ci ont la cuisse ronde et la jambe aplatie , toutes deux garnies de fortes épines au côté interne.
Le genre Corée {Corciis) renferme des espèces nombreuses , caracté-
FlG. 300. — Pe'ascciis rçmipcs (voy. page 274;.
risées par leur tète courte, par leurs antennes à premier article long et à dernier article ovalaire. La Corée bordée {Corciis marginatiis) est trèscommune sur les plantes, où elle pond ses œufs dorés. Elle est longue de i5 millimètres, d'un brun obscur en dessus, livide en dessous; antennes ayant les deux premiers articles rougeàtres et le dernier noir; élytres bruns, sans taches.
La Corée à cornes velues {Coreus liirticoniis), figurée dans notre planche XIX, a le corps et surtout ks antennes hérissés de poils raides; le
ORDRE DES HEMIPTERES.
corselet a ses bords armés de fortes épines. Cette espèce se trouve dans toute l'Europe méridionale.
On a fait des Corées à ventre plus large que les élytres, le genre Vcrliisia.
. Dans notre planche XIX est figuré le Verlusia rhombca. Il est d'un brun jaunâtre couvert en dessus de petits points; ses pattes sont jaunes. Cette espèce n'est pas rare sur les feuilles des arbres en automne. Certaines Corées étrangères sont remarquables par des appendices
bizarres. Telle est, par exemple, la ~ Phyîlomorphe de AIadûgascai\ qui
ressemble à une feuille déchiquetée.
Les Coréides du genre Neidcs ont le corps d'une extrême ténuité et assez allongé ; la tête s'avance en pointe entre les antennes, et ces dernières , extrêmement grêles et longues , forment un coude trèsprononcé après leur second article, qui est renflé à son extrémité; le dernier article, comparativement court , forme une sorte de massue ; les aileSj sont linéaires et couvrent entièrement l'abdomen. Nous figurons dans notre planche XIX le Neides depressus, remarquable par la longueur et la gracilité de ses membres, qui rappellent ceux des Hydromètres. Sa couleur est d'un brun jaunâtre, avec l'abdomen noir. Les Rhyparochromus ont le corps de forme ovale; la tête petite, non prolongée; les antennes moyennes, à premier article plus court; les pattes sont plutôt courtes et robustes. Le Rhyyarochromiis dilataliis , figuré dans notre planche XIX ('), est noir, recouvert d'un fin duvet jaune. Il n'est pas rare en France, et se trouve sous la mousse.
Melapodivs laliprs (voy. p.ige â74).
0; Voir la note page i-jij.
Sur la même planche est représenté ÏHciicstaris laticcps, insecte assez commun dans le midi de la France. Il est d'un jaune dbcrc nuage de brun. Il est surtout remarquable par la largeur de la tête, qui est plus large que le corps.
La tribu des Lyg^eides est caractérisée par des antennes insérées au-dessous des yeux, à dernier article fusiforme, et par les tarses sans appendice entre les crochets.
Le genre Pyrrhocoris a la tète très-avancée; le corselet rebordé latéralement. Le type de ce genre, le Pyrrhncovis aptcrus, représenté dans notre planche XIX, est des plus communs dans toute l'Europe; c'est cette Punaise, bariolée de noir et de vermillon, que l'on rencontre si fréquemment rassemblée en sociétés nombreuses au pied des arbres et au bas des murs exposés au midi. Cette espèce n'a jamais que des moignons d'élytres. Ces Punaises ne dégagent pas de mauvaise odeur; elles sucent la sève des végétaux, les fruits tombés, les insectes morts. Elles se cachent pendant l'hiver sous les pierres et les écorces, et s'y engourdissent.
Les espèces du genre Lygée ont la tète triangulaire ; le thorax plat , deux fois plus large en arrière qu'en avant; leurs ocelles sont très-distincts et leurs antennes à articles courts. La couleur rouge, relevée par des taches noires, domine chez la plupart des espèces. Les Lygées vivent sur les plantes, réunies souvent en si grande quantité, qu'elles forment une masse rouge. Tels sont les Lygœiis mi li taris et Lygcvus cquestris , trèscommuns dans le Midi.
Ce dernier, long de 8 à 10 millimètres, a la tète, les antennes, les pattes et le bord antérieur du prothorax gris; les élytres, le corselet, l'abdomen, une grande tache sur la tète rouge cinabre; deux points noirs sur le corselet, en arrière de la bande grise; écusson noir; deux points noirs en arrière de l'écusson et quatre plus loin. Cette espèce est également commune aux environs de Paris.
Nous représentons ici (fig. 3o2, voy. p. 278) une magnifique espèce du Bengale, le Lygœiis grandis des anciens auteurs, dont on fait aujourd'hui un genre particulier sous le nom de Macrnchcraia. Il atteint
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
jusqu'à 5 centimètres de longueur. Il est d'un rouge cinabre tacheté de noir.
La tribu des Capsides a pour caractères généraux : les antennes insc-
: ijrandis ;voy. inigc 277).
rées au-dessous des yeux, à dernier article très-grèle; l'abdomen présentant chez les femelles une tarière quelquefois très-saillante. Les Capsides se rencontrent généralement dans les lieux humides, sur les plantes qui les nourrissent. Ils sont agiles, mais de petite taille, et ornés le plus souvent de couleurs vives et variées.
Les espèces du genre Miris ont le corps très-allongé ; la tète prolongée
en pointe entre les antennes; ces dernières fort longues, à dernier article
très-grêle. Le Miris virens est vert, avec
^v l'extrémité des antennes et les tarses fauves.
- : Il est commun dans toute l'Europe.
Le Miris errant [Miris erra tiens) , long de S à 10 millimètres, est d'un vert pré, avec quatre lignes noires sur le corselet et trois sur la tète. Le mâle a le dessus de la tête, du corselet et des élytres noir. Cette espèce est commune partout. Le genre Phytocoris a la tète courte, arrondie; les antennes grêles, le corps oblong. Le Phytocoris du tilleul [Phytocoris tiliœ) , figuré dans
Vhjtoi
FAMILLE DES LYCEENS.
îyo
notre planche XIX (^), est verdàtre, avec trois bandes brunes. Le Phytocoris à deux points {Phytocoris bipimctata) [fit;. 3o31 est vert, avec deux points sur le prothorax- les élytres, plus ptiles, ont un point jaune à l'extrémité. Cette espèce se trouve dans le nord de l'Europe.
l'IO. :lijl il 311. - 1. St)!i(Momtus tri'juUatin luàlc. A'Orihocephdtu
■ S^iletlonotiis trignUalus ïcunsllc. — '3. Orthocej^halus Ittrttt^. — n. Tête l>. Tart>c postiirieur. — c. Aile.
Vn fort curieux Capside est le Systcllonotiis tviguttatiis (fig. 3o4, I et 2), remarquable par la forme de l'abdomen étranglé à sa base, comme le montre la figure de la femelle, fort différente d'ailleurs du mâle, puisqu'elle est sans ailes et d'un brun jaunâtre uniforme. Le mâle est d'un brun rougeàtrc, couvert d'un fin duvet jaunâtre.
C) Par suite d'une méprise du graveur, le Phytocoris tiliœ porte le nom de Rhyyarockromus diljlatiis, et re'ciproquement.
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
Sur chaque élytrc sont trois bandes diagonales blanches. Cet insecte est assez rare, surtout la femelle, que l'on prendrait à première vue pour une Fourmi.
La figure 3o4 (3) représente VOrthocephaliis hirtus, retiré du genre Phytocoris, dont il faisait autrefois partie, et avec lequel il offre des différences assez marquées dans la forme et le port de sa tète droite, la longueur du second article des antennes (fig. 2g5 (3), a). Cet insecte est noir, couvert d'écaillés d'un jaune doré, du milieu desquelles s'élèvent des poils noirs. Les cuisses sont noires et les jambes d'un jaune rougeàtrc.
Le genre Capsiis, qui a donné son nom à la tribu, comprenait autrefois tous les genres précédents et plusieurs autres. 11 se trouve très-réduit aujourd'hui et ne renferme plus qu'un petit nombre d'espèces, parmi lesquelles nous citerons \qs Capsits trifasciatiis , vlatiis , laniarius, dans lesquels le rouge et le noir dominent.
Le Capsus trifasciatus, long de 7 à 8 millimètres, est noir, avec les bords du thorax , l'ècusson et les élytres rouges ; ces derniers portent trois bandes transversales noires; les antennes et les pattes sont noires, les jambes annelées de rouge. Cette espèce se trouve dans toute l'Europe.
FAMILLE DES SCUTELLERIENS
Les Hcniiptcrcs de la famille des Scutelléricns se distinguent surtout par la grandeur de leur écusson, qui recouvre les élytres en partie ou même en totalité; leurs antennes sont longues et toujours libres, ordinairement de cinq articles; leur corps est large et épais, leurs pattes courtes et grêles.
Les Scutelléricns sont souvent très-remarquables par la vivacité de leurs couleurs, qui ont parfois un éclat métallique. Ces insectes sont répandus dans toutes les régions du globe, mais surtout dans les pays chauds, où vivent les espèces aux plus riches parures.
Tous sont phytophages, et vivent des sucs végétaux qu'ils pompent en enfonçant leur bec dans le parenchyme des feuilles ou dans le tissu des jeunes branches.
On divise la famille des Scutelléricns en trois groupes ou tribus, basés sur la forme de l'écusson. Ce sont les Pentatomides , les Cydnides et les
■^ Plu. il-î. — Etlessa corniiln.
Scittcllérides .
La tribu des Pentatomides se distingue par l'écusson triangulaire, ne couvrant pas tout le corps, et par les pattes énormes.
Dans le genre Oncomeris la tète est petite; les antennes simples, épaisses, surtout le troisième article; l'abdomen présente une pointe à sa base. Nous figurons dans notre planche XX VOncomeris Jlavicoruis de l'Australie. Ce bel insecte est noir, avec les ailes bleues à reflets cuivreux.
Le genre Edessa est américain; ses espèces ont la tète très-petite, triangulaire; l'abdomen porte des épines latérales. Nous représentons ici (fig. 3 12) V Edessa cornuta, de Para; son corselet, armé de deux longues
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
FlG. 31J. — i'cntatoma olcr<
pointes recourbées, est brun verdàtrc, son écusson jaune, et la partie supérieure du corps azurée.
Notre planche XX représente deux espèces de Pentatomides très-remarquables : le Pygoplatys lancifer, de Bornéo , qui rappelle VEdessa cor mita par son corselet prolongé latéralement en pointes, et le Dalader acuticosta, qui présente aussi les angles supérieurs de son corselet prolongés en pointes, mais recourbés en haut en crochet. Les Pentatomes proprement dites [Pentatoina) comprennent un très-grand nombre d'espèces. Ce sont surtout ces Hémiptères qui sont connus sous le nom de Punaises des bois. Leurs caractères distinctifs sont: d'avoir le corps court, ovale et arrondi , l'écusson ne recouvrant pas tout l'abdomen ; celui-ci mutique; les antennes filiformes, de cinq articles. Les Pentatomes répandent pour la plupart une odeur forte et très-désagréable, qui se communique aux objets que l'insecte a touchés. Les femelles déposent leurs œufs par plaques sur les feuilles et les tiges des végétaux; ces œufs sont parfois agréablement colorés. Parmi les espèces qui se trouvent aux environs de Paris, nous citerons la Pentatome des ptotagers (Pentatoma nleracea) [fig. 3i3], que l'on trouve communément dans les jardins et les champs, sur les choux et diverses plantes crucifères. Cette espèce est fort nuisible et commet parfois de grands dégâts sur les choux, qu'elle infecte de son odeur. Ses piqûres nombreuses sur les feuilles, dont elle suce la sève, fait jaunir et dessécher la plante sur pied. La Pentatome dissemblable {Pentatoma dissimilis) fréquente également les jardins ; elle est longue de lo à 12 millimètres, d'un vert obscur,
couvert de points enfoncés noirs; les antennes, les pattes et le ventre sont d'un jaune rougeàtre; les ailes sont enfumées. Cette espèce est figurée dans notre planche XV.
La Pentatome des baies {Pentatoma baccariim) [fig. 314] est pubescente.
l'cntaloma hacd
rougcàtrc en dessus, avec l'extrémité de l'écusson jaunâtre; l'abdomen tacheté de noirâtre sur les bords; les antennes annelées de noir et de blanc.
La Pcntatome rayée Pcntatuma lincata) [tig. 3i5] est jaune, ponctuée, rayée dans sa longueur de lignes d'un brun rougeàtre. Elle n'est pas rare dans le midi de la France.
Le genre Asopus n'est qu'une division du grand genre Pcntatome, dont il diffère par le rostre fort et libre, et par les jambes antérieures dilatées. V Asopus litridiis, figuré dans notre planche XIX, est bien connu des jardiniers ; il est parfois très-abondant dans les vergers, surtout sur les cerisiers, dont il suce les fruits mûrs et qu'il infecte de son odeur désagréable. 11 est jaunâtre, pointillé de noir, avec les côtés de la tète et du corselet à reflets .^r.//^ bleuâtres, il est jaune en dessous, avec deux "°~ rangées longitudinales de points noirs.
La Pentatome du bouleau [Pentatoma betulœ< offre à l'observateur des mœurs intéressantes. C'est une Punaise grise avec une tache noire sur l'écusson, et le rebord de l'abdomen jaune et noir. Si l'on en croit De Geer, la femelle de cette espèce est un modèle de sollicitude maternelle, vertu rare chez les Punaises. On la voit conduire ses petits de feuille en feuille, comme une poule ses poussins; on en voit toujours de 3o à 40 autour d'elle; elle les guide, les défend, et ne les abandonne pas aussi longtemps qu'ils ont besoin de ses soins. Lorsque ses petits s'éloignent ou courent quelque danger, la mère bat des ailes avec rapidité pour les rappeler ou pour éloigner les ennemis. Parmi ceux-ci, le plus à craindre est le mâle même de l'espèce, qui ne cherche qu'à détruire les petits. Rien n'est curieux comme de voir la ruse et l'énergie que déploie la femelle pour s'opposer aux projets sanguinaires du mâle, et donner à ses petits le temps de se cacher ^ ce qu'ils font en s'éparpillant sous les feuilles.
