CHAPITRE DEUXIEME
de subir les hontes du Directoire. Elle aspirait ardemment à un état de choses capable de lui rendre enfin la régularité et le calme. Le coup d'Etat du 18 brumaire et la constitution du 22 frimaire an viii furent les produits de ce besoin universel. D'un autre côté et à Ici même époque, nos pères, selon notre niobilité accoutumée, avaient entièrement oublié à quelle désagrégation politique et sociale, à quels malheurs extrêmes nous avaient peu à peu conduits, de 1642 à 1789, la destruction des franchises locales et le développement excessif du pouvoir central. Toute leur attention, tous leurs griefs ne portaient plus que sur l'impéritîe des pouvoirs locaux, sans qu'ils prissent la .peine de considérer ni les circonstances si critiques dans lesquelles ces pouvoirs avaient surgi, ni la manière si défectueuse dont on les avait organisés. Encore une fois, d'une ■ exagération on allait passer à une exagération opposée. Depuis 1789, la nation s'était arrogé tous les droits; elle était prête, en 1799, à les abdiquer tous.
Le génie particulier du premier consul et les conditions dans lesquelles il saisissait les rênes de l'État, loin de le mettre en garde contre cet entraînement des esprits, devaient l'y livrer tout entier. Très-jeune encore (1), doué des plus prodigieuses facultés d'action et de commandement,
(I) Eu 1790, le géDéral Buiiapai' te avait trente ans.
il ne pouvait avoir conscience des dangers indirects et lointains, inséparables d'un système pareil à celui qu'avaient fondé Richelieu et Louis XIV. S'il eût envisagé et mis à profit l'expérience réalisée à la fois, de 1642 à 1789, de 1789 à 1799, il se fût sans aucun doute borné à réformer les institutions locales de 1787, 1789, 1795^ et à rétablir fortement dans leur sein les droits et l'intervention du pouvoir central. D'accord avec le pays, il crut devoir les briser, les absorber et en somme reconstruire un gouvernement et une administration encore plus centralisés çt plus personnels que ne l'avait été l'ancien régime.
En vertu de la loi du 28 pluviôse an viii, les pouvoirs locaux cessèrent d'être collectifs, électifs et autonomes. Les maires devinrent pour la première fois (1), les préfets et les sous-préfets redevinrent, comme l'étaient les intendants, les subdélégués avant 1787, des autorités unitaires, furent seuls chargés des mesures d'exécution, possédèrent seuls le maniement quotidien des intérêts, la collation des emplois, la direction. Des conseils municipaux, d'arrondissement et généraux furent créés, il est vrai, et même investis
(1) Les maires et syndics, ainsi que nous Texpliquerons chapitre III, sous l'ancien régime et pour los affaires communales et paroissiales, n'étaient aucunement des autorités personnelles et unitaires. Dans les villes, c'était le corps de ville tout entier qui exerçait le pouvoir exécutif. Dans les paroisses, l'assemblée des habitants participait aux actes les plus importants de Tadministration.