CHAPITRE CINQUIÈME
« précisément les mêmes difficultés sous le poids « desquelles leurs prédécesseurs ont succombé. « Ce qu'ont fait leurs prédécesseurs, ils le font à « leur tour; et, à leur tour, ils en portent la peine ; « on les traite d'apostats, de renégats, tandis « qu^ils ne sont que des étourdis auxquels les « écailles tombent des yeux... »
Depuis 1862, M. de Rémusat (1), M. Laboulaye (2), M. Le Play;(3), M. Léonce de Lavergne (4), M. Odilon-Barrot (5), M. Prévost- Paradol (6), M. Lanfrey (7), M. Paul Leroy-Beaulieu (8), ont publié sur notre mode d'administration et de gouvernement des travaux estimés. Tous ces écrivains, quoique d'origines et d'opinions différentes, se sont accordés à reconnaître que l'insuccès des tentatives faites, à partir de 1814, pour fonder en France les institutions libres est dû principalement au maintien de l'organisation de l'an viii. Que le lecteur veuille bien réfléchir particulière-
(1) La Politiqus libérale. — Michel-Lévy. — Paris.
(2) L'Etat et ses limites. — Charpentier. — Pai is.
(3) La Réforme sociale en France. — La Constitution de l'Angleterre. — Marne, Tours. Dentu, Paris. — Nous ne pouvions nous dispenser de placer M. Le Play parmi les principaux et récents promoteurs de la décentralisation administrative, bien que Téniinent écrivain ait traité la question à un point de vue plus général que celui qui fait l'objet du présent ouvrage.
(4) Les Assemblées} provinciales. — Didier. — Paris.
(5) De la Centralisation. — Didier. — Paris.
(6) La France nouvelle. — Michel Lévy. — Paris.
(7) Etudes et Portraits politiques. — Charpentier. — Paris.
(8) De l'Administration en France et en Angleterre. — Guillaumin. — Paris.
ment à ce passage de l^ouvrage de M. Lanfrey, qui a pour titre, Etudes et Portraits politiques :
« ... La centralisation à la base et la liberté au « sommet, tel est le plan uniforme de nos concep- « tions politiques, de quelque opinion qu'elles « procèdent. C'est à ce contre-sens qu'on doit « principalement attribue!» la caducité précoce « dont le régime constitutionnel a été atteint en « France. De là ce dépérissement mystérieux , « inexplicable, qui se dissimulait sous les appa- « rences les plus brillante^, qui était signalé par « les moins clairvoyants, et dont personne ne sa- « vait pourtant pénétrer ni l'origine, ni la vraie « nature. Aujourd'hui, à force d'y songer, on est « presque arrivé à comprendre qu'avec des indi- « vidus annihilés par une administration qui par- « tout se substitue à leur activité sous prétexte « de les dispenser de la pénible obligation « de faire leurs propres affaires, les plus belles « constitutions demeurent stériles. Le régime « constitutionnel vit surtout de mouvement inté- « rieur ; or, la centralisation ne se développe « qu'aux dépens de ce mouvement. Plus ses attri- « butions s'étendent , plus on voit augmenter « rinertie de la nation et par suite l'immobilité « du gouvernement, à moins qu'il ne se jette dans « les grandes entreprises militaires, remède sou- « vent pire que le mal.
« Aussi, les esprits qui ont médité sur les