CHAPITRE TROISIÈME
Chez les peuples constitutionnels, Tesprit de dévouement et de solidarité, le civisme, le patriotisme naissent, s'animent, prennent corps au sein de la commune et du département, et à la faveur de leur libre gestion. Chez nous, ces qualités n'ont pas d'objet usuel et immédiat, pas d'occasion d'application à la portée de chacun.
Chez les peuples constitutionnels enfin, on obvie aux dangers du vote non-seulement par l'organisation générale et locale qui vient d'être résumée, mais encore par la représentation des droits du pouvoir établi, de la propriéta, des capacités, par la gratuité de beaucoup d'emplois, par l'éducation, , en sorte que l'autorité échoit à des mains intéressées et aptes à la bien exercer. Chez nous, aucune préparation n'est ménagée, aucun tempérament sérieux n'est apporté au suffrage universel ; la majorité des électeurs n'a pas et ne peut avoir conscience ni des difficultés, ni de la grandeur de son mandat.
Si le lecteur veut bien réfléchir quelques instants à ce court parallèle, il s'expliquera pourquoi les principaux peuples de l'Europe, même les plus divisés et les plus inexpérimentés comme les Italiens et les Autrichiens, s'accommodent pleinement du régime constitutionnel ; et il ne s'étonnera plus, il arrivera même à regarder comme logique et
naturel que notre pays au contraire subisse, tous les quinze ou vingt ans, une révolution, et qu'il ait, en moins d'un demi-siècle, tour à tour acclamé et détruit deux monarchies parlementaires, la seconde république et le second empire.
lEAPITRE IV.