CHAPITRE DEUXIÈME
d'attributions sérieuses. Mais réunis quinze jours à peine par an, ces conseils et par suite les habitants n'avaient la faculté d'acquérir qu'une connaissance très-superficielle des affaires, n'y prenaient qu'une part presque illusoire, ne pouvaient en contracter le goût, s'y attacher. Par cette première modification, la nation allait se familiariser encore une fois avec le pouvoir d'un seul, apprendre de nouveau à abdiquer, à se niveler, à ne reconnaître d'autre influence que celle du fonctionnaire. En second lieu, au système électif on substitua le système des listes de notabilités ; le premier consul, et peu après l'empereur nomma lui-même (1) et put destituer les maires, les adjoints et les membres des conseils municipaux,' les sous-préfets et les. membres des conseils d'arrondissement, les préfets et les membres des conseils généraux. En principe, cependant, il devait emprunter ses choix aux listes de notabilités que dressaient les électeurs pour la commune, pour l'arrondissement et pour le département (2) ; mais plus tard, en 1806, un décret conféra au gouvernement le droit de pourvoir aiix places vacantes, d'office et sans candidature préalable. Cette
(1) Le premier consul, l'empereur nommait les maires et les conseils municipaux des communes de 5,000 âmes et au-dessus. Cette prérogative était déléguée aux préfets pour toutes les autres communes.
(2) Constitution consulaire du 22 frimaire an viii et sénatus-consulte du 16 thermidor an x.
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suppression du vote direct avait pour objet et eut pour résultat de concentrer de plus, en plus les affaires locales dans les mains du pouvoir central, de désaccoutumer de plus en plus le pays de toute initiative propre, et de lui faire perdre toute aptitude à la vie publique. Enfin, à la place de Tindépendance excessive et de Tautonomie presque complète qui étaient aussi un des caractères distinctifs des municipalités, des conseils et des commissions intermédiaires de 1787, des municipalités , des bureaux , des directoires et des conseils de 1789 et de 1795, on étendit de nou- K- veau sur toute l'administration communale et
départementale, sur ses magistrats, sur ses actes et ses finances, l'ancien réseau de la tutelle, avec cette différence que ce fut le premier consul ou Tempereur, non plus le Conseil du roi, qui en tint et en'dirigea les fils. Par cette troisième modification> chacun allait se réhabituer à délaisser les devoirs civiques, à décliner toute compétence, à s'affranchir de tout souci, à se sentir irresponsable (1).
La législation de l'an viii remettait, on le voit,
(1) Le génie de l'empereur Napoléon I*»", son activité extraordinaire, sa très-grande aptitude à choisir les hommes corrigèrent, au' point de vue administratif, les défectuosités de c.tte organisation, défectuosités qui concordaient jusqu'à un certain point, il faut le répéter, avec les circonstances du moment. De 1799 à 1814, la gestion des départements et des communes en général fut ordonnée, sage, réparatrice. Beaucoup de documents constatent que TEmpereur consacrait à cette partie du service public des soins attentifs.