‹ Les institutions communales de Rome sous la Papauté [microform]Chapitre 25 sur 191 · Voyez M. Curtius, Lib. VI, cap. I, p · texte numérisé non relu

Voyez M. Curtius, Lib. VI, cap. I, p

populace et elle y installa un conseil, sorte de junte révolutionnaire composée de plébéiens \ et auquel on donna néanmoins le nom de sénat ^

Le détail de ces graves événements n'est pas connu, car les chroniques, comme il a été dit, font presque entièrement défaut pour cette période 3. Ce qu'on sait seulement, c'est que le conseil établi au Capitole prit en main le gouvernement de la ville et supplanta entièrement le souve-

1. Les noms d'un grand nombre des membres de ce conseil, durant les premières années de son existence, ont été conservés; ce sont des noms de petites gens , aucun ne figure dans le nobiliaire romain. L'un des conseil ers est même qualifié de pictor. Cela ne veut pas dire qu'il fut artiste. La corporation des peintres à Rome s'est longtemps composée de décorateurs, d'ornemanistes, de feuillagistes.

2. La date de ce soulèvement a donné naissance à de longues controverses. Il semble pourtant qu'il dut avoir lieu soit vers la fin de 1 142 quelque temps après la terminaison de la guerre comre Tivoli, soit plus probablement au commencement de l'année suivante. Dans sa vie d'Innocent II, le cardinal d'Aragon dit que le pape mourut de chagrin peu de temps après la révolte des Romains. « Circa fincm vero sut Pontificatus Fopulus Romanus novitatis amator suh velamento utilitalis Reipublicx contra ipstus voluntatem in CapitoUum Senatum erexit. » (Muratori, R. liai Script^ t. IIIsp. 436). Or Innocent II mourut le 24 septembre 114;* (Magnum Bullarium , éd. de Turin). Otto de Freisingen confirme le dire du biographe Galletti, del Frimicerio, p. 308, rapporte un acte daté de 1148, ind. XII (23 décembre) et de l'an V Rencyvationis Sacri :>enatus, ce qui donne la même date que celle indiquée plus haut II est vrai que d'autres documents du même genre lui sont contradictoires Un acte de 1160 (cité par Galletti, p. 318) est daté de l'an XVI Restitutioms Senatus, ce qui placerait cette rénovation à l'année 1144' Un autre acte que l'on trouve dans Muratori, Antiq. Med., t. IV dise. 45, p. 35, chartula memoriaUs super conventionihus inter D Papam Ccelestinum et Senatum, anno 1191, anno XLHI senatus, implique la même date. Cf. Muratori, R. Italie. Script., t. VII, col. 598 et Antig

t. VI, dise. 72, col. 251.

3. Les faits qui accompagnèrent cette révolution sont discutés par Gregorovius; Reumont ; Curtius; Hegel; de Lannes, Histoire du Pontificat du pape Innocent H, Paris 1741; Jaffé, Phil. Reg. Rom. Pont Leipzik, 1886 ; Christophe, Histoire de la Papauté pendant le XiF^ siècle • Vendettini; Vitale. '

RoDOCANACHi. — Les institutions communales de Rome. »

rain pontife. Ce fut en vain que le pape Innocent II et ses successeurs luttèrent pour reconquérir le pouvoir; Lucius II périt même en montant à l'assaut du Capitole (15 février 1145)' et durant quelques années, le peuple resta complètement maître de la ville.

L'autorité de ses représentants, des membres du sénat était d'autant plus respectée et plus ardemment maintenue par lui, qu'il les considérait comme les antagonistes de ses ennemis, le Saint-Siège et les barons.

Le sénat exerçait conjointement le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, si l'on peut employer ce terme quand il ne s'agit que de la confection et du redressement de quelques règlements, de la modification de certaines parties des codes divers alors en vigueur à Rome. Nul ne songeait en ce moment à créer de toutes pièces une nouvelle constitution. Il s'agissait d'ailleurs beaucoup plus, à cette époque troublée, de gouverner que de légiférer.

Le pouvoir exécutif était confié à une sorte de comité composé tantôt de huit, tantôt de douze, tantôt même, mais rarement, de quatorze membres qu'on nommait Senatares conciliatores ou procuratores . Comme leur titre l'indique, ils avaient aussi la mission d'apaiser ou de trancher les différends entre les citoyens et de rendre la justice tant au civil qu'au criminel. Dans les actes officiels, ils appo-

I. Baronius, II4S, I; Fantuzzi, Scritt. Boîog., vol. V, p. 87. Le cardinal d'Aragon (Murât., Remm Italie. Scrip.y t. III', p. 456) a prétendu que le pape triompha du sénat : « Senatores qui contra proHlntionem prxdecessoris sui papœ Innocenta CapitoUum conscendere et magistratum sihi usurpare presumpserunt, et de Capitoîio descendere et Senatum abjurare coegit » Mais l'abbé Duchesne remarque : « Ceci ne peut guère être exact Les autres témoignages historiques parlent au contraire d'une défaite essuyée par le pape dans une tentative contre le Capitole. » {Liber pontificalis, t. II, p. 386.)

salent leurs signatures avant celles de leurs collègues ' . Conformément à la coutume italienne, les pouvoirs des conciliatores étant très grands, la durée en était très courte; elle variait entre deux mois et six mois, n'excédant jamais ce laps de temps.

