‹ Les institution sociales étudieès dans les édifices religieuxChapitre 6 sur 13 · c( Ànnuit et totum nutu tremefecit Olympum · texte numérisé non relu

c( Ànnuit et totum nutu tremefecit Olympum

(Virgile, /En^td., lib. X.) 3. Voyages du jeune Anacharsis en Grèce , 1790, vol. III, ch. 38. — Strabon, lib. VIIÏ.

Les cariatides grecques supportent aussi des architraves moins lourdes qu'en Egypte ; on voit dans leur attitude qu'elles les soutiennent avec moins de peine que leurs devancières ; néanmoins , elles en sont toujours chargées.

Cependant, l'idée chrétienne a surgi, qui a proclamé la liberté humaine. Tous les hommes sont frères ; il n'y a plus de maîtres ni d'esclaves devant Dieu ; les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers. Admirable et divine pensée, qui ne pouvait venir que de Dieu même ! Toutefois, le dogme est incomplètement défini d'abord, et la coupole des églises byzantines, puis le plein cintre roman ne furent que des compromis provisoires. Le toit de l'édifice s'est élevé, s'est arrondi en voûte, où l'on respire plus à l'aise; mais le fidèle qui s'est levé aussi, et qui tourne les yeux vers le Ciel, ne le voit point encore. Ce Ciel qui lui est promis, il ne lui est pas ouvert. Le mot «du Dante serait-il vrai? « Lasciate ogni speranza! » perdez toute espérance ! Non, il n'y a jamais à désespérer de la miséricorde du Dieu souverainement bon. Nous voyons arriver l'ogive qui, aspirant au Ciel, élance vers lui ses deux arceaux, deux mains jointes qui prient, qui supplient; il semble que ces arceaux n'aient qu'à s'ouvrir, et que le Ciel va se découvrir à nos regards. Qui oserait affirmer que les extatiques, saint François, sainte Thérèse, sainte Catherine de Sienne , dans l'ardeur de leurs prières

brûlantes, n'aient pas vu le Ciel et ses divines splendeurs?

Mais ici nous confinons aux limites de la matérialité et de la puissance humaine, nous n'aurons plus que la symbole pour nous aider à pénétrer au delà. Les dogmes sortis des sources pures de la puissance divine auront produit ce qu'ils devaient produire. Les législations se seront imprégnées de leur mansuétude, et désormais les peuples n'ont qu'à marcher dans la voie qui leur est tracée par l'Évangile : les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre l'Église du Christ. Quant aux édifices, la pensée chrétienne a exécuté tout ce qu'elle pouvait humainement faire. Les églises se sont ouvertes à tous, il n'y a que ceux qui n'y veulent pas entrer pour qui il n'est point de salut. Et pour qu'il y ait place pour tous, l'architecte chrétien s'est ingénié à des combinaisons où l'église occupe le plus vaste espace avec te moins de matière ; la part la plus grande de l'intérieur des monuments religieux est donnée au vide. L'élévation des voûtes ogivales et les croisées, au plus haut de l'édifice, sont calculées dans le mode le plus hygiénique possible, pour des assemblées où se réunissent d'innombrables fidèles.

Soyez certain que les cathédrales les plus hautes , Strasbourg, Beauvais, Anvers, sont celles qu'a inspirées le plus ardent amour de l'humanité. C'est la religion la plus vive, celle qui relie le mieux l'homme à Dieu, qui devait avoir les plus hautes aspirations vers le Ciel, qui devait s'élancer le plus dans l'espace..

Les églises chrétiennes du Nord, après avoir passé par la période de charpente, ont été construites en briques ou en pierres d'une petite dimension , qui en permettait le maniement facile^. Ce mode de bâtisse portait en lui-même le symbole de la multitude de matériaux dont se composait une église. On sait que le mot « église » , au temps primitif, signifiait non-seulement l'édifice où se réunissaient les fidèles pour s'édifier en commun par la prière, mais encore l'assemblée même, l'agglomération de population qui composait cette société de fidèles 2. A ce sujet, nous ne pouvons nous refuser de citer ici De Maistre, cette grande autorité : « Saint Paul, dit-il, a inventé un mot qui a passé « dans toutes les langues chrétiennes : c'est celui « d'édifier^ qui est fort étonnant au premier coup « d'œil ; car qu'y a-t-il de commun entre la construc- « tion d'un édifice., et le bon exemple qu'on donne à son « prochain *? » Voici, suivant nous, en outre des excellentes preuves dogmatiques données par De Maistre, ce qu'on peut trouver de commun dans ces deux significations : édifier, bâtir, c'est rassembler , unir les matériaux d'un édifice. Comme travail matériel , c'est déjà édifiant, suivant la parole de saint Paul même : « qui travaille, prie » ; mais comme symbole , c'est

4. Allan Cvnninghah, Ufe of William of Wykehcm, bishop and architect of Winchester. London, 1 834 .

2. Saint Paul aux Romains, ch. xii, v. 5. — Aux Éphésiem, ch. II, V. 20 et 21.

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