CHAPITRE IV
voqué par une éclipse de lune permit aux Syracusains d'attaquer la flotte athénienne, de lui prendre dixhuit vaisseaux et de fermer le port.
Pour briser cette barrière , cent dix vaisseaux d'Athènes se jetèrent sur la flotte syracusaine. Après une lutte acharnée, les Athéniens furent refoulés sur le rivage. L'armée de terre vint à leur secours et sauva ce qui pouvait être sauvé. Mais les morts ne durent pas recueillis, ce qui permet de juger de l'étendue du désastre, et lorsque, le lendemain, Démosthène, faisant monter sur les bâtiments toutes les troupes, voulut, avec les soixante vaisseaux qui lui restaient, forcer le passage, le découragement était tel que les équipages refusèrent le service.
11 fallut fuir par terre. Quarante mille hommes partirent en deux corps, sous le commandement de Nicias et de Démosthène, abandonnant leurs malades et leurs blessés. Les Syracusains les suivirent, les harcelant, enlevant les retardataires, égorgeant les soldats isolés. Démosthène, enveloppé, dut mettre bas les armes. Nicias, dont les propositions furent rejetées, arriva jusqu'au fleuve Asinaros qu'il ne put passer, et, après avoir perdu dans les eaux ou par les traits ennemis la plus grande partie de son armée, il se rendit à Gylippos (septembre 413).
« Démosthène, dit Pausanias (1), ne voulut pas être compris dans la capitulation qu'il fit pour ses troupes, et lorsqu'il se vit pris, il voulut se tuer. Nicias, au contraire, se rendit volontairement. Il fut donc convaincu de s'être offert à l'esclavage, lâcheté indigne d'un guerrier, et qu'on a punie en ne gra-
(1) AttiquPj 29.
vant point son nom sur le cippe de son tombeau. » Les deux généraux furent mis à mort, malgré l'intervention du général lacédémonien. On jeta aux carrières les Athéniens et les Siciliens qui avaient embrassé leur parti. Les valets de l'armée et les alliés furent vendus à l'encan. La plupart des prisonniers périrent de misère. Quelques-uns furent sauvés par les vers d'Euripide qu'ils avaient récités et appris à leurs maîtres.
Athènes reçut de ces malheureux événements une atteinte profonde. On ne la jugea plus invincible, et l'affaiblissement en hommes et en ressources, qui fut la suite de ce désastre, l'aurait rendue impuissante, si son énergique patriotisme n'avait été encore audessus des coups de la fortune.
5. Les ennemis d'Athènes étaient pleins d'espérances, ses alliés hésitaient, et la Perse intervenait de nouveau dans les affaires de la Grèce. Malgré des efforts inouïs, elle se heurta à la vengeance implacable d'Alcibiade, qui souleva toute l'Ionie, accompagna partout les généraux de Sparte, et fit à sa patrie le plus grand mal (i). Retiré auprès de Tissapherne, par défiance des Lacédémoniens à qui il savait bien qu'il finirait par être suspect, il lui livrait la Grèce, « lui conseillant de secourir faiblement les Spartiates, de laisser les deux peuples s'affaiblir et se miner insensiblement, afin que le grand roi pût les soumettre plus aisément (2). o
La flotte athénienne était aussi nombreuse et aussi
(1) Voir Plutarque, Alcibiade, 29.
(2) Plutarque, Alcibiade, 30.