La figure 3 16 (voy. p. 284) représente le Catacanthus incarnatiis, belle
ntatoma liueata.
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
espèce de l'Inde ^ elle varie du jaune au rouge, avec des taches noires; l'extrémité des ailes est d'un bleu profond.
Le genre Brachystcthus est caractérisé par la brièveté de son thorax deux fois plus large que long. Le Brachystcthus ntbromaculatiis du Brésil (fig. 3 17) est d'un noir brillant vcrdàtre, avec de larges taches d'un rouge écarlate, fortement pointillées.
La tribu des Cydiiidcs offre pour caractères : l'écusson triangulaire, ne couvrant pas tout le corps ; les pattes garnies d'épines. Elle comprend esscnb-io. 31,!. - c.aacan,ku. laco.rn.tus {vuy. ,,ugu .».,. ticUement Ic gcurc Cydniis, caractérisé
par des antennes grêles, et dont le type est le Cydnus tristis, tout noir, finement ponctué en dessus. On trouve cet insecte dans presque toute l'Europe.
La tribu des Scutellérides est l'une des plus remarquables de celles des Hémiptères hétéroptères. Comme l'indique son nom, le principal caractère de ce groupe est le développement de l'écusson (Sciitclluiu)^ qui s'étend sur l'abdomen et le recouvre soit en entier, soit dans la plus grande partie de son étendue. Les Scutellèrcs sont remarquables, non-seulement par leurs couleurs, tantôt métalliques et brillantes, tantôt d'une vivacité admirable, mais encore par leurs formes, qui les feraient
prendre parfois pour des Buprestes, et, comme ces derniers, ils mériteraient le nom de Richards ;, au moins les espèces des contrées chaudes; car celles de nos pays froids ou tempérés sont les moins grandes et les
FiG, 317. — LraclujtUtltHii rnbwmacukUu
FAMILLE DES SCUTELLÉR lENS.
moins belles de toutes. Malgré leur beauté, les Scutellères sont des insectes désagréables de leur vivant; de toutes les Punaises, ce sont celles qui répandent l'odeur la plus infecte. Elles vivent sur les plantes dont elles sucent la sève; mais, à l'occasion, lorsqu'elles rencontrent quelque chenille, elles plongent leur bec acéré dans son corps et l'en retirent gorgé de ses humeurs.
On a établi plusieurs coupes génériques dans le groupe des Scutellérides : ce sont les Pachycoris, à corps ovalaire convexe, qui habitent l'Europe méridionale; les Tetyra, à corps moins bombé, européens; les Sphœrocoris, les Odontoscclis, les C/iUviiucoris sont exotiques. Les Sciitellaria proprement dits sont les plus beaux de tous les Hémiptères; ils sont tous exotiques.
Parmi les plus belles, nous citerons:
la Scutellère marquée [Scutcllaria signala), très-commune au Sénégal.
Elle est longue de i8 à 22 millimètres, d'un beau vert brillant et métallique en dessus, avec des taches noires; le dessous du corps et les pattes sont rouges ; sur les côtés de l'abdomen sont des taches vertes et bleues.
Le Sciitellaria nobilis de l'Inde (fig. 3iS) est en dessus d'une nuance chatoyante, qui, selon l'incidence des rayons lumineux, paraît verte, bleue ou violette; sur ce fond éblouissant se détachent en noir profond des taches rondes placées longitudinalement.
Le genre Augocoris offre tous les caractères des Scuicllavia, à l'exception d'un seul, tiré des antennes; celles-ci n'ont que trois articles, caractère qui distingue ce genre de tous les autres de la même famille; le premier article est fort court, le second et le troisième sont très-longs.
Les espèces de ce genre sont américaines.
V.' Augocoris Gomesii, long de iG à 18 millimètres, a le corps plus court
Snili-llarlti nohiUs
ORDRE DES HEMIPTERES.
et plus ramasse que les Scutellères. Il est d'un jaune rougcâtre brillant, avec les antennes noires; la tête, le corselet et l'écusson portent de gros points d'un bleu noirâtre; les pattes sont de cette dernière couleur. Cette espèce est assez répandue au Brésil.
Le genre Peltophora a des antennes de cinq articles, dont le second est très-grand et arqué, et le troisième tort court.
Le Peltophora vuLvomacidata de l'Australie est d'un beau bleu brillant tacheté de rouse.
ORDRE DES APHANIPTÈRES
^V\( et ordre ne comprend qu'un seul genre, le genre ^- Puce (Piilex)^ bien connu de tout le monde. Le nom
â! Aplianiptères leur vient de la privation d'ailes. Ces singuliers insectes ont le corps recouvert de segments cornés très-sôlides; il est comprimé, arqué à sa partie dorsale et composé de douze segments, non compris la tête. Celle-ci, petite, arrondie antérieurement, est penchée en avant et garnie de cils raides. Leurs organes buccaux les rapprochent des Hémiptères. La bouche a la forme d'un suçoir composé de trois pièces, renfermé entre deux lames articulées, de manière à constituer une trompe cylindrique et telle qu'on en voit le détail dans les figures a, b et/(fig. 322). Au milieu est le dard formé par le labre, puis les mandibules allongées en grandes scies; les mâchoires, transformées en lames articulées, sont soudées avec la lèvre inférieure pour former une gaîne, dans laquelle les mandibules et le labre sont main-
ORDRE DES APH AN IPTÉRES
tenus. Les Puces n'ont pas d'yeux composés, mais seulement deux petits yeux lisses; leurs antennes, placées derrière l'œil, dans une échancrure de la tctCj sont composées de trois articles mobiles; le premier court, le second long et épais, le troisième plat, élargi en palette et divisé en lanières ou digitations de plus en plus courtes, d'avant en arrière; le thorax est grand et bien distinct, les pattes sont longues et robustes, à hanches très-fortes, à cuisses courtes, à jambes très fortement ciliées, en un mot tout à fait conformées pour le saut ; les tarses sont composés de cinq
Fia. 322 à 328. — 1. Pidex lalpcc.
o. Menton et ii.alpes. — h. Tète gi'ossie. — c. Palpe. — d. Tarse, o. Nymphe. — /. Menton et palpes.
■ 2. Pulex ivrilaiis.
articles et terminés par des crochets longs, recourbés et aigus; l'abdomen est très-grand, ovale, beaucoup plus large verticalement que le thorax. Les Puces subissent des métamorphoses complètes; elles se multiplient avec presque autant de rapidité que les Punaises. La femelle pond une douzaine d'œufs assez gros dans les coins garnis de poussière, dans les fentes de parquets, sur les meubles et dans les poils des animaux. Il en sort des larves blanches et sans pattes, semblables à de petits vers, à tète écailleuse munie de deux antennes courtes, mais privée d'yeux. Ces larves sont très-vives ; elles marchent avec rapidité en serpentant, et exécutent les mouvements les plus bizarres au plus léger attouchement. Leur développement s'opère en une douzaine de jours, au bout desqiiels elles
ORDRE DES AP H AN IPTÈRES. 291
se filent un petit cocon soyeux, dans lequel elles se changent en nymphe et d'où elles sortent à l'état d'insectes parfaits.
Les Puces vivent en parasites sur l'homme et sur les animaux, mammiféres et oiseaux; elles nichent dans la fourrure des chiens, chats, lièvres, etc.,. qui en sont très-tourmentés en été et en automne. La précaution que l'on prend de baigner les animaux pour les débarrasser de ces insectes est inutile , et des expériences ont prouvé que des Puces tenues au fond de l'eau pendant plus de douze heures, revenaient à la vie après en être sorties. De tous les moyens préconisés contre les Puces, le meilleur, pour s'en préserver, est d'entretenir une grande propreté dans les intérieurs, et pour les détruire, l'emploi de la poudre de pyrèthre.
On connaît un grand nombre de Puces. La Puce irritante {Pitlex irritans\ représentée figure 322, vit sur l'homme. Elle préfère la peau délicate des femmes et des enfants. Elle abonde surtout dans les pays chauds; en Algérie, les Arabes, très-malpropres, logent dans les plis
crasseux de leur burnous des œufs de Puces et ,^
de véritables légions de ces insectes à tous les *^
états. Cette espèce, qui paraît vivre exclusive- k,,. 32,. /,,,„ p.«e.a,«,fcm.iic. ment du sang humain, n'a d'épines ni au cha- °' f"rp7gc 292^''
peron ni au thorax.
La Puce du chien {Pitlex canis) est munie d'épines au chaperon et au thorax ; elle vit sur les chiens et les chats, et n'attaque l'homme qu'accidentellement.
Beaucoup d'animaux ont leurs Puces : on reconnaît comme espèces distinctes celle de la taupe {Pulcx talpœ) [fig. 822], celles de la chauvesouris, du hérisson, du blaireau, de la souris, du lérot , du pigeon, de l'hirondelle, etc.
Une petite Puce de l'Amérique du Sud, la Puce pénétrante {Pulex penclrans), vulgairement connue sous le nom de chique, est très-redoutée. Son bec est très-long, son corps effilé et étroit. Le mâle demeure toujours grêle et errant; il est plus petit que la Puce commune. La femelle
292 ORDRE DES APH ANIPTÈRES
pénètre sous la peau, et s'y gorge de sang. Son abdomen devient énorme, gros comme un pois, sur lequel la tête et le corselet ne paraissent plus que comme un point brunâtre (fig. 329, voy. p. 291). La ponte a lieu dans la plaie, et de graves ulcérations en résultent parfois; on a même vu des cas suivis de mort. Ces Puces chiques abondent aux Antilles, à la Guyane, au Brésil, en Colombie, et les nègres et les Indiens, qui marchent pieds nus, en sont souvent attaqués. De vieilles négresses, aux colonies, font métier de les extraire, et elles savent les enlever avec' dextérité à la pointe d'une aiguille.
ORDRE DES STREPSIPTÈRES
(RHIPIPTÈRES DE Latreille)
ordre est aussi limité que le précédent; il renferme une dizaine d'espèces ayant pour caractères communs : des mandibules en forme de petites lames linéaires, croisées l'une sur l'autre; des palpes maxillaires de deux articles; des yeux gros, globuleux et grenus; des ailes antérieures rudimentaires, ayant la forme de petits balanciers étroits, courbés au bout et renflés en massue. Les ailes postérieures sont au contraire grandes, membraneuses et pourvues de nervures longitudinales; elles ont, comme celles des Orthoptères, la faculté de se replier en éventail. Leurs tarses sont dépourvus de crochets.
Les larves de ces petits insectes offrent beaucoup de ressemblance avec celles de certains Diptères; elles ont le corps en ovale allongé, privé de pattes, et tous leurs téguments sont mous et blanchâtres.
Comme on le voit, ces caractères anomaux rendent difficile à trouver
296 ORDRE DES STREPSI PTÈRES.
la place qui convient réellement à ces insectes ; cependant leurs caractères et leurs métamorphoses les rapprochent davantage des Diptères que de tout autre ordre d'insectes.
Les petites larves vivent en parasites sur certains Hyménoptères, tels que des Guêpes, des Polistes, des Andrènes. Elles se tiennent cachées sous les anneaux de l'abdomen, et l'on reconnaît leur présence aux petites gibbosités qu'elles y forment.
Quoique très-peu nombreux en espèces, les Strepsiptères ont été répartis dans quatre genres distincts , caractérisés par la forme plus ou moins singulière des antennes et par le nombre des articles des tarses. Ce sont :
Les Xenos, à antennes plus courtes que le thorax, ayant un premier article très-court, un deuxième trèslong, comprimé, et un troisième aussi long, inséré „ „„ ,. à la base de celui-ci. Leurs tarses sont de quatre ar-
PIG. 332. - - Aenos vesparum. ^
ticles.
Le Xenos vesparum, qui habite surtout le midi de l'Europe, vit sur des Guêpes et des Polistes. Nous figurons ici ce singulier insecte trèsgrossi.
Les Elenchiis ont les antennes grêles, pubescentes, à premier article court, suivi de deux lamelles grêles. Leurs tarses ont deux articles. Ces insectes, de même que les Stylops, vivent sur les Andrenides.
Les Stylops ont des antennes membraneuses de six articles ; le premier assez grand, le second très-court, le troisième prolongé au côté interne en un lobe allongé, les trois derniers de grandeur moyenne. Leurs tarses sont de quatre articles.
Les Halictophages ont des antennes très-courtes, ayant le premier et le deuxième article presque carrés; les suivants munis d'un rameau allongé. Leurs tarses sont de trois articles. Le type du genre, V Halictophagus Curtisii^ a été découvert sur une espèce d'Halictus.
ORDRE DES DIPTÈRES
Les insectes qui composent cet ordre — l'un des plus nombreux de la classe — se distinguent facilement par le caractère qu'indique leur nom, c'est-à-dire de n'avoir que deux ailes , les inférieures se trouvant réduites à deux petits appendices vihratiles auxquels on a donné le nom de balanciers. Leur bouche consiste en un suçoir composé des mandibules et des mâchoires, qui prennent la forme de lancettes écailleuses; les lèvres viennent former un canal à ce suçoir qui varie d'ailleurs considérablement dans sa forme et sa composition. Les yeux sont très-développés, quelquefois même contigus dans certains mâles ; il existe en outre presque toujours des ocelles, parfois au nombre de deux, le plus souvent de
3oo ORDRE DES DIPTÈRES.
trois. Les antennes sont insérées au-dessus de la cavité buccale, et varient beaucoup de forme.
Le thorax, généralement robuste, porte deux ailes diaphanes et membraneuses, d'une étendue moyenne, deux balanciers et deux cuillerons, petits organes en forme de coquille, et situés au-dessous des balanciers. Les pattes sont terminées par des tarses de cinq articles, munis de deux crochets , entre lesquels sont situées deux ou trois pelotes vésiculeuses et membraneuses, dont la disposition est telle, qu'elle permet aux Diptères de se maintenir à la surface des corps les plus polis, comme les glaces, et d'y marcher avec sécurité, même dans une situation renversée. Ces pelotes vésiculeuses s'appliquent exactement sur les corps, et agissent comme des ventouses.
