‹ Les institutions d'AthènesChapitre 11 sur 335 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

un peuple qui se disait avec orgueil autochthone, et qui, par conséquent, aurait rougi de n'être que le successeur d'un autre , ou d'avoir été fortement pénétré par lui, il faut bien que ces établissements étrangers aient été incontestables.

Sans doute, les peuples aiment l'extraordinaire, et ce qui leur vient du dehors et de loin a le privilège de leur paraître précieux; mais les populations primitives de la Grèce avaient des motifs particuliers pour accueillir favorablement ces étrangers. Ils leur apportaient des dieux, ce qui était une richesse; ils prenaient leur stipérflu et leur fournissaient le nécessaire; ils maintenaient la tradition d'une antique parenté, et en augmentant la population dans des contrées où elle fut longtemps restreinte, ils contribuaient à la prospérité intérieure et à l'expansion au dehors.

A. Après les Phéniciens, ou en même temps qu'eux, les Égyptiens auraient paru en Grèce. Ce n'est pas impossible, car les navigateurs Égyptiens allèrent de bonne heure au loin. Il semble cependant établi que les relations entre ces deux contrées, qui furent certainement très actives, sont d'une époque de beaucoup postérieure. On ne les fait pas remonter au delà du vu® siècle avant notre ère, et elles n'amenèrent rien de semblable aux établissements primitifs. 11 y eut échange de marchandises et d'idées, mais nullement occupation. Les Égyptiens pouvaient s'éloigner momentanément de leurs pays pour un intérêt personnel ou général. Ils y revenaient fidèlement et ils furent rarement colonisateurs.

Ces colonies furent d'ailleurs des établissements commerciaux avec lesquels la mère-patrie était en constante communication. Des colonies d'Inachos, de Phoronée, de Cécrops, de Cadmos, de Danaos eurent ce caractère. Les Égyptiens dont les observations remonteraient à 3285 ans avant Jésus-Christ (1) avaient pu tout perfectionner grâce à leur grand âge.

La Grèce alla vers ceux qui, de bonne heure, étaient venus sur ses rivages. Les Phénicens l'avaient entraînée jusque dans la Basse-Egypte. Les Dardaniens, les Lyciens, les Tyrrhènes, les Achéens visitaient l'Egypte sousRhamsès ^^(2) Rhamsès II et Rhamsès IIL Ménélas avait emporté, après le siège de Troie de grandes richesses de l'Egypte, et les découvertes nouvelles sigualent des fresques représentant des captifs grecs qui, sous Rhamsès III, traduisent les chants de VOdyssée (3).

Avec les Phéniciens, que la légende nous montre dans les époques les plus lointaines, avant les Égyptiens, dont l'esprit était moins aventureux, les Grecs d'Asie vinrent sur les côtes européennes. Ils allaient vers des frères et retrouvaient sur ces rivages une nouvelle patrie. Les troubles qui, pour tous les

(t) Académie des Sciences, 30 juin 1834.

(2) xve ou xviie siècle avant J.-C.

(3) Ces fresques sont postérieures à Rhamsès III, dont le règne, d'après M. Biot [Mémoires de l'Académie des Sciences), devrait être reporté aux premières années du xm^ siècle avant J.-C. Quoique dégagée des exagérations longtemps acceptées, la chronologie égyptienne est encore bien incertaine. D'après les travaux de Ph. Buttmann, de Creuzer, de Iliilmann, de C. G. Haupt, de Gibert {Acad. des inscriptions, t. XV), de Heine, de Ritter, de Raoul Rochette, de Schoell, l'histoire des colonies égyptiennes en Grèce, serait une fiction des historiens.

Page 1