CHAPITRE IV
ce qui aurait probablement réussi, il surprit Catane qui devint ralliée d'Athènes. Ce fut son seul exploit, car le vaisseau de Salamine, dont le départ avait suivi de quelques jours celui do la flotte, lui apporta l'ordre de rentrer à Athènes et de répondre devant le peuple aux accusations de sacrilège. Il partit, mais s'arrêta à Thurium. « Le peuple le condamna à mort par contumace, confisqua ses biens, et ordonna à tous les prêtres et à toutes les prêtresses de le maudire. Théano seule , fille de Ménon, prêtresse du temple d'Aglaure, désobéit en disant qu'elle était prêtresse pour bénir et non pour maudire (1). » Lysias dit que a les prêtres et les prêtresses, étant debout, le maudirent sur le soir, en secouant leurs robes de pourpre, suivant l'usage antique d'Athènes (2). »
A la mutilation des Hermès se joignait la profanation des mystères. Le peuple, qui craignait d'être victime de ces attentats contre les dieux, y voyait une menace contre la sécurité de la ville , et se montra impitoyable dans ses vengeances.
Le départ d'Alcibiade qui était l'âme de l'expédition, découragea l'armée. Nicias, qui aurait pu surprendre Syracuse s'il eût agi résolument, parvint cependant à débarquer son armée, et à occuper sous les murs une position importante. Il battit les Syracusains, alla hiverner à Naxos, revint au printemps et essaya d'envelopper la ville par un double mur. Les Syracusains lui opposèrent des travaux de même nature et livrèrent plusieurs combats. Lama-
(1) Plutarquk, Alcihiade, 26.
(2) Accusation contre Audocide.
212 INSTITUTIONS d'aTHÈNES
chos fut tué, et Nicias resta seul à la tête de l'armée.
Il avait reçu des renforts de la Sicile et de l'Italie, mais Syracuse put faire entrer dans ses murs une petite armée lacédémonienne conduite par Gylippos. Alcibiade, réfugié à Sparte, l'avait pressée de marcher au secours de Syracuse, de recommencer la guerre et de fortifier Décélie. Le choix de Gylippos comme général fut aussi malheureux pour Athènes qu'avantageux à Syracuse. Il avait la valeur Spartiate et la ténacité éclairée qui assure le succès.
La confiance des assiégés fut dès lors telle, que les Athéniens reçurent l'invitation de se retirer, le général leur offrant toute sûreté pour le départ. Nicias répondit par des railleries. Mais, à Syracuse, la confiance augmentait autant qu'elle diminuait dans l'armée athénienne. Nicias se fortifia dans son camp, abandonnant presque le siège. Il fut battu par Gylippos, et dut faire connaître à Athènes les difficultés présentes et le danger prochain.
Athènes envoya une armée nouvelle sous le commandement de Démosthène et d'Eurymédon. Gylippos, après avoir fortifié sur l'île les alliances de Syracuse, attaqua par terre et par mer l'armée athénienne, lui enleva ses forts et lui prit ses provisions, ses bagages et toutes ses réserves. L'arrivée de Démosthène releva les courages. Il attaqua résolument, se crut trop tôt vainqueur, manqua son but et perdit deux mille hommes.
Après cet échec, Démosthène aurait voulu quitter la Sicile. Nicias, qui connaissait la détresse de Syracuse, s'y opposa, mais on résolut de passer à Gatane et à Naxos la saison des maladies. Un retard pro-