‹ Les institutions administratives en France et à l'étranger [microform]Chapitre 61 sur 141 · CHAPITRE TROISrBME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISrBME

être un centre véritable de sollicitudes et de labeurs communs. Enfin la tutelle, qui a pour objet la gestion locale proprement dite, est exercée par le pouvoir électif supérieur, non pas par le pouvoir central, à qui n'est attribué que la tutelle portant sur les intérêts généraux. — Un tel régime, outre qu'il exonère l'Etat dans la plus large mesure, doit nécessairement inculquer à chacun et propager sans cesse la notion et l'habitude de la responsabilité. Contraints, pour tous leurs intérêts communaux et provinciaux, de concevoir, de veiller, d'aviser, de se défendre euxmêmes, les particuliers sont amenés, conformément à une des maximes favorites des Anglais : « Public business is private business of every man » (1) à traiter les affaires publiques avec autant de zèle que leurs affaires privées. Les classes propriétaires, constamment averties par l'application "même de ce régime, arrivent à apporter dans leur manière d'être plus de prévoyance, plus de sagesse et plus d'énergie. De telles dispositions ne doivent-elles pas tourner à l'avantage de l'individu et de l'Etat, aider aux rapprochements et à la paix, développer beaucoup les forces morales ?

Chez nous au contraire, le pouvoir central pour-

(1) € Les affaires publiques sont les affaires privées de cha- « cun. »

voyant lui-même par ses subventions et ses secours à une portion très-notable des besoins de la commune, quelquefois du département, choisissant beaucoup de magistrats, à peu près tous les employés de ces circonscriptions, exerçant la tutelle locale aussi bien que la tutelle générale, ce pouvoir est partout et à tout propos engagé, mis en cause, combattu, décrié. La responsabilité des personnes qui forme le ressort essentiel des institutions libres, n'a pas sujet de se produire et n'existe pas. Nous sommes conduits à regarder les affaires publiques comme étant la tâche propre, la chose du gouvernement et de ses fonctionnaires. Nos classes aisées et riches jouissent de leurs biens matériels, sans avoir, sous les regards de plus en plus attentifs de la classe pauvre, à accomplir la loi universelle du travail « in sudore vultus tui vesceris pane » (1). Nous n'avons pas matière à l'effort commun, au dévouement gratuit, au patriotisme rudimentaire et immédiat. Est-il contestable que nous n'éprouvions depuis longtemps les effets de ces grandes lacunes ?

(1) « Tu mangeras ton pain àla sueur de ton visage.» — (Genèse), ch. III, V. 19.)

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