CHAPITRE TROISIÈME
Chez les peuples constitutionnels, la gestion dans la commune et dans la province étant collective, les habitants sont dressés et appropriés sur place au régime du self-government ^ et il surgit dans leurs rangs, il se développe continuellement des influences régulières pouvant conseiller et guider. Chez nous, cette même gestion étant unitaire, nou^ sommes façonnés à la domination d'un homme ou d'un parti, et soumis à une sorte de niveau commun qui paralyse l'efi^ort personnel et ne laisse de crédit qu'aux fonctionnaires.
Chez les peuples constitutionnels, les couches nouvelles (1) trouvent tout de suite dans les cadres locaux à participer à l'autorité, s'y policent et s'y apaisent. Chez nous, ces cadres étant très-étroits et l'unité d'exécution les amoindrissant encore, elles se croient exclues et deviennent rebelles.
Chez les peuples constitutionnels, les pouvoirs de la commune et de la province étant électifs, souvent renouvelés, les séances des conseils étant publiques, l'attention, l'activité, l'ardeur du grand
(l) Comme notre population s'accroît très-lentement, que nos lois successorales partagent également les héritages , que notre sol est riche, que nos habitudes de travail et d'épargne sont générales, nous devons nécessairement voir s'élever chez nous, tous les jours^ des couches nouvelles (particuliers arrivés depuis peu à Taisance et voulant aussi arriver au pouvoir), fort nombreuses, plus nombreuses qu'il ne. s'en élève chez aucun autre peuple. Ce fait et ses conséquences politiques et sociales méritent de fixer beaucoup l'attention.
nombre se portent sur les affaires locales beaucoup plus que sur celles de l'État. Chez nous, le pouvoir délibérant étant seul électif dans le département et dans les communes importantes ; ce pouvoir n'étant renouvelé qu'à de rares intervalles, n'ayant qu'un rôle secondaire, effacé, nous sommes froids, presque indifférents pour les affaires locales, passionnés pour cfelles de l'Etat.
Chez les peuples constitutionnels, le mode de division du territoire ou la diversité d'organisation et de gestion qu'ont les agglomérations urbaines, les agglomérations rurales, la métropole permet à toutes les communes indistinctement de remplir leur office d'initiation et de préservation. Chez nous, l'uniformité de la législation et l'exiguïté de la plupart de nos agglomérations opposent un obstacle absolu au développement de la vie locale et privent notre appareil politique d'un de ses outils essentiels.
Chez les peuples constitutionnels, le gouvernement n'intervenant dans l'administration de la commune et de la province que pour sauvegarder l'intérêt général, la responsabilité des habitants, celle spécialement des classes propriétaires est sans cesse éveillée et entretenue. Chez nous, le gouvernement remédiant lui-même aux fautes des pouvoirs et des conseils locaux, nous nous sentons irresponsables, nous nous abstenons, nous abdiquons.