‹ Les inséparables; comédieChapitre 16 sur 38 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Mme LEROY-GRANGER, à Cécile.

Vraiment, tu n'as rien sous les doigts?

CÉCILE

Je t'assure.

PAUL

Alors ! Mais si Gaston nous jouait quelque chose, lui!

.GASTO X.

Mais non, mais non... pas maintenant.

LEROY-GRANGER, narquois, à Gaston.

Comment, vous jouez du piano ?

Mme LEROY-GRANGER.

Vous ne nous en aviez pas parlé.

PAUL, à Leroy-G ranger. Persifûeur.

Ne riez pas... il en joue très bien... C'est un musicien, Gaston! Il ne va pas toujours très en mesure, mais ça ne fait rien, c'est agréable tout de même! Allons, Gaston, les pizzicati de Sylvia.

Mme LEROY-GRANGER.

C'est si joli !

CÉCILE

Nous écoutons.

GASTON

Mais...

Mme LEROY-GRANGER.

Ne vous faites donc pas prier, rien n'est plus ridicule.

GASTON

C'i'sl que je crains de vous ennuyer.

•>" LKS INSÉPARABLES

Tu es trop modeste,

GASTON

Alors...

D U s s E A u , à Gaslon .

Ne jouez pas : c'est un piège que vous lenil Ducoui'iial.

GASTON, à Dusseau.

r<nirquoi ? Je ne joue pas mal : vous allez voir !

PAur..

Allnns, allons, Gaston !

GASTON, allaiil au |iiaiiu.

Voilà.'

PAUL

^'eux-tu le métpononic"?

.M'iic L \-: R 0 V-(i u A N ( i K H.

Il se sert du métronome?

p A LI L .

Quehiuefois !

On lil.

PAUL, à Gaslon.

Dis que je ne suis pas gentil. .Te te lU'iqiai't' tuiil .. 1(111 lahourel... (il hausse le lab luret dupiano.' ta miisi-

l|Ui\..

Il déploie la musique sur le chevalet.

CÉCILE, à Paul.

Comment ! U ne ]ieul jtas jouer eji.par rœur?

ACTK DEUXIÈMK •^'

GASTON, à Cccib, enlevant l,i musique.

Vous y t ouez ? Je vai^ essayer !

PAUL, à Cécile.

11 a Inules les au.laces, aujoui-aïuii.

GASTON

C'est JLisle, el si je ne reprenais pas la musique j'ai peur de m'arrèter court.

LEROY-GRANGEH, à Gaston.

Reprenez-là ou ne la reprenez pas, mais décidezvous.

GASTON

Je la reprends.

CÉCILK.

Non, non, par cœur.

PAUl^, riant, à Cécile.

Vous êtes dure ! (\ Gaston, qui s asseoit au piano.) Là, tu es très réussi ! On dirait Rubinstein lui-même ....

u. a.'es. Ne nez pas... quand il est intimide, n ne i^^îî Vnen qui vaille. (A Gaston ) Ne tremble pas.. Il ny a pas de quoi être ému. Silence! (R.res étouffes.) Une; deux, trois! :Un temps. Eh bien ? ^^^ ^.^

GASTON, ému.

Attends, que diable!

PAUL

Nous sommes impatients de fentendre I (On rit.)

but! . ^ ,

,aslon commence à. jouer la première reprise du morceau mal

el trop lentement. ^^^^^ ^^^^^^^ ^^ pi^,^^

32 LKS INSKl'ARABLKS

PAUL, pendant que Gaston joue.

Plus vite... (Onrit.)Plus vite... en mesure!... eu mesure donc. (On rit, Gnston joue de plus en plus mal. Paul paraît en souffrir. Soudainement.) Tiens, permetsmoi, mon vieux... rien que pour te montrer le mouvement.

Paul prend la place de Gaston qui se retire, très vexé ; il

joue la fin du morceau, les yeux tournés vers Gaston et

comme pour lui donner la leçon. 11 joue très bien, d'une

façon uu peu prétentieuse.

PAUL, finissant et se levant, à Gaston. Voilà comment il faut jouer ça.

Gaston va s'asseoir, penaud.

TOUS, sauf Dusseau et Gaston.

Bravo, bravo, monsieur Paul.

C'est un vrai talent.

Ap|iluudissements prolongés.

PAUL, modeste.

Oh ! je vous en prie, la scène n'était qu'entre nous deux. C'était seulement pour indiquer le mouvement à Gaston...

M^e LEROY-GRANGER.

Ce n'est pas possible: vous avez étudié toute votre vie.

PAUL

Je n'étudie jamais I

LEROY-GRANGER

C'est plus exti'aoï'diuaii'ê ciuîore.

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