CHAPITRE IV
En 424, il s'empara de Cythère, et fit périr en Gynurie ce qui restait des malheureux Éginètes. Démosthène faillit entrer par trahison à Mégare, et se rendit maître de Nysée, au moment où Athènes, oubliant sa gloire passée et tout entière au désir de supplanter Sparte, entrait en négociations avec les satrapes du roi des Perses.
Une tentative pour fermer Tisthme aux Spartiates, et qui aurait donné aux Athéniens Mégare, Lystrées et Délium, échoua, et, auprès de cette dernière ville, les Athéniens perdirent mille hoplites.
Brasidas, habile général Spartiate, comptait sur le roi de Macédoine, allié peu sûr d'Athènes, pour s'emparer de la Thrace et de la Chalcidique, espérant enlever ainsi aux Athéniens les bois de construction nécessaires à leurs vaisseaux. Il prit, par d'habiles procédés, Acanthe, Stagire et Amphipolis, sema la division et augmenta le nombre des envieux et des ennemis d'Athènes.
Cependant, cette guerre, où Ton se faisait beaucoup de mal et où l'on n'obtenait aucun succès décisif, fatiguait les deux villes. Elles conclurent en 423 une trêve d'un an. Chacun conserva ce qu^il possédait. Les alliés de Sparte purent naviguer sur toutes les mers qui baignaient leurs côtes ; la personne des hérauts et des députés était sacrée, et ceux qu'avait jusqu'alors animés une haine implacable, s'engagèrent à travailler de toutes leurs forces à une paix définitive.
Une circonstance malheureuse retarda les effets de cette bonne volonté. Brasidas avait pris Scioné deux jours après la trêve. Il refusa de la rendre.
Nicias la reprit. La guerre continua, et Cléon, nommé général, voulut en finir par un coup d'éclat, ce qui était nécessaire pour retenir la faveur populaire. Après avoir pris Toroné et Galepsos, il en vient aux mains avec Brasidas devant Amphipolis. Il fut vaincu et périt ainsi que son vainqueur dans l'action (422). La paix était dès lors facile. Elle fut faite par Nicias et le roi Plistoanax. On remit tout dans l'état antérieur; mais les Thébains n'ayant pas voulu céder Platées, Athènes reçut trois villes en dédommagement. Par un traité particulier avec Sparte, une alliance offensive et défensive fut conclue pour cinquante ans (421). Dix ans de guerre avaient fait couler des torrents de sang, amassé des ruines et préparé des conflits plus graves et plus douloureux encore. Aucune des deux villes engagées dans cette guerre pour la prépondérance, n'en retirait aucun avantage politique.
3. Alcibiade remplit par son influence et ses actes la seconde période de la guerre du Péloponèse, comme Périclès, par une politique habile et vigoureuse qui lui survécut, domine toute la première.
Alcibiade est le représentant le plus fidèle de l'esprit athénien, et, si Cornélius Népos a pu dire que « la nature a expérimenté en lui ce qu'elle pouvait faire (1), » il n'est pas inutile d'ajouter que (( rien ne l'emporta sur lui, soit en vices, soit en vertus (2). »
(1) In hoc naturel quid efficere possit videtur experta. {Alcibiade, 1.)
(2) jSihil eo fuisse excelleniius, vel in vitiis, vel in virtutihus. {Alcibiade, 1.)