CHAPITRE DEUXIEME
lative, animées de vues beaucoup plus saines, n'eurent pas le temps de modifier sérieusement l'organisation de la commune et du département.
L'assemblée constituante se borna par le décret du 3 juillet 1848 à substituer, pour le renouvellement des conseils municipaux, des conseils d'arrondissement et des conseils généraux, le suffrage universel aux catégories des lois du 21 mars 1831 et du 22 juin 1833, et à abandonner aux conseils municipaux la nomination des maires et adjoints dans les communes ayant moins de 6,000 habitants. Pour les localités plus importantes, le gouvernement gardait le droit de désigner lui-même ces magistrats en les choissisant parmi les conseillers élus. Par un autre décret du 14 décembre, voté comme appendice à la constitution, la même assemblée plaça au nombre des lois organiques à édicter, une loi d'administration départementale et communale. Cette loi, élaborée par le conseil d'Etat et par une commission de l'assemblée législative, allait être discutée lorsque survinrent les événements de décembre 1851.
Déjà, depuis le 10 décembre 1848, la logique inflexible des faits déjouait et mettait à néant aussi bien l'entreprise du 24 février et les circulaires de M. Ledru-Rollin que les votes et les projets de l'assemblée constituante et de l'assemblée législative. Geux-la mêmes qui avaient introduit si prématu-
rément la République et le suffrage universel, avaient, sans le prévoir, relevé l'empire.
Nous avons expliqué qu'en conservant l'organisation de l'an viii, la commune et le département dépendants et unitaires, les monarchies de 1814 et de 1830 avaient laissé pleinement subsister, au moins dans la généralité du pays, la tradition essentielle de l'empire, ses fondements, ses mœurs publiques, son milieu intellectuel et moral. Le grand nombre étant devenu souverain en vertu du suffrage universel, l'empire .lui-même sortit de ce milieu, comme l'eau <;oule de la source (1). Le 10 décembre 1848, sur 8,424,673 électeurs, 6,434,236 d'entre eux écartèrent du pouvoir le général Cavaignac qui personnifiait la République et y appelèrent l'héritier de Napoléon P', le prince Louis Napoléon. Le 20 et le 21 décembre 1851, 7,439,316 adhésions contre 640,737 refus, ratifièrent le coup d'Etat et déléguèrent au prince président la mission de promulguer une constitution. Enfin, le 21 et le 29 novembre 1852, 7,824,189 voix acclamèrent l'empire. La fraction du corps électoral qui avait participé aux gouvernements de 1814 et de 1830 fut en général déçue et troublée. Le surplus, la très-grande majorité de la
(1) D'autres circonstances, bien entendu, contribuèrent tièsr.otablement aussi à Télection du 10 décembre 1848 : le prestige de la légende napoléonienne, l'impôt des 45 centimes, la ciainte du socialisme, etc.