‹ Les institutions d'AthènesChapitre 10 sur 335 · CHAPITRE I H · texte numérisé non relu

CHAPITRE I H

les hommes d'affaires, à des peuples inexpérimentés, peu confiants en eux-mêmes, et cherchant leur voie.

C'est ainsi qu'ils creusèrent le sol et en arrachèrent les minerais précieux à peine soupçonnés avant leur arrivée, ou grossièrement extraits.

L'objet le plus recherché , parmi leurs marchandises, était la pourpre extraite d'un coquillage qu'ils trouvaient en abondance dans la mer de Tyr, et qu'une attention plus industrieuse aurait fait découvrir dans les profondes baies de la Laconie et de l'Argolide, aussi bien que dans l'étroit canal qui sépare la Béotie de l'Eubée.

Le contact avec les Phéniciens, l'intérêt qu'il y avait h ne pas se laisser tromper ou dominer, furent pour les Hellènes la cause de grands progrès. Ils n'aimaient pas ces étrangers, avides, peu sûrs, et dont l'intérêt mercantile n'imposait pas toujours silence à l'orgueil, mais ils ne pouvaient méconnaître tout ce qu'apportait leur établissement sur des côtes où ils ne dépossédaient personne. A leur exemple, ils osèrent s'éloigner de leurs rivages, aborder dans les pays voisins, s'y fixer, et tenter enfin de grandes expéditions, non plus pour courir à des aventures hasardeuses, mais pour échanger les produits du sol et de l'industrie ; non plus pour provoquer l'étonnement ou redresser des torts, mais pour amasser des richesses.

Ils purent même concevoir l'ambition de se substituer à eux dans les contrées où, à leur suite, ils portèrent leurs marchandises.

Les premiers, les plus audacieux, furent les Grecs

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de l'Asie-iVfineure, alliés ou rivaux des Phéniciens. Ceux d'Europe ne tardèrent pas à les suivre. L'émulation surexcita leurs efforts, et, comme navigateurs et commerçants, ils allèrent jusque sur les côtes de la Basse-Egypte, faire connaître un nom qu'attendaient des destinées plus hautes.

Les relations entre l'Asie occidentale et la Grèce furent de bonne heure actives et nombreuses. Casaubon (1) dit que les Grecs étaient en Asie dès les temps de Troie. « Nous montrerons, ajoute-t-il, que les Grecs ignoraient leur origine, lorsqu'ils disaient que les Ioniens asiatiques avaient été établis par les Européens. Au contraire, les plus anciens de tous les Grecs furent les Ioniens asiatiques de la race de Javan. »

Le prophète Joël, qui vivait vers 870, décrit les malheurs du peuple de Juda et des fils de Jérusalem, que les villes de Tyr et de Sidon ont vendus aux Javanim « pour les éloigner de leurs frontières (2). » Javanim et Ioniens n'est-ce pas le même nom ? Les étrangers auraient donc employé pour l'ensemble de la nation, une désignation dont Homère, qui vivait presque à la même époque, ne s'est pas servi.

Les Phéniciens ne descendirent pas seuls en Grèce. Les légendes nomment d'autres peuples, et il faut tenir compte de leurs indications, parce qu'elles renferment toujours, sinon la vérité entière, du moins quelques renseignements qui la font soupçonner.

Pour que les légendes se soient perpétuées dans

(1) Diatribe in Dionem Chrysostomum, II, p. 465.

(2) Joël, III, 6. Le texte de la Vulgate porte « grcecorum, » qui est la traduction du mot hébreu Javanim.

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