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CHAPITRE TROISIÈME

devoirs et à des labeurs de tous les instants, ne songent pas à entreprendre sur les attributions de l'Etat. Les innombrables membres de ces assemblées, conseils et comités, en contact permanent avec la population, disposant de ses intérêts, les gérant en général sans percevoir de salaire, deviennent naturellement des guides, des chefs consultés, écoutés et respectés.

De notre système au contraire il résulte que nous sommes aujourd'hui encore, comme nous Tétions et comme rationnellement nous devions Têtre en vertu des lois de Tan viii, rendus impropres et réfractaires au régime constitutionnel; que nos maires, nos préfets surtout, surchargés d'attributions et de responsabilités, s'usent et usent rapidement le gouvernement dont ils sont les représentants ; qu'ils ne laissent à peu près aucune place à la bonne volonté, à la spontanéité, à l'influence individuelles. Soumis et accoutumés pour la plupart de nos besoins et de nos actes journaliers au pouvoir personnel du maire et du préfet, n'est-il pas très logique que nous désirions instinctivement le pouvoir personnel dans l'Etat, et qu'en fait nous ayons à peu près toujours eu un gouverneur , un maître ( 1 ) ; que nous ayons eu des souverains personnels sous la monarchie constitutionnelle, des présidents personnels sous la

(1) Autoritaire, parlementaire ou populaire.

république elle-même? On connaît la nomenclature des attributions du maire et du préfet ; est- il admissible qu'un homme, très -souvent promu à ces emplois par le hasard des circonstances et inexpérimenté, puisse utilement être à la fois agent politique, magistrat de police, administrateur de finances, de voirie, de bâtiments et de travaux publics, d'instruction et d'éducation, d'assistance, de prisons; organe de tous ces services au sein des assemblées délibérantes; juge des demandes, des contestations, des aptitudes les plus diverses? Une telle accumulation de prérogatives, de devoirs, de responsabilités entre les mains d'une seule personne était déjà, en Tan viii, une conception peu prudente. Depuis les transformations et les progrès que notre temps a accomplis, elle est devenue un anachronisme choquant, un anachronisme dont les effets ne peuvent être que subversifs , qui n'existe plus que dans notre législation, que la Russie elle-même a éliminé de la sienne. Enfin, nos conseils municipaux, nos conseils d'arrondissement, nos conseils généraux étant relativement peu occupés, ne remplissant qu'une très-faible partie des obligations dévolues aux conseils et comités exécutifs étrangers, on s'explique qu'ils soient sans cesse tentés d'élargir leur sphère et d'empiéter sur celle de l'Etat; on s'explique aussi que leurs membres, les notables en général, n'aient pas prise chez nous sur

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