L'abdomen est presque toujours convexe en dessus, concave en dessous; il n'offre le plus souvent que cinq ou six anneaux; le reste, dans les femelles, prend la forme de tuyaux rentrant les uns dans les autres, comme les tubes d'une lunette, et forme une espèce de tarière propre à introduire leurs œufs.
Les larves des Diptères sont molles, sans pattes, mais munies parfois de mamelons qui leur tiennent lieu de pieds ; leurs stigmates, au lieu d'être, comme dans celles des autres ordres, répartis tout le long des côtés du corps, sont situés à l'extrémité du corps, qui se prolonge parfois en un long tube (voir la figure en tête de l'ordre). Leurs organes buccaux consistent en deux crochets recourbés, dirigés en bas, au moyen desquels elles hachent les substances dont elles font leur nourriture. Ces larves n'éprouvent pas de mues pendant le cours de leur accroissement; mais une partie d'entre elles changent de peau pour passer à l'état de nymphe.
Les Diptères, avons-nous dit, constituent un des ordres les plus nombreux de la classe des insectes; ils sont encore plus répandus dans le Nord que dans le Midi. Sur les terres les plus rapprochées du pôle, là où l'on ne découvre plus d'insectes des autres ordres, on rencontre encore des Diptères.
Les deux types principaux de cet ordre sont les Cousins et les Mouches, ou plus scientifiquement les Némocères et les Brachocères, qui forment deux sections distinctes.
ORDRE DES DIPTÈRES. 3oi
I. Les Némocères ont les antennes filiformes, généralement plus longues que la tête et le corselet réunis, et composées de plus de six articles. Leur corps est grêle et élancé; leur trompe allongée et saillante; leurs palpes sont de quatre ou cinq articles, et leurs ailes longues. Cette section renferme deux familles, celle des Ciiliciens et celle des Tipuliens.
II. Les Brachocères ont généralement les antennes courtes, de trois articles au plus , dont le dernier est renfîé et ordinairement muni d'un style sétiforme, qui représente le reste de l'antenne atrophié. Le corps est le plus souvent large, ainsi que les ailes; les palpes sont de un ou deux articles.
3o2 ORDRE DES DIPTÈRES.
FAMILLE DES CULICIENS
La famille des Culiciens tire son nom du mot Ciilcx , nom latin du Cousin; elle renferme les insectes diptères qui, comme ce dernier, ont pour caractères : des antennes filiformes de quatorze articles, aussi longues que la tète et le thorax réunis, hérissées de longs poils; une trompe longue, avancée, renfermant un suçoir acéré, composé de cinq pièces; des palpes longues, de cinq articles; des ailes à nervures couvertes d'écaillés.
FlG. 335 à 337. — C'iUex pipiens. — g. Palpe. — ft. Auteuue.
Les Culiciens ou Cousins ne sont que trop connus de tout le monde ; on les trouve répandus sur tous les points du globe, aussi bien dans les contrées glaciales que dans les régions torrides, où ils tourmentent les hommes et les animaux de leurs piqûres.
La famille des Culiciens ne comprend qu'un très-petit nombre de genres, dont le plus important est le genre Cousin [Ciilex], qui donne son nom au groupe entier. Toutes les espèces offrant des mœurs à peu près identiques, nous décrirons avec quelque détail celles du Cousin commun, le plus répandu et le mieux connu dé tous.
Le Cousin commun (Culexpipiens), que nous représentons ici (fig. 335), est brun, avec deux bandes plus foncées sur le thorax; l'abdomen gris.
FAMILLE DES CULICIENS.
annelé de brun. Les antennes, très-velues dans le mâle, figurent deux petits panaches {h).
On rencontre les Cousins partout, mais surtout dans les lieux humides, marécageux; on les voit souvent, le soir, former au-dessus des eaux de petits nuages, qui montent et descendent en s'entre-croisant, et semblent se livrer, sous les rayons obliques du soleil couchant, à des danses fantastiques.
Les Cousins se tiennent assez généralement tranquilles une partie de la
FIG. :J3.S à 3il. — Culex inpù
journée; mais vers le soir ils se rassemblent en grand nombre, en faisant entendre un bourdonnement aigu et particulièrement désagréable. Les femelles sont malheureusement très-fécondes ; chacune donne naissance à deux cents ou trois cents œufs environ, et il peut y avoir jusqu'à six générations chaque année. Les œufs sont allongés, oblongs, pointus supérieurement, réunis en une masse qui a la forme d'un radeau, et qui vogue à la surface de l'eau sur laquelle les Cousins déposent leurs œufs 'ûK Tous ces œufs sont posés perpendiculairement côte à côte, et l'on se demande comment l'insecte parvient à les faire tenir dans cette position , du moins
3o4 ORDRE DES DIPTÈRES.
les premiers, qui doivent nécessairement offrir trop peu de base par rapport à leur hauteur.
Voici comment il s'y prend: Lorsqu'elle veut pondre, la femelle s'accroche au moyen de ses quatre pattes antérieures à quelque feuille ou à quelque petite aspérité au bord de l'eau, de manière à ce que l'extrémité de son abdomen effleure la surface du liquide ; puis , sous l'extrémité de l'abdomen, elle croise ses deux longues jambes postérieures en X, et pond son premier œuf, qui descend soutenu par les jambes, et reste maintenu verticalement; elle en pond alors un second, qu'elle colle le long du premier, toujours en le maintenant avec ses pattes; puis un troisième, et ainsi de suite, et ce n'est que lorsqu'elle a pondu son dernier œuf, qu'elle abandonne le petit radeau qui est alors en état de voguer sans risque. Environ quarante-huit heures après la ponte, les larves sortent par le bout inférieur de l'œuf, de sorte qu'elles naissent dans l'eau où elles doivent vivre jusqu'au moment de leur transformation en insecte parfait. Mais c'est là le moment difficile de leur existence; car cet insecte, qui vivait dans l'eau et qui aurait péri même si on l'en eût tenu dehors pendant un temps assez court, va passer à un état où il n'a rien tant à craindre que l'eau ; s'il y touche il est perdu. Voici comment il se conduit dans cette situation délicate: il se tient étendu à la surface de l'eau, de manière à ce que son corselet gibbeux soit élevé au-dessus. Ensuite il se gonfle de manière à faire craquer sa peau de nymphe, qui se fend dans le dos, comme le ferait un habit trop étroit ; il fait alors paraître sa tète et son corselet, et les élève autant qu'il peut au-dessus des bords de l'ouverture qui leur a permis de paraître au jour. Puis il tire tout doucement la partie postérieure de son corps vers la même ouverture , et se redresse de plus en plus, jusqu'à ce que son enveloppe de nymphe soit devenue vide et comme une espèce de bateau, dans lequel le Cousin se tient dressé haut debout; car ses ailes, trop molles encore et collées le long de son corps, ne peuvent alors lui être d'aucun usage. Ce bateau d'un nouveau genre se trouve ainsi pesamment chargé, et les bords de son ouverture touchent presque l'eau ; le moindre souffle, la plus petite agitation de l'air peut le faire chavirer, et il faut que le Cousin fasse des prodiges d'équilibre pour
FAMILLE DES CULICIENS. 3o5
se maintenir dans cette position dangereuse. Mais enfin ses ailes achèvent de se déplier et de se sécher, et il prend son vol.
La larve du Cousin ib) a un long abdomen garni de faisceaux de soies, dont elle se sert pour nager avec beaucoup d'agilité. Au moyen des organes ciliés dont sa tète est pourvue, elle détermine un petit tourbillonnement dans l'eau pour amener à sa bouche les matières dont elle se nourrit.
L'avant-dernier segment de l'abdomen porte l'organe respiratoire; celui-ci consiste en un tube qui forme un angle avec ce segment. L'extrémité de ce tube est munie de plusieurs pointes, disposées comme les rayons d'une étoile, dont l'animal se sert pour se maintenir à la surface de l'eau et se mettre en rapport avec l'air atmosphérique ; veut-il s'enfoncer, les rayons se rapprochent, empêchent l'air de pénétrer dans l'intérieur du tube, et l'animal descend aussitôt; veut-il remonter, au contraire, il épanouit les rayons, l'air pénètre dans l'intérieur du tube, et la larve s'élève sans peine. Cette larve change plusieurs fois de peau avant de se transformer en nymphe. Pour effectuer ces mues successives, elle vient présenter son dos à l'air et au soleil; bientôt la peau se dessèche, se fend longitudinalement et permet à l'insecte de rejeter sa vieille dépouille. C'est à la dernière mue que le Cousin se métamorphose en nymphe. Celle-ci, dans le repos, prend une forme circulaire en appliquant sa queue au-dessous de sa tête. Quand elle veut nager, elle se débande ^ et à l'aide des palettes dont est munie l'extrémité de son corps, elle se meut rapidement dans les eaux. Cette nymphe respire au moyen de deux tuyaux placés sur le thorax. Huit à dix jours après cette métamorphose le Cousin devient insecte parfait.
La trompe du Cousin est un instrument d'une délicatesse et d'une perfection admirables. C'est un tube fendu dans sa longueur en deux parties flexibles, terminées chacune par une lèvre ou petit bouton, et renfermant un aiguillon composé de cinq filets écailleux ou petites lames, semblables à des lancettes, les unes dentelées en scie à leur extrémité, les autres seulement tranchantes. Le jeu de toutes ces petites scies acérées perce promptement la peau, et à mesure que ces lancettes s'enfoncent, le four-
3o6 ORDRE DES DIPTÈRES.
reau, qui ne pénètre pas avec elles^ se replie en formant un coude. Pour une trompe si délicate, le sang est un liquide encore trop grossier, et afin de lui donner plus de fluidité, le Cousin y mêle une certaine liqueur vénéneuse qui détermine dans la piqûre une irritation et une enflure plus ou moins considérables.
Il y a des contrées où ces insectes deviennent un véritable fléau, et leur nombre, quelquefois incalculable, a pu mettre en fuite les habitants. On lit souvent dans les relations de voyages les descriptions des tourments que les Maringouins , les Moustiques font endurer, sous les climats des tropiques, aux voyageurs et aux naturels de ces régions; car ces insectes y deviennent plus grands^ plus multipliés, et leur venin y semble plus caustique que partout ailleurs. On ne peut se reposer ni dormir un instant sans s'entourer de voiles de gaze appelés moustiquaires. Les Caraïbes d'Amérique ne se frottaient d'ocre rouge que pour éloigner les Maringouins, et ce n'est que dans ce but que les Hottentots se frottent le corps de bouse de vache et d'autres substances malpropres, bien que l'on ait attribué cette coutume à un goût dépravé, et c'est peut-être à la même cause qu'il faut attribuer l'habitude de fumer le tabac, que les Espagnols trouvèrent établie chez les sauvages de l'Amérique. On pourrait croire que les contrées du Nord, déjà si peu favorisées à d'autres égards, devraient être à l'abri de cette peste; mais il n'en est rien, et les malheureux Lapons en sont réduits à se frotter le visage et les mains de graisse, et à vivre constamment au milieu de la fumée, pour pouvoir se soustraire à leurs attaques. Linné dit avoir vu des habitants dont les bras et les jambes étaient devenus monstrueux par suite des piqûres réitérées de ces insectes.
Les Megarhines., ainsi nommés à cause de la longueur de leur trompe, sont des Cousins d'Amérique. Ce sont ceux désignés par les voyageurs sous les noms de AIoiis tiques et de Maringouins.
« Mais comment décrire les souffrances que nous causait celte peste ailée, dit le capitaine Bach {Voyage dans les glaces du pôle arctique). Ces atroces persécuteurs s'élevaient en nuages et obscurcissaient l'air. Parler et voir était également impossible; car ils s'élançaient sur chaque point
FAMILLE DES CULICIENS. Soy
de notre corps qui n'était pas défendu, et y enfonçaient en un instant leurs dards empoisonnés. Nos figures ruisselaient de sang comme si l'on y eût appliqué des sangsues. La cuisante et irritante douleur que nous éprouvions, immédiatement suivie d'inflammation et de vertige, nous rendait presque fous. Nos hommes, même les Indiens, se jetaient la face contre terre en poussant des gémissements semblables à ceux de l'agonie. »
Les Tipuliens ont en général la trompe courte, épaisse, terminée par deux grandes lèvres; leurs palpes sont courbées, ordinairement courtes. Ces insectes ressemblent d'aspect aux Cousins; mais ils ont la bouche trop faible pour attaquer l'homme et les animaux, et ne peuvent que sucer les fluides végétaux.
Cette famille, plus nombreuse que celle des Culiciens, a été divisée en plusieurs tribus.
La première, celle des Chironomides j a pour type le genre Chironomus , dont les espèces ont des antennes plumeuses, grêles, de treize articles dans les mâles et de six seulement dans les femelles : le dernier très- '^''"- ^^-- ~ ^'>"''' ''""""
' (voy. page 308).
long. Ces insectes ressemblent beaucoup
aux Cousins. Le Chironomus pliimosus, très-commun dans toute l'Europe , est d'un gris verdâtre annelé de noir.
La tribu des Tipulides comprend plusieurs genres, dont le plus important est celui des Tipules proprement dites. Ces insectes ressemblent à de grands Cousins ; mais leur corps est encore plus allongé , et leurs pattes d'une longueur et d'une ténuité extrêmes, ce qui leur a valu le nom anglais de Daddy long legs. Ils ont pour caractères principaux une trompe courte et épaisse; des antennes filiformes de treize articles. Ils vivent dans les endroits humides, déposent leurs œufs dans la terre au moyen de leur tarière, et les larves vivent sur les racines de certaines plantes auxquelles elles causent ainsi parfois beaucoup de tort. Il en est cependant dont les larves vivent dans l'eau. Telles sont celles du Chirononie pliimeux, connues sous le nom de vers de l'ase., et fort recherchées
ORDRE DES DIPTÈRES
des pêcheurs à la ligne ; on les récolte en abondance dans le sable qu'on retire de la Seine, surtout près d'Asnières. Cette larve ressemble à un ver délié, d'un beau rouge de sang.
