‹ Les institutions administratives en France et à l'étranger [microform]Chapitre 30 sur 141 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

partout. A mesure qu'un peuple, en Europe, a adopté le régime constitutionnel, il a adopté aussi Tancienne conception germaine de l'Etat, devenue la conception anglo-saxonne^ et il a voulu, il a réalisé un Etat limité, impliquant et stimulant le libre développement et le plein exercice des forces individuelles et locales (1).

Dès les siècles les plus reculés et grâce aux coutumes apportées par les Saxons, la Grande-Bretagne nous apparaît dans l'histoire avec un parlement qui vote l'impôt, des communes qui s'administrent elles-mêmes, le jury civil et criminel, c'est-à-dire dotée déjà d'un appareil de gouvernement restreignant l'Etat et investissant l'individu et les pou-voirs locaux de moyens très-étendus d'éducation et d'activité. La révolution de 1688 renouvela et affermit ces bases véritables du régime constitutionnel. Depuis lors, le peuple anglais a perfectionné d'année en année chacune de ses institutions, en poursuivant sans s'en détourner ce but : qu'il faut que les affaires générales et. les affaires locales restent distinctes les unes des autres ; que le parlement et le pouvoir exécutif aient, dans leur sphère, une autorité, une force incontestées; mais

(1) On sait à quel point notre organisation administrative ressemble à celle de TEmpire romain ; on sait aussi comment a été caractérisée depuis longtemps la différence existant entre la conception romaine de l'Etat et la conception germaine : « Pour le a Romain, l'État était tout et ,1e citoyen n'était lien : pour le Gera main, l'individu était tout, l'État rien. »

qu'à son tour et. dans la sienne, l'individu soit très-libre, très-occupé, très-responsable. Le parlement légifère, contrôle et dirige. Les ministres choisis par la couronne expédient les affaires de rÉtat et font observer les lois. Mais c'est l'individu lui-même, ce sont des particuliers, réunis en assemblées de vestry^en conseils municipaux, en comitésou bureaux, en justices de paix, en jurys civils et criminels, en associations diverses, qui, dans la paroisse, dans l'union de paroisses, dans le bourg, dans la métropole, dans le comté, gèrent tous les intérêts locaux, pourvoient au culte, assistent les pauvres, procurent Tinstruction , président aux travaux publics, assurent la police, rendent même en grande partie la justice. Aujourd'hui, on ne rencontrerait pas, au-delà du détroit, un seul homme politique qui n'attribuât la prépondérance de son pays aux qualités que cette organisation développe, comme nos révolutions et nos malheurs, aux inaptitudes qu'ils jugent inséparables de la nôtre. En 1848, lord Palmerston écrivait au roi Léopold P' de Belgique : « .... Pour la France, « personne ne peut prophétiser, de semaine en « semaine, le tour qu'y prendront les affaires. « Pendant des années, ceux qui étaient au pouce voir ont travaillé aux étages élevés de la monar- « chie, sans s'occuper des fondations....» (1). En

(1) Correspondanre de lord Palmerston '* The Life of Viscount Palmerston by lord Dolling. — London, 1873.

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