CHAPITRE IV
i. C'est l'apogée de la puissance d'Athènes dans la Grèce délivrée et fière de ses succès. La confédération faisait l'unité que la nature avait refusée à ces peuples dont Torigine était commune et le génie différent. Au dehors, son empire était aussi assuré qu'étendu. Ses citoyens aimaient à l'entendre répéter, et les applaudissements ne manquèrent certainement pas à Aristophane quand il fit dire par Bdélycléon (1) au peuple : « Tu règnes sur une foule de villes, depuis le Pont jusqu'à la Sardaigne.... Mille villes nous paient le tribut (2). Que l'on enjoigne à chacune d'entretenir vingt citoyens, vingt mille hommes seront dans les délices ; ils auront en abondance du lièvre, des couronnes, du lait le plus doux, enfin tous les biens que méritent notre patrie et les vainqueurs de Marathon. »
Mais l'éloignement du danger et l'enivrement de la victoire eurent de douloureuses conséquences. On resta en relations avec l'ennemi vaincu, et, si l'on ne redouta plus ses armes, on ne se crut pas souillé par son or. Cet or, habilement distribué, créa ou développa les rivalités de ville à ville, entretint les antagonismes séculaires, et jeta l'un contre l'autre ceux dont l'alliance sincère et durable aurait assuré les destinées de la patrie commune. L'union de toutes les volontés, — car les défections volontaires ne furent pas nombreuses, et celle des villes Ioniennes était forcée, — avait sauvé l'indépendance; la lutte armée épuisa les forces, tua le patriotisme, et, après avoir
(1) Guêpes.
(î) Ce nombre est pris par quelques commentateurs d'une manière indéterminée. Mais le calcul qui suit semble lui donner sa valeur réelle.
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rendu la Grèce impuissante, la mit dans la main de la Macédoine et l'assujettit à Rome.
Le traité avec la Perse était à peine conclu, que les guerres partielles, suspendues par la guerre générale, recommençaient avec fureur. Sparte et Athènes se combattaient pour les villes qui leur étaient dévouées. En 445, à la suite d'hostilités entre les Delphiens, amis de Sparte, et les Phocidiens, alliés d'Athènes, le roi Plistoanax vint ravager les environs d'Eleusis. Périclès corrompit son prodicos Gléandride (1), ce qui les fit poursuivre et condamner l'un et l'autre à Sparte. Athènes ne demanda pas compte à Périclès des sommes qu'il avait dépensées a par nécessité. » Les dix talents qu'il avait employés pour la plus grande utilité de la patrie, restèrent inscrits annuellement, et on essaya de faire, par ces générosités secrètes, contrepoids à l'or de la Perse.
Une trêve fut conclue en AAo entre Sparte et Athènes. Elle devait durer trente ans. On en attribue l'honneur à la faction aristocratique, et à Périclès qui était déjà le chef de la démocratie. On y avait intérêt des deux côtés. Elle fut rompue avant le terme, mais Périclès profita de la liberté et de la sécurité qui en résultèrent, pour étendre el consolider la grandeur d'Athènes.
Ce fut le but constant de sa vie. Il voulait y arriver en rendant Athènes digne, à tous les points de vue, d'occuper cette haute situation au milieu d'un peuple capable des plus grandes choses, mais capricieux et exigeant. Il y déploya de rares qualités, de constants
(1) C'était le tuteur du jeune roi. (Voir Plutarque, Lycurgue, 3.)