In Vita Justiniani, p
et le sénat parut un moment l'arbitre de la situation. A la mort du pape Félix IV (526), un schisme éclata; le sénat prend parti, publie un sénatus-consulte et ose menacer les clercs dissidents de lourdes amendes. C'est son candidat qui l'emporte. Athalaric, en prenant le pouvoir, prête serment devant lui. Ainsi, au point de vue politique comme au point de vue religieux, le sénat dictait et faisait respecter
ses volontés ^ .
Lorsque Bélisaire vint en Italie renverser l'empire des Goths, il n'eut pas d'allié plus fidèle que le sénat. Ce fut en vain que Vitigès lui rappela, dans un très noble langage, les faveurs dont Théodoric l'avait comblé.
Cependant le sénat semble n'avoir pas souhaité le triomphe complet des armes byzantines ; il sentait très bien que c'en était fait de sa puissance si le gouvernement des empereurs grecs et leur étroite administration s'implantaient dans le pays, et l'événement lui donna raison. Il faut dire aussi que plus d'un des pères conscrits n'était pas sans avoir des raisons de redouter une enquête trop approfondie sur sa conduite. La noble assemblée écrivit donc à Bélisaire une lettre étrange, flatteuse jusqu'à la bassesse, pour le supplier de borner ses conquêtes : « Illustre triomphateur, y est-il dit, ne te laisse point emporter par ta colère ; la plainte universelle qui monte vers toi sera plus puissante que le sentiment de vengeance dont ton cœur est troublé et qu'a provoqué peut-être quelque acte d'ingratitude. Ecoute la voix de Rome qui te parie par la bouche de ses sénateurs. »
I . Voyez, sur tout ce qui précède, outre Gregorovius, de Reu- MONT, CuRTius, Vendettini, Vitai.e, Galletti, del Primicerio et tous les historiens de l'institution sénatoriale à Rome, l'étude très nourrie de Ch. Lécrivain, intitulée : Le Sénat romain depuis DiocUtien (Paris, 1888).
Suit une longue prosopopée dans laquelle la ville éternelle se faisait humble et suppliante devant le général byzantin '. Cette lettre déprécative fut peut-être un des derniers actes politiques de l'antique assemblée; elle montre bien quelle était l'humeur des sénateurs de ce temps ; ce n'est pas du même ton que parlaient les contemporains de Scipion. Un chroniqueur contemporain pouvait dire : « Le consul Bélisaire a été reçu à Rome (car il y vint nonobstant les supplications du sénat) par ce peuple qui portait jadis le nom de Romain, ab illo populo quondam Romano, et par ce sénat qui, lui aussi, n'est plus digne ni de son nom ni de sa gloire^». Aussi, quand Totila, un moment vainqueur, rentra à Rome, ce fut avec le plus hautain mépris qu'il traita le sénat. Il lui rappela que, s'il existait encore, il le devait aux rois goths ses prédécesseurs et, comme Pelage le suppliait de pardonner, il répondit que pour prouver sa générosité, il traiterait le sénat, non pas selon ses mérites, mais avec pitié (544) 3.
L'autorité morale du sénat était irrémédiablement détruite; son existence même fut anéantie à peu de temps de là.
Lorsque Narsès, cet émule singulier de Bélisaire et le continuateur de son œuvre, eut rejeté loin de Rome les dernières bandes de guerriers goths et tué leur roi Totila, les vaincus se vengèrent de leur défaite sur les sénateurs qu'ils avaient entraînés avec eux en en massacrant un grand nombre. Leurs enfants, que le roi avait gardés auprès de lui