L'une des espèces les plus communes et les plus nuisibles est la Tipule
Fia. 313 U 347. — TiimU lonijk
a. TOte grossie. — h. Nymphe. — (voy. liage 309).
d. liuuclic et palpt
potagère {Tipiila olcracea) [fig. 342, voy. p. Soy]. Elle est d'une couleur tannée, avec des raies obscures; les ailes sont enfumées, avec les nervures d'un ocre brun; les balanciers longs, grêles et en massue; les pattes très-longues, d'un jaune d'ocre brillant. Cette espèce doit son nom aux ravages qu'elle cause dans les jardins potagers.
La femelle pond ses œufs en volant, ou reposée sur l'herbe, et les lance à distance comme par un fusil à vent. Ces œufs ressemblent à de petites graines ovales , d'un noir brillant ; l'abdomen de la femelle en
FAMILLE DES CULICIENS.
3oq
renferme souvent plus de 3oo. Les larves qui en sortent croissent jusqu'à ce qu'elles aient atteint la grosseur d'une petite plume d'oie; elles sont cylindriques, longues de 25 millimètres, d'une couleur terreuse, et revêtues d'une peau tellement dure, qu'en Angleterre on les nomme jaquettes de cuir. Ces larves restent cachées pendant le jour et rongent les racines des fèves, des laitues, des choux, des pommes de terre, etc. ; elles sortent la nuit pour changer de lieu lorsque la nourriture leur manque ou qu'elles veulent se transformer en nymphe. Celle-ci est épineuse, et montre sous la peau le relief des ailes et des pattes.
Pachyn
^nperntnr (voy. page 310).
Une autre espèce, très-voisine de la précédente, le Tipula maculosa, détruit les pois, les fraisiers, les carottes et les laitues.
La Tipule à longues cornes {Tipula longicornis), que nous représentons ici (fig. 34!^ à 347, voy. p. 3o8) ainsi que sa larve (c), sa nymphe {b) et les détails de son organisation [a — <i), a la couleur générale du corps d'un jaune d'ocre; le thorax est noir, revêtu d'un duvet gris verdâtre. La larve de cette espèce vit à la racine du gazon, et le détruit rapidement lorsqu'elle est abondante.
3io
ORDRE DES DIPTÈRES
La plus grande et la plus belle espèce du groupe est le Pachyrhina imperator de l'Australie, que nous représentons d'autre part (fig. 348, voy. p. 309); elle est jaune, tachetée de noir, et ses immenses pattes sont de la couleur du corps.
Les Mycétophilides ont des antennes filiformes ordinairement de seize articles, et la tète pourvue de trois ocelles. Ces Tipules vivent en général dans les champignons durant leurs premiers états. Quelques-unes y vivent en société et se forment un léger tissu soyeux pour se métamorphoser en nymphes. Tels sont les genres Boletophila, Mycetophila, Alycetobia et Sciara. Ces derniers vivent sur les truffes.
PIO. 349 à 352. — Cecidoviyia tritici. — a. Sa chvys
Grains île blé attaqués par la Cécidomyf
Les Cécidomyides ont les antennes garnies de poils verticillés ; la tête sphérique; la trompe peu saillante. Ce sont des Tipuliens de fort petite taille , vivant le plus souvent à leur état de larve , comme les Cynipsiens, dans les excroissances que détermine la piqûre de leur tarière sur certaines plantes.
La Cécidomye du froment {Cecidomyia tritici) [fig. 349 à 352] cause parfois de grands ravages dans nos blés. On voit souvent le soir, en juin et juillet, voler au-dessus, des blés des myriades de Moucherons, rassemblés en petits nuages comme les essaims de Cousins. Ce sont des Cécidomyes, qui s'abattent sur les épis pour y pondre leurs œufs. Ces
FAMILLE DES CULICIENS.
3ii
insectes sont jaunes et ont l'apparence svelte et grêle de nos Cousins; leur corps se termine par une longue tarière, aussi fine qu'un fil de ver à soie, au moyen de laquelle ils déposent leurs œufs entre les glumes des épillets, avant la floraison. Au bout de quelques jours les larves sortent des œufs; elles sont d'un jaune vif, et vivent au nombre de six à dix et plus dans le même grain, qu'elles rongent. Le grain avorte tout à fait, ou reste contourné et amaigri. Lorsqu'elles sont complètement développées, elles se réfugient au pied des chaumes et y restent engourdies pendant l'hiver. Elles se transforment en nymphes au printemps, et l'insecte parfait prend son essor au mois de juin.
Dans certaines années où les Cécidomyes sont très-abondantes , elles causent des dégâts considérables. Le moyen de les détruire est de retourner les chaumes aussitôt après la moisson et de les brûler, ou d'y répandre des tourteaux de colza ou de navette , qui développent une essence insecticide. Fort heureusement d'ailleurs, des parasites hyménoptères de la famille des Proctotrupiens diminuent considérablement leur nombre en pondant leurs œufs sur les larves des Cécidomyes, ciui sont dévorées par celles de ces petits Hyménoptères.
La Cécidomye destructrice [Cccidomyia dcstnictor) [fig. 353] ravage les blés en Amérique. On lui donne le nom de Mouche de Hesse ^ parce qu'on pense qu'elle fut importée avec les grains destinés à nourrir les troupes mercenaires de Hesse dans la guerre de l'Indépendance.
D'autres espèces de Cécidomyes percent de leur tarière les bourgeons des feuilles ou des fleurs, et y introduisent leurs œufs; la blessure fait gonfler le bourgeon, le déforme, et les larves y trouvent l'abri et la nourriture.
Une espèce assez répandue en France et en Allemagne, le Cccidomyia salicipevda, dépose ses œufs dans l'écorce des saules et y détermine un gonflement, une sorte de déformation spongieuse (fig. 356 et 357).
t}?j :i 355. — Ceridomyia destnictnr et nymphe. — Tige de blé avoi'tée.
ORDRE DES DIPTERES.
La tribu des Bibionides comprend des Tipuliens à antennes plus
courtes que la tête et le thorax réunis ; les yeux sont contigus dans les mâles.
Les Bibions proprement dits {Bibio) ont des antennes courtes, cylindriques, de neuf articles ; des palpes filiformes de quatre ou cinq articles distincts. Les sexes otîrent dans ce genre de grandes différences. Ainsi la tête des mâles est très -large et arrondie , vu la grande étendue des yeux , et leur corselet est presque cylindrique; la tète des femelles est au contraire presque carrée, allongée, méplate; leur corselet est très-élevé et parait comme bossu; l'abdomen est en outre plus renflé.
Ces insectes paraissent quelquefois au printemps en nombre considérable. Il y a quelques années, les routes et les campagnes des environs de Paris en étaient couvertes au point qu'on ne pouvait faire
un pas sans les écraser par centaines. On les appelle vulgairement
Mouches de Saint-Marc.
Les femelles pondent leurs œufs en terre; les
larves qui en sortent sont d'un blanc sale , privées -».,,
de pieds et garnies de poils raides dirigés en arrière.
Dès qu'elles sont écloses, elles recherchent les
bouses de vache, où elles vivent. Elles se métamorphosent en nymphe vers la fin de l'hiver, et en
insecte ailé environ quarante jours après.
Le Bibion de Saint-Marc (Bibio Marci), long de Fio.sôset 359. - miio hortuumvs.
10 à 12 millimètres, est entièrement noir et velu. Le Bibion des jardins (Bibio hortiilanus) [fig. 358] est un peu plus
no. 356 et S.'i?. — Tige de saule attaquée par 1 Cecîdoinyia saliciperda (voy. page 3111-
FAMILLE DES CULICIENS.
Fia. 360.
fhtm ojmalvm.
petit. Le mâle est noir, avec un point noir à l'extrémité de l'aile ; la femelle est d'un rouge de sang. Ils sont également trèscommuns au printemps.
Les Simiilies ont les antennes cylindriques, de onze articles; les palpes de quatre articles, grêles. "Leur corps est assez court, leur tête globuleuse, leurs yeux grands, espacés dans les femelles et contigus dans les màles;. point d'ocelles ; leur trompe est courte, aiguë, perpendiculaire. Ces insectes piquent fortement et sucent le sang des animaux.
La Simulie ornée {Simiilium oniatum) [fig. 36o] est longue de 5 millimètres, noire, tachetée de blanc. On la Fie. Ml. - Larve ,1e trouvc en Fraucc et en Allemagne.
La Simulie rampante [Simuliitui veptans^ plus commune dans notre pays, est brune. Sa larve (fig. 36 1) a un aspect fort singulier.
3 14 ORDRE DES DIPTÈRES
FAMILLE DES ASILIENS
La famille des Asiliens ouvre la section des Brachocères ou Diptères à antennes courtes; celles-ci n'pnt jamais plus de trois articles. Les Asiliens offrent pour caractères généraux : un corps élancé ; une trompe longue et grêle, terminée par deux très-petites lèvres; des antennes à dernier article simple.
Cette famille renferme des insectes d'assez grande taille, agiles et vigoureux. Ils volent au grand soleil et font entendre un fort bourdonnement. Très-rapaces pour la plupart, ils se jettent sur d'autres insectes qu'ils dévorent avec voracité. Leurs larves vivent en général dans la terre, sur les racines des plantes; elles sont apodes, allongées, déprimées, avec la tète écailleuse.
On divise les Asiliens en plusieurs tribus. La première, celle des MidasiDES, renferme les plus grands Diptères connus. Leur corps est robuste, allongé; leur trompe est courte, à lèvres terminales triangulaires; leurs ailes ont toutes leurs cellules fermées.
Le genre Mydas est propre à l'Amérique. Le Mydas giganteiis, du Brésil, que nous figurons à la planche XXI, est noir, à reflets bleuâtres ; les ailes, brunes à la base, deviennent transparentes à l'extrémité.
La tribu des Asilides comprend plusieurs genres dont les espèces ont le corps élancé, la trompe courte, dirigée en avant; leurs ailes ont une cellule marginale fermée.
Le Phelliis glaucus d'Australie, figuré dans notre planche XXI, est un bel insecte, encore fort rare dans les collections. Il a le thorax noir, frangé de poils jaunes ; labdomen est d'un bleu foncé brillant; les deux premiers segments sont aussi couverts de longs poils jaunes. Les jambes sont noires, couvertes de poils de la même couleur. Les ailes, d'un brun foncé à la base, sont grises dans le reste, traversées de veines blanches.
FAMILLE DES ASILIENS.
Dans le genre Dasypogon les antennes ont les deux premiers articles courts, le troisième long, muni d'un style de deux articles. On en connaît plusieurs espèces dans le midi de l'Europe. L'une des espèces les plus remarquables est le Dasypogon spectnim de la Chine (fig. 362). Comme on le voit, c'est un être formidable qui règne en despote sur les autres insectes. Il est noir, tacheté de jaune et couvert d'un épais duvet d'un jaune doré; les ailes sont d'un jaune pâle.
Fig. 3(:2. - Dasiipogan .
Le genre Asilus , qui donne son nom à la famille , renferme un trèsgrand nombre d'espèces, souvent de grande taille. Ce sont des Diptères voraces et hardis, qui se jettent sur des chenilles et d'autres insectes, qu'ils sucent promptement. Le type du genre estV Asilus crabroni/ormiSj figuré dans notre planche XXIL II a la tête et le corselet jaunes, l'abdomen ayant les trois premiers segments noirs et les autres jaunes. Cet insecte, commun dans toute l'Europe, serait facilement pris à quelque distance pour un Frelon, et il a les habitudes voraces de ce dernier.
ORDRE DES DIPTERES.
UAsiliis germanicus (PI. XXII) se rencontre dans les forêts sur les troncs des arbres ou sur les bois coupés ; il est beaucoup plus rare que le précédent.
UAsilus coriarius de la Nouvelle-Hollande (fig. 363) est d'un brun de tan; le corselet est entouré de poils blancs; l'abdomen est plus clair, tacheté de noir à sa base et garni sur les côtés de touffes de poils de la même couleur; les ailes sont lavées de brun pâle.
FiG. 303. — AsiJm
Les Mallophores d'Amérique sont velus et rappellent par leurs couleurs les Bourdons.
Les Empis ont la tête très-petite, globuleuse, la trompe perpendiculaire, trois fois plus longue que la tête; le tronc plus épais que large; les tarses plus longs que les tibias. Ces insectes ont à peu près la figure et les mœurs des Asiles. On trouve assez communément aux environs de Paris l'Empis damier [Empis tessellata)^ long de 14 millimètres, noirâtre, avec un duvet gris jaunâtre, et trois bandes plus noires sur le corselet; les ailes sont enfumées, jaunâtres à la base.
FAMILLE DES ASILIENS.
La tribu des Anthracidks renferme des Diptères vivant du suc des fleurs. Ils ont une trompe longue et grêle qui leur permet de pomper dans le calice des fleurs tout en volant. Leur corps est court et large; leurs ailes écartées, rabattues sur les côtés du corps.
Dans le genre Bombyliiis ^ la tète est presque entièrement occupée par les yeux; la trompe est très-fine et fort longue, portée horizontalement; l'abdomen est court; les pattes allongées et 'très-gréles. Le Bombylius major rig. 364) est court et ramassé, tout couvert de poils très-fins et jaunâtres, ce qui lui donne un peu l'aspect d'un petit Bourdon ; la base et le bord antérieur des ailes sont fortement enfumés. On le trouve assez fréquemment aux environs de Paris.
Les Anthrax ont le corps oblong, velu; la trompe beaucoup plus courte que chez les Bombyles ; leurs ailes sont presque deux fois aussi ^u j,^. i„»«.^,,i„ ,„„j„,.. longues que le corps. Ces insectes volent rapidement en planant longtemps à la même place avant de se fixer; ils se posent souvent à terre en plein soleil.
L'Anthrax noir {Anthrax niorio)^ long de 10 millimètres, est noir, avec des poils fauves à la partie antérieure du corselet et des deux côtés de la base de l'abdomen. Les ailes sont noires de la base à la moitié de leur longueur, et transparentes jusqu'à l'extrémité. Cette espèce est commune aux environs de Paris.