Les autres sénateurs se réunissaient probablement à eux dans les délibérations mais n'exerçaient aucune fonction effective, aucune judicature.

D'une façon générale, le sénat avait accepté ou assumé la tâche de veiller à la tranquillité de la ville, à la sûreté et à l'entretien des routes qui y conduisaient, à l'approvisionnement des marchés, à la réparation des murailles, à l'organisation des milices.

Ainsi , le sénat avait la plupart des attributions' jusqu'alors réservées au préfet qui, lui aussi, rendait la justice, était chargé de faire la police, d'entretenir les monuments. Cependant sa magistraure ne fut abolie que quelques années plus tard, à l'instigation d'Arnaud de Brescia, et bientôt après rétablie. Les Romains se contentaient presque toujours de substituer une magistrature à une autre sans rien changer dans l'ensemble de l'administration ou bien, s'ils en instituaient de nouvelles, ils laissaient subsister les autres. Lors de la grande révolution que provoqua Cola di Rienzo, la charge de tribun fut créée pour lui et, sous ce titre, il exerça un pouvoir souverain, mais les autres officiers, les biwmwmini, les différents juges ne furent point pour cela supprimés. Le chancelier, le scribe du sénat, bien qu'il n'y eût plus de sénateurs, continuèrent

I . On en a un exemple dans la convention passée entre le peuple romain et le pape Clément III et dont il est parlé ci-après, p. 42.

d'exercer leurs fonctions. Cette façon de procéder explique bien des contradictions apparentes dans l'organisation municipale de Rome, la coexistence de magistratures qui semblent s'exclure.

Le sénat se renouvelait tous les ans. De quelle façon ? On ne le sait pas exactement. Il y a lieu de* croire que le peuple assemblé vers la fin de l'année ' en parlement, désignait, par acclamations, ses représentants. Ce qui nous incline à cette hypothèse, c'est que, dans les corporations ouvrières les plus anciennes, celle des merciers entre autres, on procédait de la sorte.

Le nombre des conseillers fut primitivement de cinquantesix \ soit quatre conseillers élus par chaque quartier, car la viîle se composait de quatorze quartiers lorsqu'on y comprenait le Transtévère et la cité léonine. Le plus souvent, cependant, ces deux faubourgs n'étaient pas considérés comme faisant partie de la cité romaine; ils formaient comme une ville distincte ayant des privilèges particuliers et relevant plus directement du Saint-Siège. La preuve en est que, dans le serment que prêtaient, au moment de leur entrée en fonctions, les sénateurs, ils s'engageaient à défendre : Urbem romanam et civitatem leoninam. En conséquence de quoi, les habitants de la rive droite du Tibre étaient exclus, comme étrangers, de certaines charges, ainsi qu'on le verra plus loin. Rome comptait donc, en général, treize quartiers, regiones, et le chiffre treize sert de base à toute l'organisation municipale. Il y avait treize ou vingt-

1. Voyez plus loin, p. 41, note 2, le passage où il est dit : « novi senatores qui cal. sept, ad giibernaudam Urbem esseiit admovendi. »

2. C'est par erreur que Hegel, p. 555, se fondant sur un document extrait des Momim. germ. VII, p. 480, Ann. Rom., fixe ce chiffre à vingt-cinq. Cela n'advint que plus tard ; voyez note ci-contre.

six buonuomini, treize grascieri, treize gabellieri, treize notaires, treize consuls des arts (du moins au commencement), toujours des séries de treize officiers \ Le chiffre de cinquante-six conseillers adopté au début est donc exceptionnel. Celui de cinquante-deux, de vingt-six, voire de cent quatre se rencontre ensuite plus fréquemment. Rien ne fut d'ailleurs plus variable que la composition du sénat, au point de vue numérique.

Presque au lendemain du jour où il fut formé, en 1145, on ne trouve qu'un seul sénateur, Giordano Pierleone, auquel les Romains confièrent une sorte de dictature afin qu'il dirigeât la résistance contre le pape et les nobles coalisés. C'est de sa magistrature que l'on fit, plus tard, commencer l'ère sénatoriale. En 11 93, il n'y a de nouveau qu'un seul sénateur, Carushomo, qui promulgua l'un des premiers statuts partiels dont Rome ait été dotée \ Après lui, un autre sénateur, Giovanni Capuche ou Capocio, gouverna encore seul la ville durant deux années (1195-1196.)

Entre temps, pour les années 1157, iiéo, 1163, 11^4, 1186, un assez grand nombre de sénateurs siégèrent simultanément et leurs noms sont connus 5. Pendant les hostilités qui précédèrent la chute de Tivoli, en 1191, le sénat comptait vingt-cinq membres 4.

Afin de bien marquer son autorité, le sénat fit frapper des monnaies; les premières représentent d'un côté saint Pierre auréolé et tenant de la main droite les clefs, avec

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