‹ Les institutions communales de Rome sous la Papauté [microform]Chapitre 59 sur 191 · DE · texte numérisé non relu

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L'organisation municipale de Rome, contenue dans les statuts de 1363, est essentiellement démocratique. Des trois classes qui composaient alors la population romaine, noblesse, gentilhommerie, plèbe, la première est tout à fait exclue de la gestion des affaires publiques, la deuxième n'y peut prendre qu'une part restreinte, la troisième est, en dernière analyse, la source de toute autorité. Quoique le système électoral soit très complexe et surchargé de garanties, il n'en assure pas moins la prééminence à l'élément populaire. Le sénateur lui-même est maintenant désigné par le peuple. Chose digne de remarque, les statuts ne font pas une seule fois mention du pape, je ne dis pas comme maître de la ville mais même comme suzerain !

Les magistrats et les officiers qui formaient le corps administratif étaient divisés en deux catégories : ceux que les électeurs nommaient directement et qui avaient pour chefs les conservateurs; ils devaient tous être Romains; ceux que le sénateur avait le droit de choisir à Rome ou d'amener avec lui et qui devaient tous être étrangers. En dehors de ces deux catégories, se trouvaient quelques fonctionnaires, mais en petit nombre, élus à vie, par le pape peut-être, et les deux chefs des milices, les banderesL,

secondés de leurs quatre prévôts dont on les trouve toujours invariablement accompagnés.

Les trois conservateurs étaient la pierre angulaire de la hiérarchie administrative '. A en croire Curtius et Vendettini, comme il a été dit plus haut, des magistrats de ce nom auraient existé dès 13 il, mais bien évidemment il s'agit d'officiers spéciaux préposés à la garde du trésor public, d'où leur nom ^. Le rôle des conservateurs paraît, en tout cas, avoir été bien effacé dans l'ancienne organisation municipale , et les chror. niques ne font jamais mention d'eux. Après la réforme, il en fut tout autrement. Si, au point de vue décoratif, le sénateur resta le représentant de la ville, en fait, les conservateurs acquirent un pouvoir au moins égal au sien.

Ils continuèrent à être les dépositaires du trésor public enfermé dans le palais du Capitole; de plus, la garde de ce palais leur fut confiée avec tout ce qu'il renfermait y compris les prisonniers'. Le massier, massarius, qu'ils nommaient

1. Il est toujours question de trois conservateurs dans les statuts, si ce n'est à l'art, ci du livre III où il est dit : « Mandata domini senatoris ac duortim conservatorum qui erunt per tempora. »

2. Vendettini, p. 272, cite le document suivant tiré de VArchivio Urbano : « In Dei nomine, amen. An 1311, Fendit io Officii gàbellx Ripx

Jactaper populum Romanumpro restauratione Pontis S. Marix Nob. Vir D. Liicius Calelimis de regione Parionis^ Pnccius Laiirentii Guidonis de regione Ripx, et Cincius Jo. Carvi de Regione Transtyberim Conservatores Ca, Urbis... 8 Maii 131 1. » L'origine du titre de conservateur semble des ^jIus lointaines. En 308, en effet, l'empereur Maximien II fit frapper des médailles où il se qualifiait : a Conservator Urbis sux ». Avec le grand amour que les Romains du moyen âge avaient pour les formules sonores et les traditions antiques, il se peut qu'ils se soient plu à faire revivre ce titre.

3. Les statuts spécifient que le sénateur et ses officiers n'auront rien à voir dans la garde des prisonniers.

comme surveillant ne devait rien laisser entrer ou sortir sans leur autorisation. Le trésorier communal était tenu de leur rendre compte de sa gestion tous les deux mois (art. cxvii. De uno deputando per dom, conservatores et art. cvi. De cancellaria et ejus custodia'). Ils avaient la mission de veiller au bon fonctionnement de la fontaine de Trevi, la plus importante alors de Rome, et devaient empêcher les riverains de souiller l'eau qui l'alimentait. Dans cette inspection qu'ils étaient tenus de faire chaque mois, les conservateurs étaient accompagnés des banderesi et de leurs quatre prévôts (art. xiv. De juramento Camerani Urbis -^ art. cxxvii, Qtwd dom. conservatores teneantur semel in

mense,,.y

Les conservateurs avaient le droit d'imposer et de faire percevoir par leurs propres officiers, des amendes s'élevant jusqu'à la somme de vingt-cinq livres (art. xxxviii. De pœnis imponendis per dom, conservatores).

Lorsqu'une ambassade venait à Rome, c'était aux conservateurs qu'incombait le soin de la recevoir, conjointement avec le sénateur. On leur allouait, dans ce cas, pour frais de représentation, cinq florins (art. vu. De conservatorihus camerx Urbis et ejus {eorum) officio).

Dans l'élection du sénateur, leur rôle, comme on le verra, avait une importance capitale.

S'il survenait une vacance dans la magistrature sénatoriale, les conservateurs étaient appelés successivement à exercer cette charge, jusqu'à ce que le nouveau sénateur

I . Sauf indication contraire les articles cités appartiennent tous au livre troisième. On trouvera à la fin de ce volume un tableau comparatif des articles des statuts de 1369, 1469, 1523, 1580, relatifs à l'organisation communale.

^ Il

fût entré en fonctions. Le fait se présenta peu après la rédaction des statuts, en 1369 ' (art. vi, Devacaiiom officii

senatoris).

Non seulement les conservateurs partageaient le pouvoir avec le sénateur, mais ils étaient, en quelque sorte, ses surveillants, ses censeurs. Soit directement, soit indirectement par rintermédiaire d'officiers qui dépendaient d'eux, ils devaient réformer ses jugements, corriger ses actes, annuler ses décisions s'ils les estimaient contraires à l'intérêt de leurs concitoyens. Le sénateur ne pouvait consentir ni même renouveler de bail pas plus que s'éloigner de la ville sans l'autorisation expresse des conservateurs ^ (art. xci, Quodnulîa reaffidatio... et art. i. De salario senatoris).

Les conservateurs ne recevaient aucun salaire, mais ils avaient droit à quatre livres par jour pour leurs dépenses et pour l'entretien de leur personnel, cuisiniers, marmitons, valets. S'ils remplaçaient le sénateur, on leur donnait deux florins par jour (art. vu. De conservatoribus). Les marchands de poissons étaient tenus de leur remettre les têtes de tous les poissons dont la longueur dépassait une certaine mesure 5. (Liv. III, art. cxlvi. De portione piscium danda Caméra Urbis et assignanda conservatoribus'). Ces têtes servaient sans doute à faire de l'huile.

Les conservateurs devaient être Romains, et il fallait que deux d'entre eux fussent tirés du peuple, le troisième de la classe des gentilshommes.

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