On trouve encore en France Y Anthrax varia, au corselet couvert de poils fauves, à l'abdomen tacheté de blanc, et Y Anthrax flava, noir, couvert de duvet jaunâtre, à ailes transparentes.
3i8 ORDRE DES DIPTERES.
FAMILLE DES TABANIENS
Les insectes diptères qui composent la famille des Tahaniens sont de taille supérieure ou moyenne; leur corps est vigoureux, leurs ailes mues par des muscles puissants. Ils offrent pour caractères généraux : corps large, tête déprimée, trompe saillante à lèvres terminales allongées; palpes relevées dans les mâles, couchées sur la trompe dans les femelles ; troisième article des antennes de quatre à huit divisions; point de style. Ailes grandes, écartées et pourvues d'un plus grand nombre de nervures que dans la plupart des autres groupes ; pieds robustes et tarses garnis de trois pelotes qui leur permettent de s'attacher à la surface des corps.
Ces insectes sont en général très-avides du sang des animaux, au moins les femelles, qui percent avec une grande facilité la peau de leurs victimes. Les Tabaniens fréquentent de préférence les bois et les pâturages; c'est aux heures les plus chaudes des jours d'été qu'ils se rendent surtout redoutables. Leur vol est rapide et accompagné d'un fort bourdonnement. Leurs larves sont cylindriques, nues, apodes; leur tête est armée de deux crochets écailleux recourbés en dessous. Un certain nombre d'entre elles se transforment dans le sol.
Cette famille renferme plusieurs types ou tribus distinctes. La première, celle des Tabanides, offre pour caractères : des antennes presque aussi courtes que la tête; une trompe acérée; un corps robuste.
Les Taons proprement dits i Tabanus) ont le corps épais et large ; la trompe inclinée; pas d'ocelles ; les antennes à dernier article dilaté à la base et ensuite échancré, de cinq divisions. L'espèce la plus répandue du genre est le Taon des bœufs {Tabanus borimts) [fig. 365, voy. p. 319, et PI. XXI VJ. Il est brun, avec les segments de l'abdomen bordés de gris, et une tache triangulaire grisâtre au milieu; les nervures des ailes sont d'un brun roussàtre.
FAMILLE DES TABANIENS.
3ig
Le Taon des bœufs et des chevaux n'est que trop connu des cultivateurs, à cause des tourments qu'il fait endurer aux animaux qu'il harcèle sans cesse et dont il perce la peau pour sucer le sang. Cette espèce et quelques autres sont répandues dans le monde entier. Leur avidité pour le sang est extrême, et leur seul bourdonnement frappe de terreur les animaux qui connaissent leur piqûre douloureuse. Le lion des déserts de la zone torride et le renne des régions glaciales sont leurs victimes aussi bien que nos bœufs et nos chevaux. Leur trompe acérée perce le cuir le plus épais, et le sang coule à l'instant. Cependant les femelles seules
ITlO. 305. — Tahanus 1/ovi
offrent ces mœurs sanguinaires ; car les mâles vivent du suc des fleurs et sur les troncs d'arbres. On les voit voler en été rapidement, puis rester quelque temps suspendus à une même place, pour reprendre par un mouvement brusque leur vol en ligne droite et prompt comme la flèche. La femelle confie ses œufs à la terre, et la larve y éclôt; c'est un ver court, cylindrique, privé de pattes; son corps, d'un blanc jaunâtre, est composé de douze anneaux, et sa tête porte en devant deux crochets écailleux, robustes, recourbés en dessous, avec lesquels elle creuse la terre. Son mode de nourriture est inconnu. L'insecte subit sous terre toutes ses transformations.
Le genre Pangonia^ très-voisin des Tabanus, s'en distingue par la Ion-
ORDRE DES DIPTERES.
gueur de la trompe et par le dernier article des antennes, offrant huit divisions annulaires. Notre planche XXI représente le Pangunia longirostris, originaire de l'Inde. Sa trompe est trois ou quatre fois aussi longue que le corps.
Une autre espèce d'Amboyne, et qui porte en conséquence le nom de Pangonia amboynensis, est d'un brun foncé et recouverte d'un épais duvet
FIG. 3CG. — ranrjonia aialioyi,
jaune j avec une bande noire à la base de l'abdomen. Nous la représentons ici, figure 366.
La tribu des Chrysopsites a le corps grêle et les antennes plus longues que la tête. Les espèces de ce groupe, à cela près, ressemblent aux Tabanites. Les Chrysops proprement dits se font remarquer par la couleur dorée de leurs yeux. Ils ont les mœurs des Taons et attaquent les chevaux avec acharnement. L'homme lui-même, lorsqu'il traverse certains bois humides où ces insectes sont nombreux, s'aperçoit bientôt à ses dépens de leur présence. L'espèce la plus commune dans notre pays, le Chrysops cœcutiens ou Chrysops aveuglant, est long de lo millimètres;
FAMILLE DES TABANIENS. 32i
il a les ytux dorés, avec des taches pourpres lorsqu'il est vivant; son corps est noir, avec la hase de l'abdomen fauve ; les ailes, presque entièrement noires dans les mâles, sont enfumées seulement à la hase, avec une large hande chez les femelles.
Le genre Hanuatopoda, également voisin des Taons, a pour caractères : le premier article des antennes épais et velu, presque aussi long que le troisième; celui-ci offrant quatre divisions seulement; point d'ocelles.
Ces insectes se repaissent du sang des animaux comme les précédents. L'espèce la plus commune dans notre pays est Y Ihvviatopoda plitvialis, long de lo à 12 millimètres, grisâtre, avec le dessous du corps et la face
FlG. 3G7. — Acantkoviera Ueydenii.
plus clairs ; sur le dos sont quatre lignes longitudinales hlanchàtres, et les segments abdominaux sont bordés de la même couleur; les ailes sont grisâtres, avec beaucoup de lignes et de taches blanches oculées de noir.
C'est à ce groupe qu'appartient le genre Acanthomera. Ces insectes américains figurent parmi les plus grands de l'ordre, comme on peut le voir ici (fig. 367). C'est V Acanthomera Heydeiiii du Brésil. Tout son corps est brun, mais le thorax est revêtu d'un duvet gris argenté, rayé de noir et de brun; les ailes sont jaunâtres et brunes.
Une autre espèce de ce genre, ï Acanthomera magnijica de l'Amérique
ORDRE DES DIPTÈRES
FiG. 308. — Lar lie Stratiomijs,
du Sud, est représentée dans notre planche XXI. Son abdomen est d'une
riche couleur noisette, et son thorax d'un gris argenté, rayé de brun
foncé; les ailes sont d'un jaune très-pàle, glacées de brun.
Les Xylophagides ont les antennes longues, sans style; le corps allongé, l'abdomen étroit. Ce sont des insectes de petite taille qui fréquentent surtout les bois humides. Le Xylopliaga varia se rencontre fréquemment posé sur les troncs d'arbre; sa larve vit dans le bois.
Les Stratiomydes ont le corps aplati, assez large; les antennes terminées par un style ou une soie; les palpes insérées sur la base de la trompe; celle-ci courte, charnue, grosse, et cachée au repos dans la cavité buccale; les nervures des ailes peu distinctes, parfois n'atteignant pas l'extrémité.
Les Stratiomys proprement dits vivent sur les fleurs et se nourrissent du suc des nectaires. Leur corps est très-velu dans les mâles^ beaucoup moins dans les femelles; leurs
ailes sont longues, lancéolées, les cuillerons petits. Les larves ont le
corps long, aplati, revêtu d'une peau coriace divisée
en anneaux j dont les trois derniers, plus longs et
moins gros, forment une queue terminée par un bouquet de poils plumeux qui partent de l'extrémité
du dernier anneau comme des rayons (fig. 368). Au
milieu de cette étoile de poils est l'ouverture qui
donne passage à Tair nécessaire à leur respiration;
car ces larves vivent dans l'eau.
L'espèce la plus connue estle Stratiomys chaina'leon
que nous figurons ici (fig. 369) . 11 est noir, à thorax
couvert de poils jaunes; le ventre est jaune, avec
les deuxième, troisième et quatrième segments à
bande noire; les ailes sont bleuâtres. On trouve cette espèce en mai sur
les fleurs de l'aubépine, et pendant l'été sur les plantes aquatiques
où les femelles déposent leurs œufs.
éitratiomys chamœlctm.
FAMILLE DES TABANIENS.
Une iiutre espèce, le Stratiomys furcata, est représentée dans notre planche XXII, ainsi que son antenne (Z'), montrant l'article basilaire beaucoup plus long que le suivant, et le troisième offrant cinq divisions. Elle est d'un noir velouté tacheté de jaune.
Toutes les larves des genres de Stratiomydes ne vivent pas dans l'eau; celles des Savgiis habitent les bouses de vache, el celles des Ephippiiiiii dans le détritus des vieux troncs d'arbre.
ORDRE DES DIPTERES.
FAMILLE DES SYRPHIENS
Les Diptères de la famille des Syrphiens ont en général le corps déprimé ou conique; la trompe courte, membraneuse, à lèvres terminales épaisses; les antennes à troisième article aplati, plus ou moins large, avec un style dorsal. Leurs larves se transforment en nymphes sous leur propre peau ; la coque est en forme d'œuf ou de barillet.
Ces insectes vivent en général sur les fîeurs; ils ont un vol rapide, souvent stationnaire, et font entendre un bourdonnement assez fort. Quelquesunes de leurs larves se nourrissent de substances végétales ; mais il en est qui vivent aux dépens d'autres insectes.
La famille des Syrphiens se divise en trois tribus : les Chrysotoxides , dont les antennes sont plus longues que la tète; les Voliicellides et les Syrphides, dont les antennes sont plus courtes que la tète.
La première, celle des Chrysotoxides, est fort peu étendue et n'offre pas grand intérêt. Le type du groupe est le Clirysotoxum bicinctum^ assez répandu en France. Il est noir, tacheté et rayé de jaune.
Les VoLuCELLiDEs out les antennes plus courtes que la tète, le corps large; les ailes à cellule sous-marginale pédiculée.
Les Volucelles proprement dites ont les antennes à troisième article oblong, avec le style cilié, surtout dans les femelles.
Les Volucelles, qui ont coutume de s'introduire dans les nids des Bourdons pour y déposer leurs œufs, ont les formes générales et les couleurs des Bourdons , comme si la nature eût voulu les revêtir d'un déguisement qui favorisât leurs déprédations ; elles pénètrent donc dans les nids de ces derniers, en bravant l'aiguillon des nombreux individus qui les habitent. Leurs larves causent de grands ravages dans ces nids; car elles ne se contentent pas, comme celles des Psithyres, de manger les provisions mises en réserve pour les larves des Bourdons , mais elles dévorent ces larves elles-mêmes. Le type du genre est le Volucella bombylans , assez
FAMILLE DES SYRPHIENS.
commun dans notre pays. 11 est loni^ de i5 millimètres; à corps noir,
velu, avec le front et Técusson jaunâtres; la partie postérieure de
l'abdomen est pourvue de poils fauves.
Dans notre planche XXII est représenté le Voliicella fellucens, dont
les téguments sont transparents comme s'ils étaient d'une corne mince.
En a est figuré son écusson, en d le devant de la
tète presque entièrement occupé par les yeux, en c
les ocelles.
Sur la même planche XXII est figuré le Voliicella pliimata, qui doit son nom à ses antennes,
dont le style est fortement plumeux, comme on le
voit en b.
Les Eristalis ont les antennes insérées sur une saillie frontale ; leur troisième article est presque orbiculaire, un peu plus large que long (PI. XXII, c). Ces insectes vivent à l'état de larves dans les eaux stagnantes ou même croupissantes; leur corps est terminé par une longue queue ou tube respiratoire qu'ils peuvent allonger considérablement, de manière à en tenir l'extrémité à la surface de l'eau. Cette particularité les a fait nommer larves à queue de rat, et plus vulgairement vers à queue. On voit ces larves et la Mouche qui les produit dans la gravure placée comme frontispice en tète de l'ordre l'p. 299).
h' Eristalis tenax, figuré dans notre planche XXII, ressemble beaucoup à une Abeille ; il est d'un brun noirâtre tacheté de jaune. Cet insecte plane souvent pendant un temps considérable à la même place, et quand il en est chassé, il y revient de suite; c'est ce qui lui a valu le nom qu'il porte.
Les Merodons diffèrent des précédents par le style de l'antenne biarticulé et par leurs cuisses épaisses, dentelées en dessous. Dans notre planche XXII est figuré le type du genre, le Merodon clavipes.
à 37'». -- Syrphiis seUne.
a. Larve. — J. Nymphe (voy. page326j.
ORDRE DES DIPTÈRES
PIG. 37G et 377.
Si/l'phtts pyrastri et su I
La tribu des Syrphides comprend des Diptères à corps étroit; à antennes plus courtes que la tête; à ailes ayant la cellule sous-marginale droite. Elle est divisée en plusieurs genres, dont le plus important est celui des Syrphes proprement dits. Ce sont des Diptères de formes allongées, assez élégantes, ornés de taches et de bandes jaunes. Leurs larves sont très-carnassières et dévorent les Pucerons, les chenilles et d'autres insectes. Ces larves ont la figure d'un cône allongé, garni sur les côtés de mamelons (fig. 370, a, voy. p. 325). Lorsqu'elles doivent passer à l'état de nymphes, elles se fixent sur des feuilles au moyen d'une liqueur visqueuse; leur corps se raccourcit, et son extrémité antérieure, auparavant plus mince ^ est maintenant plus grosse [b); on distingue sous l'enveloppe les ailes et les pattes. L'espèce dont nous donnons ici la figure, ainsi que celles grossies de la larve et de la nymphe, est le Syrphus seleiieticiis.
Dans notre planche XXll est figuré le Syrphe des bois {Syrphus Inconnu) et en e son antenne. C'est un joli insecte noir, tacheté de jaune. Sa larve est des plus voraces et dévore des quantités de Pucerons.
Le Syrphus pyrastri , représenté dans notre planche XXIII et dans la figure 376, est également un fort joli insecte. Sa larve détruit par milliers les Pucerons.
