‹ Les institutions d'AthènesChapitre 112 sur 335 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ce régime, établi à Argos, fut renversé par l'indignation populaire à la suite d'un acte de violence, et Alcibiade essaya de relever les murs de la ville dégagée de l'influence Spartiate. Il n'y parvint pas, et Argos, dont la gloire était ancienne et qui oscillait sans cesse entre l'aristocratie et la démocratie, ne se releva plus de son abaissement.

Athènes, dont l'influence avait subi de graves atteintes au nord de la mer Egée, voulut se venger sur l'île de Mélos, dont la population, d'origine dorienne, avait plusieurs fois montré une indépendance mêlée de provocations. Elle fut assiégée et prise. Sparte, qui lui avait promis son secours, ne put que regretter une lenteur qui avait laissé frapper de mort toute la population adulte et jeter sur les marchés publics les femmes et les enfants. Des massacres de cette nature, plusieurs fois renouvelés par le peuple dont la culture intellectuelle était le plus développée, montrent que le commerce des philosophes, des orateurs, des poètes, des artistes, et les habitudes d'une vie élégante n'excluent pas les violences, et que les lois de l'humanité sont trop souvent outragées par ceux-là même qui s'en proclament les défenseurs.

•i. Alcibiade avait besoin d'une expédition qui mît en relief ses talents et lui assurât la domination morale avec l'autorité politique dans Athènes. Le projet d'une descente en Sicile était ancien. On s'en était occupé sous Périclès(l), et, après sa mort, on en avait préparé Texécution. Des galères athéniennes

(1) PlutarquEj Alcibiade^ 20.

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étaient allées au secours des colonies ioniennes, que les cités doriennes, placées sous l'influence de Sparte, avaient menacées. La lutte était restée circonscrite, mais les préventions contre Athènes avaient grandi, et on ne doutait guère dés dangers que faisait courir à tous son ambition.

Syracuse avait ruiné Leontium, et reçu dans ses murs une partie de sa population. En 422, Athènes forma une ligue contre la cité dorienne, sans trouver une occasion de tenter quelque chose de sérieux. Mais, lorsque Ségeste, au milieu de la lutte qu'elle soutenait contre Sélinonte, alliée de Syracuse, vint demander du secours, elle trouva les dispositions les plus favorables. Alcibiade prit en mains sa cause, et la rendit tellement populaire, que ce fut une espèce de folie universelle.

Pour quelques-uns, l'abaissement de la riche orgueilleuse Syracuse était un but digne de la grandeur d'Athènes; pour Alcibiade, le prélude de plus vasles conquêtes en Afrique et en Italie. Les sages se turent ou ne furent pas écoutés. On nomma des généraux. Nicias, désigné avec Alcibiade et Lamachos, exposa vainement les dangers de cette guerre lointaine. La mutilatio'n des Hermès attribuée à Alcibiade, à la suite d'une débauche, suspendit un moment le départ. Alcibiade voulait se justifier, comptant bien éloigner les soupçons et garder entière la faveur. Le peuple ne le permit pas, et il dut partir avec cent quarante trirèmes, cinq mille cent hommes de troupes réglées et près de treize cents archers, frondeurs ou soldats légèrement armés. Arrivé en Sicile, au lieu d'aller droit à Syracuse,

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