CHAPITRE DEUXIÈME
drapeau la réforme électorale et parlementaire, occupées, en partie satisfaites dans cette gestion, n'auraient-elles pas été plus calmes, plus pratiques, plus soumises à la loi? Le gouvernement, privé de ses principaux moyens d'action sur les intérêts et les personnes, sur le vote, par conséquent obligé de s'accorder effectivement avec le pays et d'être véritablement constitutionnel, h'aurait-il pas été épargné ?
Pas plus qu'en 1830., on ne distingua les causes supérieures de la catastrophe, et loin d'y remédier, on se complut à les développer et à leur ouvrir un champ encore plus vaste.
Certes, le grand nombre avait été, de 1799 à 1848 , bien peu initié aux . affaires publiques ; cependant les décrets du 25 février ^t du 5 mars 1848 mirent au jour subitement la République et le suffrage universel , les deux institutions qui présupposent de la part de chacun le plus d'activité et le plus de culture administratives et politiques. En même temps, il est vrai, le Gouvernement provisoire se hâtait, lui aussi, de convertir en instruments de propagande et de contrainte les maires et les préfets, la commune et le département. On a vu que l'abus de la candidature ministérielle ou officielle, inévitable avec le système existant, avait empêché les monarchies de 1830 et de 1814, la nation elle-même, de devenir réellement constitutionnelles. Sous 1 république, cet
abus, outre qu'il devait être encore plus criant, ne pouvait qu'amener les mêmes effets. De 1814 à 1848, il n'avait eu du moins à atteindre qu'environ deux cent mille électeurs, payant au minimum deux cents francs d'impôts, en général éclairés et relativement indépendants ; désormais, il allait embrasser dans ses ravages tous les Fi:ançais âgés de vingt-et-un ans, huit à neiif millions d'électeurs, en majorité gênés ou pauvres, illettrés, inconscients. Aucune de ces considérations ne fut pesée. Le 8 mars 1848, à la veille des élections, le ministre de l'intérieur, M. Ledru-Rollin écrivait aux commissaires du gouvernement : « Placez à la tête de chaque municipalité des hommes sympathiques et résolus. Ne leur ménagez pas les instructions, animez leur zèle. Par les élections ( qui vont s'accomplir, ils tiennent dans leurs < mains les destinées de la France ; qu'ils nous donnent une assemblée nationale capable de comprendre et d'achever l'œuvre du peuple, en un mot tous hommes de la veille et pas du len- ( demain.» Dans une autre circulaire du 12 mars, le ministre ajoutait : « Les élections sont votre
grande œuvre Examinez sévèrement les
titres des canditats Arrêtez-vous à ceux
qui présenteront le plus de garanties à l'opinion républicaine, le plus de chances de succès.
Pas de transactions, pas de complaisances I....» L'assemblée constituante et l'assemblée légis-