Les Eumerus ont le troisième article des antennes orbiculaire, avec un style assez long. Le type du genre est V Eumerus luuulatus (fig. 378) , noir, tacheté de jaune. Sa larve vit dans le bois en décomposition.
PlCî. 378.
teriis Innulatns.
FAMILLE DES DOLICHOPODIENS. 327
FAMILLE DES DOLICHOPODIENS
Cette famille renferme de petits Diptères que leur forme extérieure semblerait rapprocher des Asiliens, mais leurs caractères les en éloignent manifestement. Ils sont surtout remarquables par la longueur des pieds ^ d'où dérive leur nom, et par la conformation des lèvres terminales de la trompe qui, se divisant dans toute leur convexité, peuvent librement se dilater et s'ouvrir. La plupart de ces insectes se distinguent en outre par l'éclat souvent métallique de leurs couleurs, où le vert domine avec des refiets d'or, d'azur o.u de pourpre.
Les Dolichopodiens vivent sur les végétaux et particulièrement sur le feuillage, où on les rencontre souvent par myriades. Ils déposent leurs œufs dans la terre, et en général leurs larves y vivent et y subissent leurs transformations.
La famille des Dolichopodiens se divise en trois tribus, fondées sur la forme de la trompe et des antennes : ce sont les Dolichopodides, les Leptides, les Thérévides.
La tribu des Dolichopodides se distingue par une trompe saillante et des palpes membraneuses recouvrant sa base.
Le genre Dolichopus , qui donne son nom à la famille entière, se distingue par sa trompe très-courte et ses antennes à troisième article cordiforme, muni d'un style dorsal long et pubescent. Le type du genre, le Dolichopus œrosus , est d'un vert foncé à reflets bronzés; les ailes sont enfumées et les pattes ferrugineuses.
C'est dans la tribu des Leptides que nous trouvons les espèces les plus remarquables. Ces insectes se distinguent généralement par leur trompe saillante, terminée par deux grandes lèvres; par leurs antennes à deuxième article conique, le troisième court, terminé par le style; par les trois pelotes de leurs tarses. Les femelles des Leptis déposent leurs œufs dans la terre ou dans la mousse.
328 ORDRE DES DIPTERES.
Une espèce du genre Leptis partage avec le Fourmi-lion de l'ordre des Névroptères (voy. p. 86) le curieux instinct de la chasse à l'affût au tond d'un entonnoir de sable. Aussi nomme-t-on l'insecte Ver-lion ou Vennilion , d'après les mœurs de sa larve. Cette curieuse larve fut découverte d'abord et étudiée par Réaumur, puis par De Geer. On la trouve en France dans le Lyonnais, la Provence, l'Auvergne; mais elle n'a jamais été trouvée aux environs de Paris, où l'on rencontre, au contraire, le Fourmi-lion en abondance. Comme ce dernier, elle se tient au pied des vieux murs ou des talus sablonneux abrités de la pluie.
Le corps de la larve est d'un gris sale, un peu jaunâtre, augmentant de grosseur de la tète à l'extrémité. La tète est effilée comme celle des asticots, et armée de deux mandibules en forme de dards, qu'elle enfonce dans le corps de ses victimes. Le dernier anneau, plus long que les autres et terminé par quatre appendices charnus , se recourbe en dessous comme un crampon qui fixe la larve au sable de l'entonnoir pendant que sa proie se débat. Bien qu'elle n'ait pas de pattes, cette larve est trèsagile; elle s'enfonce comme un éclair dans le sable, dès qu'on touche à son entonnoir, et s'élance du fond sur la proie qui y tombe, en l'enlaçant comme un petit serpent.
Le Vermi-lion ne creuse pas son entonnoir par les mêmes procédés que le Fourmi-lion; il s'enfonce dans le sable, la tète en bas, et, par la rotation de son corps, rejette le sable dans tous les sens, et finit ainsi par former un cône plus profond et moins évasé que celui du Fourmi-lion. La larve paraît vivre plusieurs années. Elle se transforme en nymphe sans faire de coque, entourée de grains de sable collés après sa peau.
L'insecte parfait a l'apparence d'une Tipule ; il est long de lo à 12 millimètres, jaune, tacheté de noir; ses ailes sont transparentes, légèrement enfumées.
On trouve aux environs de Paris une autre espèce, le Leptis strignsa,' plus grande et plus vigoureuse que la précédente , qui fréquente nos bois en mai et juin; elle est jaune, tachetée de brun; ses ailes sont maculées de gris jaunâtre. Ces insectes se rencontrent fréquemment posés
FAMILLE DES DOLICHOPODIENS. 329
immobiles en plein soleil sur les troncs d'arbre, et toujours la tète en bas. La larve ne fait pas d'entonnoir comme celle du Vermi-lion.
I>es Thkrkvites sont de très-petits Diptères que l'on rencontre souvent par troupes innombrables. Leurs larves molles et sans pieds, plus ou moins allongées, vivent dans la terre et dans le bois pourri.
33o ORDRE DES DIPTÈRES.
FAMILLE DES MUSCIENS
l,a famille des Musciens ou des Mouches est la plus nombreuse de tout l'ordre des Diptères. On compte les espèces par milliers ; mais beaucoup de ces insectes, très-petits , sont ditficiles à récolter et encore plus à conserver. Macquart expose ainsi le rôle harmonique que joue dans la nature l'ordre innombrable des Diptères :
ff Voyez ces myriades de Muscides répandues sur toutes les parties du globe, tourbillonnant autour de tous les végétaux, de tous les êtres animés , et même particulièrement de tout ce qui a cessé de vivre ; la profusion avec laquelle ils sont jetés sur la terre leur fait remplir deux destinations importantes dans l'économie générale : ils servent de subsistance à un grand nombre d'animaux supérieurs; l'hirondelle les happe en rasant l'eau; le rossignol les saisit de son bec effilé pour les porter à ses nourrissons; ils sont pour tous une manne toujours renaissante. D'autre part ils travaillent puissamment à consommer et à faire disparaître tous les débris de la vie, toutes les substances en décomposition, tout ce qui corrompt la pureté de l'air; ils semblent chargés de la salubrité publique. Telle est leur activité, leur fécondité et la succession rapide de leurs générations, que Linné a pu dire, sans trop d'exagération, que trois Mouches consomment le cadavre d'un cheval aussi vite que le fait un lion. »
La famille des Musciens comprend quatre tribus bien distinctes entre elles par la forme de la trompe et des antennes.
La tribu des Platypkzidb:s offre une trompe non saillante et des antennes petites. Ils semblent former le passage entre les Dolichopodiens et les autres Musciens. Ce groupe est d'ailleurs peu étendu et n'ofïre pas grand intérêt. Ses larves vivent dans les champignons et le bois pourri.
La tribu suivante, celle des Conopsides, à trompe toujours saillante, coudée à la base, à tète très-grosse, avec l'abdomen cylindrique, est égale-
FAMILLE DES MUSCIENS.
ment peu étendue et ne renferme qu'un petit nombre de genres. La plupart vivent dans leurs premiers états aux dépens des Bourdons et d'autres Apiens.
Les Cnnops ont le deuxième article des antennes plus long que le troisième et le style terminal. L'espèce iigurée dans notre planche XXI'V, le Conops vesicitlaris, ressemble beaucoup aux Abeilles solitaires du genre Odynenis, dans le nid desquelles elle pond ses œufs. Les larves qui en sortent vivent en parasites dans le corps des Odynères eux-mêmes, et sortent comme les Stylops, dont nous avons parlé, entre les segments de l'abdomen.
Le Conops à grosse tète {Cnnops macrocephalits), ainsi nommé parce que sa tête est plus large que le thorax, est figuré dans notre planche XXIIL Cette jolie espèce n'est pas commune dans notre pays; elle vit sur les fleurs.
Le Conops aurifrons (fig. 37g), du Brésil, vit sur les fleurs; il est d'un brun noirâtre, recouvert sur l'abdomen d'un duvet court, d'un blanc argenté ; sur les cuisses et le front sont des reflets dorés auxquels l'insecte doit son nom. p,,.^ s^f, conops «„r,/,o«...
La tribu des Œstrides offre le plus grand intérêt sous le rapport du genre de vie des insectes qu'elle renferme. Ceux-ci sont bien reconnaissables à leur corps gros et velu et à leurs très-petites antennes, à dernier article globuleux, avec le style dorsal; leur trompe est nulle ou très-rudimentaire. Ces insectes semblent créés pour vivre aux dépens des grands animaux.
Les Œstres ont le port de nos grosses Mouches; ils n'ont ni aiguillon ni suçoir acéré , et ne piquent pas les animaux comme le Taon ; mais ils les infestent de leur race. A l'état parfait, ces insectes vivent peu de temps; ils ne s'occupent que de reproduire leur race et de choisir la place où ils doivent déposer leurs œufs. Ce sont les larves qui sortent de ces derniers qui causent par leur présence des maladies parfois graves chez plusieurs animaux domestiques.
332 ORDRE DES DIPTÈRES
Les Œstres sont répartis dans plusieurs genres, suivant quelques caractères différentiels et selon la manière de vivre de leurs larves.
Le genre Œsirits, à antennes tuberculiformes, surmontées d'un lon'g style grêle et nu, a pour type lŒstre du cheval {Œstriis eqiii), figuré dans notre planche XXIV. Au moment de la ponte, la femelle s'approche des chevaux, se balance quelque temps les ailes ouvertes pour préparer son œuf, puis fond comme un trait sur le quadrupède, aux poils duquel elle laisse un œuf collé. Elle répète le même manège un grand nombre de fois, et ces œufs sont toujours collés sur le poitrail, sur les jambes de devant, dans un endroit enfin où puisse atteindre la langue du cheval. L'incubation naturelle de l'œuf suscite une démangeaison qui porte le cheval à se lécher en cet endroit, et l'œuf collé à la langue passe avec la salive ou les aliments dans l'estomac. De ces œufs sortent aussitôt de petites larves en forme de pains de sucre et dont tous les anneaux sont garnis d'épines. Ces larves s'accrochent aux parois de l'estomac et se nourrissent des sucs gastriques de l'animal. Lorsque ces larves sont en petit nombre, l'animal les couve sans en ressentir trop de mal; mais lorsqu'elles sont en grande quantité, elles l'épuisent et souvent même causent sa mort. Arrivée à son entier développement, la larve de l'Œstre se laisse entraîner dans les intestins et sort par l'anus pour se transformer sous terre. Quelques auteurs font à.e.YŒstriis equi\e.sje.nrQ Gastcrophihis, mais il reste pour le plus grand nombre le type du genre Œstnis.
Le genre Cephalemyia, caractérisé par l'absence de trompe, des cuillerons très-grands, les antennes à style apical, a pour type l'Œstre du mouton {Cephalemyia ovis). Cet Œstre est de la taille de celui du cheval, dont il se distingue par sa tète plus grosse , sa couleur d'un gris jaunâtre, marqué de taches brunes, et ses ailes blanchâtres.
L'Œstre du mouton pond ses œufs sur le nez de cet animal, et les larves qui en sortent pénètrent en rampant , par les naseaux , jusque dans les sinus frontaux. La présence de ces larves dans les cavités crâniennes du mouton détermine chez lui, comme le Cœnure, la maladie du tournis. Ainsi que l'indique le nom de cette afl^ection, l'animal qui en est atteint décrit, tant qu'il est debout, des cercles continuels jusqu'à ce qu'il tombe
FAMILLE DES MUSCIENS. 333
sur le sol, et toujours en inclinant du côté de son mal. Le tournis œstral entraîne souvent la mort, si on ne débarrasse l'animal du ver qui le ronge au moyen de fumigations ou d'injections d'huile pyrogénée. Nous figurons ici la larve de la Céphalémye du mouton (fig. 38o).
Le genre Hypudcnua , caractérisé par des antennes à troisième article transversal très-court, muni d'un style plumeux, a pour type l'Œstre du bœuf Hypodcnna bovis). C'est le plus grand du groupe. 11 est très-velu, a le thorax jaune, antérieurement marqué de quatre lignes longitudinales noires; l'abdomen, d'un blanc grisâtre à sa base, est bordé en dessous de poils noirs, puis de poils jaunes dans le reste de sa longueur ; les ailes sont comme enfumées.
La femelle de cette espèce est armée d'une tarière au moyen de laquelle elle perce la peau des bœufs et surtout des vaches laitières, pour y déposer son œuf entre cuir et chair. Cette piqûre détermine une tumeur ou bosselure percée d'un trou fistuleux au sommet, au milieu de laquelle vit la larve. Celle-ci se nourrit des tissus du derme, et respire en tenant son anus appliqué à l'orifice de la fistule, qu'elle débouche de temps à autre pour laisser écouler le pus dont se remplit la cavité. C'est ordinairement sur de cepuutmjia jeunes bêtes qu'on trouve le plus de ces bosses véreuses ; il est rare d'en trouver sur de vieux bœufs ou de vieilles vaches.
Les cerfs et les rennes sont également en butte aux attaques d'une espèce d'Œstre , VŒdemagena tarandi , et Linné assure que cet insecte détruit chaque année, en Laponie, le quart des jeunes rennes.
Dans les contrées tropicales, les Cutérèbres ont les mêmes mœurs. Le Cutercbra noxialis de la Nouvelle-Grenade couvre de tumeurs les bœufs et les chiens, et s'attaque même à l'homme; on voit souvent des naturels , au dire des voyageurs , avoir le ventre couvert des petites tumeurs renfermant la larve de cette espèce. On les en fait sortir au moyen de cataplasmes de tabac.
La tribu des MusciDKs, de beaucoup la plus nombreuse, renferme une quantité immense d'espèces, la plupart d'une taille très-minime. Ce sont les insectes que l'on désigne vulgairement sous le nom de Mouches.
334 ORDRE DES DIPTÈRES
Ils ont pour caractères communs : une trompe très-distincte , membraneuse et bilobée; les antennes terminées par un article plus ou moins ovalaire, avec un style dorsal. Leurs mœurs sont très-variées.
