CHAPITRE IV
étaient restés fidèles, mais les Perses et les Spartiates attendaient une occasion que leur auraient offerte des échecs sérieux. Elle s'efforça, sous l'influence de Périclès, d'étendre son autorité de puissance prépondérante et d'assurer son action de métropole sur le continent et dans les îles, en créant des colonies nouvelles ou en augmentant les anciennes. Ces relations lui valaient mieux qu'une domination directe sur des contrées qui lui auraient apporté plus d'embarras et de dangers que d'avantages.
Elle avait une flotte nombreuse et des chantiers d'où sortaient tous les jours des vaisseaux neufs ou réparés, une armée dans laquelle se confondaient les citoyens et les métèques, dont les hoplites faisaient la force principale, et à laquelle les jeunes gens, les archers et une cavalerie bien dressée donnaient un solide appui ; et, pour entretenir la guerre, les produits des domaines, les amendes, les confiscations, les impôts à l'entrée et à la sortie des marchandises, les taxes sur les étrangers, les tributs des alliés, les liturgies.
Ces forces ne devaient pas servir, dans la pensée de Périclès, à une guerre de conquêtes. Elles suffisaient à maintenir ce que la valeur des soldats, la sagesse de sa politique et les circonstances avaient donné à Athènes. Il développa l'esprit démocratique, mais en le renfermant dans le cercle restreint que formaient les citoyens. "Il s'attacha même à réduire le nombre, convaincu que le pouvoir y gagnerait et que les besoins de la défense n'en seraient pas moins assurés. La démocratie athénienne fut vraiment une aristocratie composée de quatorze ou de vingt mille
citoyens (1), au milieu d'un nombre considérable de métèques et d'une mullitude d'esclaves. La race seule ne leur donnait pas cette supériorité que la loi établissait. Ils étaient, par une aptitude naturelle, et grâce au développement que les assemblées, le théâtre, les conversations des gymnases et de la place publique, les enseignements des maîtres, les traditions de famille, la culture et le goût des arts assuraient à leurs riches facultés, une véritable élite au milieu d'habitants venus de toutes parts.
Aussi, Thucydide a-t-il pu représenter le gouvernement de Périclès comme une sorte d'aristocratie à laquelle on donnait le nom de gouvernement démocratique, mais qui, dans le fait, était une véritable monarchie où le premier des citoyens avait seul toute Tautorité (2).
Aussi Burnouf a-t-il pu dire avec raison (3) : «Les Athéniens du temps de Périclès soumis à une constitution dont ils étaient les maîtres, devenaient, au sein de la liberté la plus grande, des politiques à la fois réfléchis, modérés et énergiques, dont l'action était d'autant plus calme, qu'elle était plus souveraine et mieux calculée. »
Thucydide (4) met dans la bouche de Périclès ces paroles qui exposent toute sa politique intérieure : « Gomme nous ne gouvernons pas dans l'intérêt de
(1) Un recensement fait par Périclès supprima plus de cinq mille citoyens k qui ce titre fut enlevé parce qu'ils n'étaient Athéniens que par leur père ou par leur mère. On revint sur cette mesure après sa mort. (2) II, 96.
(3) Histoire littéraire de la Grèce, I, p. 359.
(4) Oraison funèbre des guerriers morts dans la première année de la guerre du Péloponèse.