CHAPITRE IV
La prise de possession de Mégare par les Athéniens avait provoqué une ligue de Corinthe, d'Égine et d'Épidaure. Il y avait une vieille querelle et une haine toujours nouvelle entre Égine et Athènes. Elles avaient, l'une et l'autre, conservé leurs ressentiments même au moment oi\ la Perse menaçait tous les peuples et toutes les cités de la Grèce. Athènes assiégea Égine qui résista neuf mois, fut démantelée et dut payer un tribut (455).
Pendant le siège, Artaxerxès provoquait une invasion de l'Attique par les Péloponésiens que soutinrent les Eupatrides. Les Spartiates arrivèrent presque sur les frontières, et furent vainqueurs à Tanagra malgré le courage des Athéniens et grâce à la trahison des Thessaliens, leurs alliés. Cette victoire fut stérile pour eux, tandis que la défaite des Béotiens à CEnophyta étendit et assura sur toute la Grèce centrale l'influence d'Athènes.
En 455, Gythion, le port de Sparte, fut brûlé, et les Messéniens, obligés de quitter le Péloponèse, trouvèrent un accueil empressé en Attique. Ils purent s'établir à Naupacte, à l'entrée du golfe de Corinthe, en face de l'Achaïe et sous la protection d'Athènes. Mais l'expédition d'Egypte eut une fin désastreuse, la guerre en Thessalie et en Acarnanie échoua; et Cimon, rappelé, essaya de ramener la fortune. Il n'y réussit pas; tous ceux qui avaient pris part à une guerre qui ne pouvait profiter à personne étaient fatigués, et on put conclure en 452 une trêve de cinq ans.
Plutarque attribue le traité qui fut signé trois ans après, et qui mit fin aux guerres entre la Perse et la
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Grèce, aux avantages remportés sur terre etsurmer par Gimon. « Ces grands exploits, dil-il (1), rabaissèrent si fort l'orgueil du roi, qu'il conclut ce traité de paix si célèbre, par lequel il s'engageait à tenir ses armées de terre éloignées des mers de la Grèce de la course d'un cheval, et de ne jamais naviguer entre les îles Ghélidoniennes et les roches Gyanées (2). »
Qu'un traité spécial ait stipulé cette condition, qui dut être aussi dure pour les droits et les prétentions de la Perse, que glorieuse pour la Grèce qui l'avait imposée, ou que le grand roi ait pris cette résolution sans y avoir été contraint par une convention écrite, cela importe peu. Les Grecs pouvaient vouloir ménager jusqu'au bout l'amourpropre d'un roi puissant, mais le résultat reste acquis. Plutarque affirme l'existence de ce traité dont Cratère a donné le texte dans son recueil de décrets. Il dit que Callias reçut de grands honneurs pour en avoir fait signer la ratification au grand roi (3).
On l'a nié, mais il n'est pas possible de méconnaître que la situation se trouva complètement changée. Le terrible duel entre l'Asie et l'Europe était terminé, et une poignée de vaillants citoyens avait repoussé ou anéanti les multitudes qui semblaient devoir faire tout plier devant elles.
(1) Cimon, 18.
(2) Les îles Chélidoniennes ou des tortues sont situées au sud-est de la Lycie. Les roches Cyanées ou lies Symplégades sont deux écueils placés à l'entrée du Bosphore de Thrace. Toute la mer Egée et la Propontide étaient donc interdites à la marine des Perses.
(3) Voir Cmo/i, 19.