Les Muscides sont répandus avec profusion sur la surface du globe, et jusqu'aux derniers confins de la végétation on les voit chercher la vie sur les plantes. D'autres ont été appelés par la nature à hâter la décomposition des êtres organisés qui ont cessé de vivre, en plaçant le berceau de leurs larves sur ces dépouilles. Quelques-uns déposent leurs œufs dans le corps d'autres insectes vivants, et leurs larves y vivent en parasites à la manière de celles des Ichneumons. Il en est d'autres qui vivent dans le fumier, dans la terre grasse. Ces larves sont apodes ; généralement allongées , cylindriques , pointues et coniques en avant, grosses et arrondies en arrière; leur tète, sans yeux, est munie de deux mâchoires écailleuses en forme de crochets. Elles ne quittent pas leur peau pour se métamorphoser ^ cette peau se durcit, devient écailleuse et forme le cocon dans lequel la nymphe passe un certain temps avant de se transformer en insecte ailé. Cette pupe est d'une couleur brun marron, et la larve y séjourne plus ou moins longtemps.
On subdivise la tribu des Muscides en trois grandes sections : les Créophiles, qui recherchent la chair; les Anthomy{ites , qui vivent sur les fleurs, et les Acalyptères, qui manquent de cuillerons. Chacune de ces sections renferme un grand nombre de genres, dont nous examinerons les plus importants.
Parmi les Créophiles, nous citerons les Tachines , Mouches à corps étroit , cylindrique , avec les antennes ayant" leur troisième article plus long que le deuxième.
Les femelles des Tachines déposent leurs œufs sur les chenilles, et les jeunes larves, à leur naissance, pénètrent dans le corps, s'alimentent de la substance adipeuse qui y abonde, et, après y avoir pris tout leur développement , sortent du corps de leur victime pour subir leurs transformations. On en connaît un assez grand nombre d'espèces, dont le type
FAMILLE DES MUSCIENS. 335
est le Tachina vulgaris ifig. 38i), noir, à face grise et variée de cendré. Cette espèce est commune dans toute la France.
Dans notre planche XXIII sont figurés les Tachina grossa et T.fevox, qui appartiennent au genre Echinomyia. Ces Échinomyes se font remarquer par la grandeur et l'épaisseur de leur corps et par les antennes, dont le second article est plus long que le troisième (PI. XXIII, b); leur nom fait allusion aux soies rigides dont leur corps est hérissé. La première {Tachina grossa] [PI. XXIII, a, b] vit à l'état de larve dans les bouses de vache; la seconde {Tachina ferox) pond ses œufs sur les chenilles, dans le corps desquelles pénètrent les larves qui se nourrissent de sa substance graisseuse et la tuent au moment de se transformer. Le type du genre Ocyptère {VOcyptera bicolor , reconnaissable à ses antennes dont le troisième article est lenticulaire, vit à l'état de larve dans le corps d'un Hémiptère , le Pcntatuma grisea.
Les Mouches proprement dites ont les antennes longues comparativement; les deux premiers articles sont courts; le troisième, trois fois plus long que les deux premiers pris ensemble, donne attache à sa base et un peu extérieurement à une soie plus longue, plumeuse, ou couverte de longs poils dans la plupart (fig. 382, /). La trompe est membraneuse, coudée, rétractile et terminée par deux lèvres évasées (fig. 382 , e). Le corselet est cylindrique; les ailes, grandes et horizontales, ont les nervures longitudinales fermées par les nervures transversales ; les cuillerons sont grands et les balanciers très-courts ; les pattes, longues et grêles, sont terminées par deux crochets , deux pelotes et une soie raide au milieu (fig. 382, b); leurs yeux sont très-grands, au point d'occuper parfois tout le devant de la tète, et à réseau formé de facettes hexagonales (fig. 382, c).
Le type du genre est la xMouche des appartements {Miisca doinestica , figurée dans notre planche XXllI, et bien connue d'ailleurs de tout le monde par son incommodité et son opiniâtreté, surtout pendant les journées chaudes et orageuses de l'été. Elle pond ses œufs dans le fumier, où vivent ses larves.
La xMouche des bœufs {Musca bovina) , très-voisine de la Mouche
ORDRE DES DIPTERES.
domestique, s'en distingue par les côtés de la face et du front blancs, et par son abdomen à bande dorsale noire. Cette Mouche est très-commune en F'rance, et très-incommode pour les bœufs et les chevaux, qu'elle harcèle sans cesse, se jetant sur les narines, les yeux et les plaies des bestiaux. La Mouche Chloris , que nous représentons ici (fig. 382, d, e, f)^ est d'un beau vert doré à reflets bleuâtres; ses yeux sont d'un brun rouge.
ilardaria. a, I), ^
■i. riiriUiu chloris d e, f.
La figure représente le mâle de cette espèce. En d est la tête de la femelle, don les yeux sont moins étendus ; en e on voit sa trompe et en/ son antenne.
L'Aricia lardaria (fig. 382, a, b, c) est d'un noir bleuâtre couvert d'un duvet grisâtre, avec quatre raies longitudinales sur le thorax. Cette espèce dépose ses œufs sur le lard, et par là hâte la décomposition de ce dernier. En b est figuré son tarse et en c les facettes de ses yeux.
FAMILLE DES MUSCIENS. SSy
Viennent ensuite les Lucilies, très-voisines des Mouches ordinaires. Tel est le Liicilia Cœsar, long de 9 à 10 millimètres, dont le corps, assez épais, est d'un beau vert métallique ; ses yeux sont bruns, et sa face est couverte d'un duvet argenté. Cette belle espèce, connue sous le nom vulgaire de Mouche dorée , dépose ses œufs dans les charognes et donne naissance à ces larves blanches, molles, sans pieds, qui rampent sans cesse en contournant leurs anneaux, et dont les pécheurs à la ligne se servent comme amorce sous le nom d'asticots.
Une espèce de ce genre, le Lucilia homiuivorax de Cayenne, a parfois causé la mort de l'homme. Elle pond dans la bouche ou dans les narines de ceux que l'imprudence ou l'ivresse lui livre endormis en plein air. La larve, dont les crochets des mandibules sont très-aigus, remonte dans les fosses nasales ou les sinus frontaux. On en voit gagner le globe de l'œil et gangrener les paupières, ou corroder les gencives, l'arrière-bouche, la gorge, et déterminer tous les symptômes d'une angine aiguë. Sans les prompts secours de la médecine, le malade meurt au milieu de souffrances atroces. La larve en question est connue à Cayenne sous le nom de Ver macaque. Le Ver moyacuil du Mexique, qui attaque l'homme et le chien, est une espèce analogue.
Une autre espèce, VIdia Bigoti, à trompe et antennes courtes, à épistome saillant, est fort redoutée au Sénégal. Elle pique avec sa tarière cornée et pointue, et introduit ses œufs sous la peau. Il en résulte une espèce de furoncle ou de tumeur au milieu de laquelle vit la larve. Les soldats des petits postes de la côte sont, ainsi que les nègres, souvent piqués par cette Mouche.
Mais le plus redoutable des insectes , l'un des plus grands obstacles à l'exploration de l'Afrique centrale, est une simple Mouche, du genre Glossina, caractérisée par sa trompe très-longue, grêle, sétiforme. Ce terrible Diptère {Glossina morsitans), connu en Afrique sous le nom de Tsetsé ou de Mouche Ziuib, est de la taille de la Mouche ordinaire; elle est brune, avec quelques raies jaunes et transversales sur l'abdomen.
La Mouche Zimb, dit un voyageur anglais, a la trompe garnie de trois soies fort raides^ dont la piqûre est redoutable au lion même dans les
338 ORDRE DES DIPTÈRES
déserts de l'Afrique. A ne considérer que la petite taille de cet insecte et sa faibles'se apparente, on le prendrait pour un être de fort peu d'importance. Cependant les monstrueux animaux qui habitent les mêmes contrées, l'éléphant, le rhinocéros, sont loin d'inspirer autant de frayeur que ce petit Diptère. Son seul bourdonnement jette l'épouvante parmi les hommes et les animaux, tant on redoute les funestes effets de sa puissance. Aussitôt qu'il paraît, les troupeaux, saisis de terreur, se mettent à courir de tous côtés dans la plaine jusqu'à ce qu'ils tombent épuisés de fatigue. Les plus forts animaux, ceux dont la peau est la plus épaisse et la mieux défendue par un poil dur et serré , tels que le chameau, ne sont pas moins exposés aux violentes piqûres de la Mouche Zimb, et si l'on ne se hâte de quitter les terres grasses et d'emmener les bestiaux dans les sables, où cette Mouche ne les suit jamais, bientôt attaqués par elle, leur corps se couvre de grosses tumeurs qui s'excorient , se putréfient et entraînent infailliblement la mort. L'homme lui-même est obligé de fuir devant les essaims de ces Mouches, qui arrivent du midi de l'Afrique à des époques fixes.
C'est du Zimb dont parle Isaïe lorsque, prédisant la désolation de l'Egypte, il la menace de la Mouche qui viendra d'Ethiopie à l'appel du Seigneur, et dont les essaims couvriront la rive des torrents au fond des vallées, et poursuivront les troupeaux dans les cavernes , sous l'ombrage des bois, dans tous les lieux enfin où ils ont coutume de se retirer chaque année à l'abri de cet insecte terrible.
Le célèbre docteur Livingstone a donné quelques détails sur le Tsetsé, qu'il a rencontré dans son voyage au Zambèse. Sa vue est très-perçante, dit-il, et, rapide comme la flèche, cette Mouche s'élance du haut d'un buisson où elle guette ses victimes. C'est une suceuse de sang On voit sa trompe se diviser en trois parties, dont celle du milieu s'insère assez profondément dans la peau, qui prend bientôt une teinte cramoisie. Cette piqûre est pour l'homme sans plus de danger que celle du Cousin; mais il n'en est pas de même des animaux, qui presque toujours y succombent au bout de quelques jours. C'est un empoisonnement du sang produit par le venin que sécrète une glande placée à la base de la trompe du Tsetsé.
FAMILLE DES MUSCIENS. SSg
Livinystone perdit quarante-trois bœufs magnifiques sur les rives du Zambèse, qui en sont infestées. Le bœuf, le cheval, le mouton et le chien meurent victimes de la piqûre de ce Diptère, et ce qu'il y a de singulier, c'est que ces mêmes animaux n'en ressentent aucun effet nuisible tant qu'ils tettent leur mère. Le porc et la chèvre sont également insensibles à ce poison , et les peuplades qui habitent ces contrées ne peuvent avoir d'autre animal domestique que la chèvre.
Une espèce de Muscide, bien connue sous le nom de Mouche bleue de la viande, est le type du genre Calliphora, qui a la face nue et le style des antennes peu velu. Cette espèce, dont le nom scientifique est Calliphora vomitaria (fig. 389), a la face rougeàtre, le corselet noir et l'abdomen d'un bleu métallique; tout le corps est semé de grands poils noirs raides. Cette espèce n'est que
trop connue; on l'entend pendant tout ^^ '-"'"' 7; ~""~" ^.„^
l'été bourdonner dans nos apparte- ' <^^^^|r^^ WÊ^mi^'- "x ments, cherchant à se poser sur les "^ y^^^\^ '^-'^'\-\^-^ . î I
viandes pour y déposer ses œufs, '^"^-^— ^^^^-^-^^^gf^ry^^^^j^ qui éclosent promptement et les font
immédiatement gâter. Quand on saisit p„. -m. - camrura romuana.
cette Mouche, elle dégorge une liqueur
brune infecte, ce qui lui a fait donner le nom qu'elle porte. Dans les champs, cette espèce dépose ses œufs sur les cadavres d'animaux.
Les poètes et les orateurs de la chaire ont souvent parlé des vers qui dévorent les cadavres. C'est là une horrible image, horrible surtout pour ceux qui ont livré à la terre des personnes chères. Mais ces vers des tombeaux n'existent que dans l'imagination des poètes. Tout au plus ce sort serait-il réservé à ces puissants de la terre dont Malherbe a dit :
Et dans ces grands tombeaux, où leurs âmes hautaines Font encore les vaines.
Ils sont rongés des vers.
En effet, déposés dans de somptueux tombeaux ou dans des caveaux, ils peuvent recevoir la visite de certains insectes qui, pénétrant par les soupiraux des voûtes sépulcrales et par les fentes que le ferment de la
ORDRE DES DIPTERES.
putréfaction du corps mort peut avoir produites dans le cercueil même du bois le plus précieux, y déposent leurs œufs ; mais le pauvre, dont la dépouille mortelle git dans une fosse de un mètre et plus de profondeur, est à l'abri des vers et des insectes sous son épaisse couverture de terre. Ilest simplement réduit en poussière, et se mêle à sa terre maternelle sans qu'aucun animal vienne troubler son repos.
Les Stoinoxes ont le port de la Mouche domestique. Leurs antennes se terminent en une palette accompagnée d'une soie dorsale le plus souvent velue. Leur trompe, coudée près de son origine, est très-acérée et se porte en avant.
Le Stomoxe piquant, Stomoxys calcitrans, est de couleur cendrée, à palpes fauves ; le thorax est marqué de lignes noires, et l'abdomen de taches brunes. Cette espèce, que nous figurons ici (fîg. 3go), est Irès-commune dans toute l'Europe et fort incommode par sa piqûre. C'est surtout en été et en automne que ce Diptère nous harcèle et nous tourmente ; les bœufs et
I ' les chevaux n'en sont point garantis par l'épaisseur de
siomL'ys'c^^ciiran.. 1'^"'" '^^ï'"- ^es fcmelles font leur ponte dans le fumier.
On a fait de quelques Stomoxes {St. stimulans et irritans)., dont les palpes sont aussi longues que la trompe, le genre Itœmatobia.
Les Achias sont de singuliers Diptères qui, à la forme des Mouches ordinaires, joignent une conformation particulière de la tête. Celle-ci se prolonge de chaque côté en une longue corne, à l'extrémité de laquelle est placé l'œil. L'espèce la plus anciennement connue, et que l'on considère comme le type du genre, est V Achias uciilatiis de Java. Nous figurons ici les deux sexes d'une autre espèce du Japon, ï Achias lougividens (fig. 391 et 392, voy. p. 341). Comme on le voit, le mâle diflere considérablement de la femelle, non-seulement par la longueur du pédicule des yeux, mais encore par la forme du corps. Tous deux sont d'un brun pourpre, à reflets, avec des raies d'un gris argenté.
