‹ Les institutions d'AthènesChapitre 103 sur 335 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

faisaient la force extérieure d'Athènes. Son génie souple pouvait se plier à la condescendance et se permettre les plus extrêmes rigueurs. Il attachait ainsi par l'attrait de relations sûres, par des avantages multipliés, et contenait ou ramenait par une terreur salutaire.

L'assemblée de Délos était le lien entre des alliés qui, maîtres d'eux-mêmes, obéissaient, suivant leurs traditions et les circonstances, à l'aristocratie ou à la démocratie. Athènes eut, ou crut avoir intérêt à éloigner, et puis à supprimer ces réunions qui avaient plusieurs fois rendu des services. Les alliés espérèrent y gagner plus de liberté, sans rien perdre de leur sécurité. Mais Athènes devint la gardienne du trésor public que le dieu de Délos parut céder sans trop de peine à Athéna, et le jugement des affaires fédérales fut soumis à ses tribunaux. Ces deux avantages étaient le signe et la preuve de son hégémonie.

Athènes se montra d'abord modérée, et renvoya à d'autres villes le jugement de certaines affaires, puis elle les retint toutes, et vit, dans cette affluence constante dans ses murs de peuples divers , une preuve de sa prépondérance.

Elle ne tarda pas à se montrer plus exigeante. Samos était en guerre avec Milet. Athènes lui enjoignit de suspendre les hostilités et de soumettre l'affaire à un de ses tribunaux. Après un refus offensant, Périclès s'empara de Samos, y établit la démocratie, prit des otages et imposa une contribution de vingt talents.

Des fugitifs, aidés parle satrape de Sardes, reprirent

Samos, renversèrent le gouvernement, livrèrent aux Perses la garnison athénienne et provoquèrent une guerre générale contre la ville dont le joug pouvait, sous l'empire des circonstances, devenir pesant (440). L'obéissance est toujours pénible et les peuples ne s'y prêtent pas plus facilement que les hommes. On a toujours des griefs contre ses maîtres, et il semble qu'un changement amènera un allégement des charges. Sans doute, Athènes exigea rigoureusement les tributs (1), mais comment aurait-elle pu, sans ce secours, accomplir ses devoirs de protection générale? Sans doute, elle obéit à cette Lendance qui nous fait trouver ce que nous avons préférable à ce qu'ont les autres, et après 457, elle contraignit, à la suite de la bataille d'CEnophyrte, les Thébains à subir une constitution démocratique , mais elle ne faisait que détruire l'œuvre de Sparte, qui, après la victoire de Tanagra, avait établi un gouvernement oligarchique.

Athènes, pour étouffer l'insurrection en son berceau, envoya soixante galères dont une partie surveilla la flotte phénicienne appelée au secours, et l'autre battit celle de Samos. Mais en l'absence de Périclès, les vaisseaux qui faisaient le siège de Samos subirent une défaite cruelle. Son retour rétablit la fortune. Samos fut prise après neuf mois de siège. ¥^\e dut détruire ses murs et livrer sa flotte.

3. La guerre avait été sans pitié, mais Athènes usa modérément de la victoire. Elle se .sentait sur-

\ veillée par de redoutables ennemis. Ses alliés lui

i\\) Thucydide, I, 99.

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