Préface des Études historiques
Cathédrales, églises et chapelles ont été réparées, et édifiées partout, suffisant à peine à la fervente afiluence des populations. Si, dans les premiers temps, on construisit, par réminiscence, dans le style païen à plafonds surbaissés, et pesant sur la tête des fidèles, des églises telles que Notre-Dame-de-Lorette, Saint-Vincent-de- Paul et la Madeleine *, où l'air et l'espace manquent, le sentiment chrétien a pris le dessus, et maintenant on n'oserait plus proposer le plan d'une église, autrement conçu que dans le style ogival. Sainte-Clotilde à Paris, Notre-Dame-de-la-TreilIe à Lille, à Rouen ; partout dans les édifices nouveaux ce style prédomine. Ajouteronsnous que dans les arts accessoires, dans la peinture et la musique, des indices très-certains d'un retour à la tradition chrétienne se font remarquer. Qui sait si les matériaux nouveaux que l'architecture trouvera à sa disposition dans ce siècle, si l'emploi du fer, par exemple, ne lui permettront pas, à l'aide de colonnettes fines et légères, d'élever des cathédrales et des flèches
4 . Ici des statues de saints ont été emprisonnées à l'extérieur de l'édifice dans des niches carrées, dont les parois les étreignent de toutes parts. Évidemment, les saints y sont à la gêne, ils ne sont pas libres ; c'est trop visible. — A ce sujet, remarquons que les milliers de statues, de saints, d'apôtres, de rois, de prophètes, d'empereurs, qui se voient dans toutes nos riches cathédrales, ont la tête droite, libre, dégagée, placées qu'elles sont sous des baldaquins élevés qui laissent circuler Tair autour d'elles. — A Rouen, nous avons retrouvé les mômes caractères sur des tombeaux, dans la cathédrale. En 4465, les personnages des bas-reliefs ont la tète libre ; en i 531 , ce sont des cariatides représentant : [la Prudence, la Gloire, la Victoire, la Foi, qui supportent la corniche du monument.
plus élancées encareque celles connues, vers les espaces infinis y où Dieu règne au plus haut des cieux, dans sa gloire et dans sa liberté? a Gloria in excelsis Deo ! »
Les enseignements religieux aidant, la polémique politique de nos quarante dernières années s'est adoucie, et le sentiment sincère de la liberté humaine et sociale a prévalu. A travers les commotions que nous éprouvons encore, les grands esprits ne s'y méprennent point : ils voient poindre les symptômes d'un glorieux triomphe dont la chrétienté entière aura lieu de se réjouir. Oui, répétons-le, le xix* siècle sera nommé le siècle réparateur des principes religieux et sociaux, ce sera là son plus noble caractère *.
Nous ajouterons ici une comparaison, qui sera sentie parmi les populations maritimes, essentiellement religieuses. La barque de saint Pierre, ce symbole si heureusement conservé dans les monuments consacrés au culte chrétien — car remarquons bien que, pour les églises, seules entre tous les édifices, on emploie les mots de « nef et de vaisseau, » *— La barque de saint Pierre, longtemps battue par la tempête, naviguera bientôt sur une mer moins agitée; la Vierge, Stella maris, étoile favorable, la guidera vers des régions sereines où, sous ses auspices protecteurs, la liberté hu-
1. « Admirons le grand effort de réparation morale et le magnifique travail religieux dont la France donne le spectacle au monde depuis soixante anst, M. Poujoulat.
maine retrouvera ses droits, légitimés depuis dix-huit siècles par la venue du Christ.
Au premier rang des faits réparateurs que réclament de notre siècle Tart chrétien, la religion et la politique chrétiennes, nous signalerons à la France catholique la réédification des portails de Saint-Eustache, à Paris, ef de Saint-Éloi, à Dunkerque^
Le premier, placé au centre du mouvement artistique européen, au sein de la capitale, où les moyens matériels et financiers abondent, ne tardera pas, avant quelques années, à être ramené au style ogival de l'édifice, substituant à Taspect discordant qu'il présente aujourd'hui l'harmonieuse perspective d'un monument complet ^.
Quant au péristyle de l'église Saint-Éloi de Dunkerque, il y faudra plus de temps et de soins. Les dépenses que sa transformation exigera seront considérables, et il n'est pas permis d'entrevoir que cette difficulté puisse se lever aisément, dans la position faite aux villes de province par le système de centralisation qui régit la France. Ces villes, aujourd'hui, ne peuvent plus se créer librement, dans leurs propres facultés productives, des ressources telles que fut l'impôt du filet saint, que les magistrats de la commune de Dunkerque prélevèrent au xvi" siècle pour reconstruire leur même église de Saint-Éloi. En outre de ce grave
1 . Notice descriptive et historique sur V église Saint^Eustûche de Paris, parTabbé Gauoreau, curé de ia paroisse. 1855.
obstacle, bien des préjugés, bien des résistances locales seront à vaincre, même pour amener une décision qui ne coûterait aucun sacrifice. Fions-nous, du reste, à la Providence, qui sait faire venir les choses nécessaires à point ; attachons-nous, pour notre part, à faire ressortir la nécessité du changement que nous provoquons. Dans la suppression qui fut faite, en 1784, du transept de l'église Saint-Éloi, le symbole du crucifiement du Christ fut enlevé à l'édifice; et cette malheureuse conception a non-seulement défiguré la physionomie du monument, mais elle en a détruit les proportions et l'harmonie, en le raccourcissant de moitié. Il semble qu'un mauvais génie, ainsi que l'a dit avec une parfaite justesse un inspecteur des monuments historiques *, ait eu mission alors d'effacer l'unité de style et de symboles qui régnait dans l'église Saint-Eloi, pour en faire l'œuvre hétéroclite que nous voyons. C'était bien un mauvais génie, en effet, qui présidait alors à la dé- . gradation des monuments et des idées qu'ils symbolisent. Nous avons vu ses dernières œuvres dans les tristes jours de la Terreur, où le culte même du Dieu que l'univers entier révère fut aboli parmi nous. Symboliquement, cet abandon du culte devait conduire aux affreux résultats d'une destruction de la société entière par le cannibalisme.
Réjouissons-nous! Dieu ne l'a pas permis, et il y a