Les Anthomyes, ou Mouches de fleurs, se distinguent à leurs antennes presque aussi longues que la face de la tête, avec la soie plumeuse ; à
FAMILLE DES MUSCIENS.
FIG. 391. — Acliias îongh-idens, mâle (voy. page 340).
leur abdomen composé seulement de quatre segments visibles, et terminé en pointe. Le type du genre, VAuthomyia pliivialis, commun dans toute l'Europe, ressemble à la Mouche domestique; mais il est d'un gris cendré, avec des taches noires sur le corselet et sur l'abdomen. Cette espèce est ;^^ç.,c's!^ souvent très-incommode en temps de pluie, parce qu'elle cherche à s'attacher au.\ yeux des hommes et des animaux.
Les Anthomyes recherchent surtout les fleurs des Synanthérées et des Ombellifères ; oh les voit souvent réunies dans les airs en troupes nombreuses comme les Tipuliens. Les femelles déposent leurs œufs dans la terre, où leurs larves se développent rapidement. Celles-ci se fixent à un corps pour subir leur métamorphose , et leurs nymphes demeurent suspendues comme les chrysalides de certains Lépidoptères.
Quelques espèces de ce genre sont nuisibles à nos cultures; telles sont : VAnthomyia cepaniiu, dont la larve détruit les oignons j et V Anthomyia lactucœ, qui ronge les laitues.
L' Anthomyia platura {{[§. 3g3,voy. p. 342), connu des jardiniers sous le nom de Mouche de Véchalotte, est parfois très-nuisible. Il pond ses œufs au collet de la racine des échalottes, des oignons, et les larves qui en sortent pénètrent dans le bulbe et s'en nourrissent. Le bulbe ne tarde pas à se décomposer, et les larves vivent au milieu de cette putréfaction jusqu'au moment de leur transformation, qu'elles subissent dans le sol. L'insecte parfait est gris, avec trois raies plus foncées sur le dos.
Ackias longiridtns j fti voy. pa^û 340).
ORDRE DES DIPTERES.
h'Anthomyiû confonnis (fig. 3g4 à 3()8) vit aux dépens de la betterave, et lui cause souvent un grand dommage. Elle pond sur les feuilles un très-grand nombre d'œufs oblongs, rangés régulièrement les uns à côté des autres en plaque ovale (fig. 894 E), et les larves qui en sortent se répandent sur la feuille et en rongent le parenchyme (fig. 3g4 G), ce qui détruit la verdure de la betterave et nuit au développement de la racine. La figure a représente l'Anthomye femelle , et à sa gauche la tète du mâle, dont les yeux, bien plus étendus, occupent les côtés de la tête. La figure c représente la larve, qui pénètre dans le sol pour se transformer en pupe (fig. d).
Les Scatophages , à leur état de larve et même à leur état d'insecte parfait, fréquentent les matières excrémentitielles. Leur corps est assez
FjCî. 393. — Antliotmjîa platurn (voy. page 341).
FIG. 39-1 à 398. — AnÛmm
— II. TOto de l!i femelle.
- d. Pn|)e. — E. Œuft.
allongé, ordinairement velu; leurs antennes insérées entre les yeux, presque conliguès à leur base, plus courtes que la face, de trois articles, dont le dernier infiniment plus long que le second, en carré long, muni près de sa base d'une soie longue biarticulée, velue ; les yeux grands,
FAMILLE DES MUSCIENS. 343
saillants, écartés l'un de l'autre dans les deux sexes ^ les ailes longues, les caillerons petits, l'abdomen allongé et les pattes grandes.
Les Scatophages fréquentent habituellement les excréments humains et toutes les ordures, sur lesquels on les voit en grand nombre. Les femelles y déposent leurs œufs, qui sont oblongs et qu'elles piquent dans la fiente par un de leurs bouts. Les larves qui proviennent de ces œufs vivent pendant quelque temps dans les matières où elles ont été déposées à l'état d'œufs; ensuite elles entrent dans la terre pour subir leur dernière métamorphose, qui a lieu un mois après la ponte.
Dans notre planche XX III sont représentés les Scatophaga stercoraria et scybalaria, tous deux très-communs en France.
Le genre Tephritis renferme de petites Muscides qui haussent et abaissent presque continuellement leurs ailes pendant le repos. L'abdomen des femelles est terminé par un tuyau écailleux, ou oviducte, qui leur sert à déposer leurs œufs dans les semences des plantes, dans divers fruits, quel- - — •
quefois aussi sous l'épiderme de la tige des végétaux. Quel- ^10. 399. ques espèces de ce groupe deviennent très-nuisibles. Ces insectes ont pour caractères distinctifs : des antennes inclinées, à troisième article long, et les ailes ayant une pointe au bord extérieur.
Plusieurs espèces, avons-nous dit, sont très-nuisibles aux cultures; telles sont le Tephritis cerasi (fig. 399), qui vit de la pulpe des cerises. C'est une petite Mouche d'un noir brillant, à tète fauve; l'écusson est jaune, les tarses sont fauves; les ailes sont traversées par quatre bandes noires. Cette Mouche pond sur les jeunes cerises, un seul œuf sur chacune, et la larve qui en sort pénètre dans le fruit et en ronge la pulpe. Lorsque le fruit tombe de l'arbre, la larve en sort et s'enfonce dans la terre, où elle se transforme en pupe.
Un Téphrite (Tephritis meigeni attaque le fruit de l'épine-vinette ; un autre pond ses œufs dans la graine de la bardane [Tephritis arctii). Un Téphrite de l'Ile-de-France nuit beaucoup à la culture du citron, en ce que les femelles déposent leurs œufs dans les fruits de cet arbre, et les empêchent ainsi de parvenir à une parfaite maturité. Un autre insecte de
ORDRE DES DIPTERES.
ce groupe attaque dans le Midi les olives. Le dernier article de ses antennes, proportionnellement plus allongé que dans les vrais Téphrites, en a fait constituer le genre Daciis. C'est le Daciis oleœ (fig. 400) qui occasionne souvent des dégâts considérables au.x olives dans le midi de l'Europe.
Les genres Micvopeia, Ulidia, Noti-
^ phila, renferment des Diptères de la
plus petite taille ; la plupart vivent,
pendant leurs premiers états, dans des
' ' champignons en décomposition ou dans
FiG. 4110. d'autres matières plus ou moins dé-
composées.
Les OsciNiDES forment un groupe nombreux de petits Diptères qui déposent généralement leurs œufs sur les plantes herbacées, et leurs larves sont souvent fort nuisibles à ces végétau.x.
A cette division appartiennent les Chlorops, à antennes portant un style biarticulé, à abdomen ovalaire. Les espèces de ce genre sont en général jaunâtres avec des bandes ou des taches noires, et leurs yeux sont verts , d'où le nom de Chlorops.
Quelques-unes de ces espèces sont très-nuisibles à l'agriculture et attaquent
Fig. 401. — CMomps lœyiiopiis. " '
les céréales. Tels sont les Chlorops tcvuiopiis et lineatiis. Le premier (fig. 401 1 attaque les blés verts et ronge les feuilles du centre de la plante (^fig. 402) ; l'afflux de la sève produit un gonflement des jeunes tiges, dont la croissance est arrêtée. Le second, le Chlorops lincatiis, dépose ses œufs sur l'épi à peine formé, et les larves qui en sortent rongent tout un côté de la tige, depuis l'épi jusqu'au premier nœud^ en s'y creusant un sillon, ce qui a pour effet de faire
FIU. 402.
• lie Ijli' iiltaiini'e iiîil- le Clllomiis,
FAMILLE DES MUSCIENS.
avorter tous les grains situés de ce côté. Si l'on réfléchit à la quantité de ces Chlorops, dont chaque femelle pond de 5o à 60 œufs — même en admettant qu'un dixième seulement de ces œufs donne naissance à des larves, dont chacune détruit un épi — on comprendra les ravages qu'exercent ces petits insectes. Des espèces différentes attaquent les autres espèces de céréales, et elles varient suivant les pays. Un naturaliste polonais, le D'' Waga, écrivait en 1847 à M. Guérin-Méneville, que, pendant plus de dix jours, le plafond d'une serre de 12 mètres de longueur siar 10 de largeur était couvert d'une petite espèce de Chlorops Chlorops lœta), que l'on tuait tous les jours et qui étaient chaque jour remplacés par d'autres. Ayant eu la curiosité de calculer approximativement le nombre de ces Mouches qui avaient envahi la serre, il arriva au chiffre énorme de cent quatre-i'ingt millions. Dans
FlG. 40.1. — Oscinis rnslaln tvoy. piiïe 310).
FIG. 4111 à 400, — r/iofa ahduminalif
h. .laiiiljc posti'i-i
combien de tiges de graminées cette multitude de Chlorops avaient-ils pondu leurs œufs avant de se réfugier dans cette serre , poussés par des vents constants '.'
Au même groupe appartient un Diptère non moins nuisible : c'est X Oscinis vastator, dont Linné parle sous le nom de Musca frit , et qui.
ORDRE DES DIPTERES.
chaque année, cause des dégâts considérables dans les cultures d'orge. Linné évaluait cette perte annuelle à plus de 100,000 ducats d'or pour la Suède. Notre figure 4o3 (voy. p. 345} représente ce petit insecte très-grossi. Les espèces du genre Phora sont caractérisées par leurs antennes insérées près de l'épistome, à troisième article globuleux, avec un long style. Leurs pattes sont épaisses, leurs ailes ciliées. Les Diptères de ce genre sont en général de petite taille et de couleur noire. On trouve sur les fleurs de la carotte sauvage, le Phora daiici, long de 3 1/2 millimètres, à corps noir^ avec les pattes jaunes. Notre figure 404 (voy. p. 345) représente le Phora abdominalis ; en a est figurée sa tête vue de profil, et montrant le dernier article des antennes très-petit et sphérique, muni d'un long style filiforme ; le bord supérieur des ailes est frangé ; une de ses pattes postérieures, à cuisses très-courtes et renflées, est représentée en b. Le nom spécifique de l'insecte, abdominalis, lui vient de son abdomen conique en forme de toupie. Ce Diptère est d'un noir brillant, avec les palpes orange et l'abdomen d'un rouge brun; les ailes sont jaunâtres, à nervures brunes. On croit que la larve de cet insecte vit en parasite sur d'autres larves.
Un des genres les plus singuliers de la famille est le genre Elaphoinyia. Chez les insectes de ce genre^ les côtés de la tête se prolongent en cornes très-développées chez les mâles ; ces appendices ont des formes différentes, suivant les espèces. Celle que nous reproduisons ici (fig. 407), YElaphomyia cen'icornis, doit son nom à la forme de ses cornes larges et rameuses, comme celles du cerf. Une autre, VElaphomyia alcicornis, a les cornes longues et cylindriques, fourchues au bout, comme celles de l'élan. Ces deux espèces habitent la Nouvelle-Guinée.
FiG. 407. — Efaphoiinjîa 1
FAMILLE DES ORNITHOM Y lENS. 347
FAMILLE DES ORNITHOMYIENS.
Les singuliers insectes qui composent cette famille s'éloignent de tous les autres Diptères par leur conformation, et présentent les signes d'une dégradation manifeste ; quelques-uns ont encore des ailes assez développées, mais les balanciers leur manquent; de sorte que leur vol est incertain et que leurs ailes ne leur servent qu'à passer d'un animal sur l'autre. Ils vivent en effet en parasites sur divers mammifères et oiseaux, dont ils sucent le sang à l'aide des deux soies raides dont leur bouche est munie. Cette organisation buccale les rapproche des Anoplures. Leurs antennes sont tout à fait rudimentaires. Leurs pattes sont robustes et armées de crochets dentés, qui permettent à ces insectes de se cramponner solidement aux animaux sur lesquels ils vivent.
Mais ce que les Ornithomyiens offrent de plus singulier, ce sont leurs métamorphoses. Ces insectes ne produisent pas d'œuf. L'abdomen chez les femelles est volumineux et recouvert d'une peau très-extensible. Lorsque le moment est venu, il sort du corps de la mère une énorme masse blanche , presque aussi grosse que l'insecte , en forme de lentille ronde et aplatie, de couleur blanche. C'est une larve qui a accompli son évolution à l'intérieur du corps de la mère, et qui en sort à l'état de pupe ou de chrysalide. Cette enveloppe brunit bientôt, se durcit et forme une coque solide, d'où sort ensuite l'insecte parfait en soulevant la portion supérieure de la coque, qui cède sous sa tête comme un couvercle. Ce mode de reproduction leur a fait donner le nom de Pupiparea.
La famille des Ornithomyiens comprend plusieurs genres distincts entre eux par la forme des antennes et des tarses, et par celle des ailes , qui manquent chez quelques-uns.
Les Hippobosques ont un corps ovalaire, assez large, déprimé; la tète est petite et tient au corps par un étranglement; les yeux, assez grands.
ORDRE DES DIPTÈRES
embrassent les côtés de la tète; les antennes 'fig. 408, a) paraissent être réduites à un seul gros article globuleux, muni d'une ou de deux soies raides; les ailes sont une fois plus longues que l'abdomen, et se recouvrent dans le repos ; elles ont de fortes nervures parallèles longitudinales, avec une seule petite nervure transverse ; leurs pattes (c) sont courtes , mais robustes, munies de poils courts et raides; les tarses, composés de
FlO. 40S à 411. — Hippobosca equina.
iKi. llL' ;i 41."'. — Strtiopteiijx hirinidin
a. Antenne. — h. Mâclit — rf. Patte antrrienre. -
Patte antérieure.
ue. — f. Antenne.
cinq articles, sont terminés par des crochets recourbés, longs et robustes, et fortement dentelés en dessous ; l'abdomen n'est pas séparé par segments comme dans les autres Diptères; il est membraneux et susceptible d'une grande dilatation.
Les Hippobosquessont des insectes sanguisuges qui s'attaquent aux animaux, en particulier au cheval ; ils se placent surtout sur les endroits dégarnis de poils et à l'abri des coups de queue. Lorsqu'on veut les saisir, ils