‹ Les institutions administratives en France et à l'étranger [microform]Chapitre 103 sur 141 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

elle existait. Cette centralisation ne fournit plus les moyens de guider le suffrage, et néanmoins elle continue à accumuler sur le pouvoir d'innombrables compromissions et à empêcher que les mœurs constitutionnelles ne se forment et ne se propagent, que des influences régulières ne surgissent, que les personnes et les classes ne se rapprochent, etc.

La décentralisation administrative était donc effectivement inconciliable avec le système de gouvernement et le mode de direction qui ont prévalu jusqu'en 1871 ; mais elle est devenue un corollaire aussi logique qu'urgent des modifications apportées depuis cette époque à notre législation, et, loin de nuire, elle contribuerait puissamment à remédier aux maux dont nous souffrons, et à conjurer ceux plus graves dont nous sommes menacés. Lorsque, par exemple, les agents de TEtat ne relèveront plus que de TEtat seul ; lorsque les préfets auront cessé d'être, pour une part très-notable de leur tâche, sous Tautorité des conseils généraux ; lorsque les maires auront cessé de tenir leur nomination des conseils municipaux, les uns et les autres de ces agents ne seront-ils pas beaucoup mieux en mesure qu'ils ne le sont maintenant de réprimer de la part des élus du suffrage universel certains actes de mauvaise gestion, spécialement les transgressions de la loi?

Absorbés par les difficultés de chaque jour, les

divers pouvoirs qui se sont succédé en France depuis longtemps, n'ont pas assez prévu que leur influence et Tefficacité de la candidature officielle devaient nécessairement décroître d'année en année; par suite, ils n'ont pas non plus assez compris qu'il était d'une urgence suprême de donner au corps électoral, au suffrage universel, des moyens d'éducation et d'entente très-puissants, très-nombreux. Aujourd'hui, on commence bien à reconnaître que le gouvernement ne peut plus se servir de la plupart des engins propres à dominer le vote ; mais on ne songe pas encore à combler le vide qui a pris la place de ces engins dépareillés ou brisés.

Autre objection : « Notre génie , nos traditions « nationales, disent les adversaires de la décen- « tralisation, sont unitaires. La race anglo-saxonne « est seule apte au self-government. Au cas même « où le législateur établirait chez nous ce sys- « tème, nous ne consentirions pas à nous assu- « jettir aux soucis, aux efforts, aux sacrifices, aux « responsabilités qu'il impose. »

Assurément, nos traditions et notre génie sont unitaires ; mais toutes les parties de ce livre ont eu précisément pour but de démontrer :

l** Que si nous sommes restés imbus de ces traditions et sous l'influence de ce génie, c'est que, par une erreur à jamais regrettable, on a

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