‹ Les institutions communales de Rome sous la Papauté [microform]Chapitre 6 sur 191 · Diehl, Études sur V administration byzantine · texte numérisé non relu

Diehl, Études sur V administration byzantine

le pouvoir métropolitain chargeait, de temps à autre, des legati, sorte de missi dominici dont la venue était toujours une cause de consternation, d'aller y faire sentir sa suzeraineté '. Il existait aussi des officiers commis, à ce qu'il semble, par le gouvernement de Byzance, pour veiller à la conservation des palais impériaux et pour les défendre contre les destructions dont ils commençaient à être l'objet de la part des Romains. Peut-être leur rôle ne se bornait-il pas là car c'étaient de fort grands personnages, et exerçaient-ils une magistrature plus active *.

Le rôle du sénat est malaisé à établir. Toute ingérence dans les affaires d'un intérêt général lui avait été enlevée, semble-t-il, sinon officiellement du moins effectivement. Ce n'était plus qu'une manière de conseil municipal orné d'un nom pompeux. Les institutions qui ont un grand passé historique, se survivent longtemps à elles-mêmes. La pérennité du sénat de Rome, comme on le verra de plus en plus par la suite, est un remarquable exemple de cet attachement des hommes aux noms beaucoup plus qu'aux réalités. A travers les métamorphoses les plus diverses, il demeura durant tout le moyen âge la pierre angulaire de l'organisation municipale de Rome.

Théodoric qui avait, par politique et peut-être aussi par

1. n...Htc qui quasi cornes privatorum dici vult^ venisse et milita contra omnes agere. » Ep. 26. XI. « Cornes rerum privatorum » dans Cod. Theod.y 6, 30, 1. Voir Grossi-Gondi, / Comités deirepocaromana^ Spolèie, 1897.

2. Grég., Ep. 49, XII, où il est parlé de « diversa officia pahtii Urbis Romx. » M. DiEHL, op. cit., p. 131, rapporte l'épitaphe singulièrement intéressante d'un de ces conservateurs des palais impériaux, grand personnage venu de Constantinople et qui avait commandé sur terre et sur mer.

Cîaruit insignis regno gratusque minister Celebremque sua prœstitit esse manu.

penchant naturel, un grand respect des choses de l'antiquité, restaura la puissance du sénat avec autant de sollicitude qu'il en mettait à entretenir les nombreux monuments qui étaient, encore à cette époque, la parure de Rome. Non qu'il lui permît d'intervenir dans la politique générale, les sénateurs n'ambitionnaient même plus ce droit, mais il étendit sensiblement sa compétence en ce qui concernait la juridiction criminelle et les affaires municipales. La police lui fut rendue ainsi que la surveillance et l'organisation des jeux ; il eut la direction des écoles, l'entretien des murailles; le roi le chargea, en outre, de contrôler les dépenses municipales et même les finances des diverses corporations ouvrières. Enfin, ce fut au greffe du sénat qu'on dut aller enregistrer les actes conclus entre particuliers.

Au cours d'une émeute, la synagogue ayant été pillée, le sénat fut chargé de découvrir et de châtier les coupables. Bien plus, le sénat avait la mission singulièrement délicate de décerner l'immortalité aux grands hommes du jour; de lui, en effet, dépendait l'érection des statues.

Théodoric se montra toujours plein de déférence envers cette assemblée qui tremblait devant lui. Voulait-il y faire admettre une de ses créatures, un officier de son armée, il en sollicitait l'autorisation en termes pleins de respect, reconnaissant ainsi au sénat un certain droit de cooptation que lui avaient généralement dénié les empereurs romains. Dans des lettres pompeuses qui nous ont été conservées, il célébrait avec emphase la gloire passée et l'importance actuelle du sénat. Il se plaisait même parfois à lui faire jouer un rôle politique. Un magistrat nommé Arnaudo, préfet d'une province éloignée, fut traduit à sa barre sous l'accusation de lèse-majesté. Les marais pontins allaient

être asséchés, Théodoric demanda au sénat de fixer les limites des territoires à recouvrer '. Un peu plus tard, le sénat frappa des monnaies dont un type est décrit par Ludewig; il porte d'un côté en exergue le nom d'Atalaricus, petit-fils de Théodoric; de l'autre les mots : Invicta Roma S. C, devise un peu présomptueuse, ce semble, après que les barbares en avaient tant de fois franchi les murs ^.

Théodoric fit jouer au sénat un rôle plus important encore lorsqu'il envoya une délégation prise dans son sein, solliciter pour lui, de l'empereur Zenon, la pourpre impériale (490). Sans doute qu'il eut alors la pensée d'en faire un instrument de règne. Le sénat renfermait l'élite de la noblesse; en se l'attachant, il espérait en tirer un concours financier et moral dont il avait grand besoin pour résister en même temps aux menées de la cour byzantine, aux intrigues du clergé orthodoxe que son arianisme inquiétait et aux exigences de ses sujets goths qui lui reprochaient son excessive bienveillance envers les vaincus.

Son attente fut trompée. La noblesse resta inconciliable. Théodoric se vengea sur le sénat en en faisant périr le chef, le « prince du sénat », Boèce et son beau-père Symmaque. Le sénat qu'il avait imprudemment raffermi, n'en persista pas moins dans son attitude et devint le centre de l'opposirion. Théodoric mort, ses successeurs, mal soutenus par leurs propres sujets, en butte à l'animadversion religieuse des Italiens, virent leur autorité décroître de jour en jour

1. « Semtui Urbis Romx Theodoricus Rex... Ut ad loca ipsa dfctnnovi duos ex vestro corpore dirigatis quitus arhitrantihus quantum spatii restagnandis aquz incursibus paludestris illuvies occupavit, fixis terminis adnotetur. » Cassiodore, Variar., liv. II, 22 et liv. su\\, passim. Éd. Migne,

vol. LXIX.

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