‹ Les institutions administratives en France et à l'étranger [microform]Chapitre 51 sur 141 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

exercer une part d'autorité, se policent, s'apaisent, s'élèvent régulièrement. Chez nous, les particuliers même les plus éclairés et les plus riches, exclus au contraire par l'étroitesse de nos cadres et par la rareté de nos organes, du maniement journalier des affaires usuelles, demeurent, pour la plupart et relativement à la chose publique, ignorants, inconscients, inutiles, divisés; nos couches nouvelles, encore plus refoulées, restent incultes, s'aigrissent, deviennent remuantes et opposantes. A l'étranger, la commune, le canton, l'arrondissement, la province sont des foyers intenses de vie, d'efforts, d'agitation saine ; on s'y anime, on s'y ingénie, on s'y concerte, on y lutte à l'occasion des questions et des magistratures locales, de rimpôt, de l'instruction, de l'assistance, des travaux publics, etc; mais grâce à ces dériva-' tifs, les affaires de l'Etat sont, dans une certaine mesure, soustraites à la controverse universelle, à l'inexpérience, à l'emportement. Chez nous, la commune, le département, les autres agrégations laissent chacun à peu près indifférent ; mais chacun discute la forme du gouvernement et le gouvernement lui-même ; chacun est républicain, bonapartiste, légitimiste, orléaniste. A l'étranger, le pouvoir existant compte d'innombrables collaborateurs associés librement à sa responsabilité et à sa destinée ; chez nous, il ne s'appuie que sur les fonctionnaires et sur une quantité très-

restreinte d'élus. A l'étranger, le vote politique est principalement le fruit de l'initiation et de l'apprentissage communal et provincial ; chez nous, il ne peut être, pour la 'plupart de ceux qui l'exercent, qu'une formalité abstraite, que l'expression d'un courant passager, du caprice, de la passion ou de l'ingérence officielle.

Sous l'ancien régime, sous la monarchie ellemême du xvii* et du xviii* siècles, les particuliers de tous les rangs avaient plus que nous n'avons aujourd'hui, du moins quant à la commune, les moyens de participer effectivement aux affaires publiques. Dans les villes, une assemblée générale de soixante, quatre-vingts, cent, cent cinquante délégués des compagnies, corporations et habitants, délibéraient sur toutes les questions majeures (1). Un corps de ville de quinze, vingt et-un, vingt-neuf officiers élus par l'assemblée générale, ou ayant acheté leurs charges, ou les occupant à titre héréditaire, exerçait sous la présidence du maire le pouvoir exécutif. Dans les paroisses ou communautés, tous les chefs de famille réunis en assemblée d'habitants, votaient les dépenses, réglaient le mode d'administration des biens, élisaient non seulement le syndic, mais le maître d'école, le sergent, les assesseurs et coUec-

(1) C'était, à défaut de titres et d'usages locaux, un arrêt du Conseil, portant règlement, qui fixait dans les villes le nombre des membres du corps de ville et de l'assemblée générale.

Page 1