‹ Les institutions d'AthènesChapitre 115 sur 335 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

brillante qu'aux plus beaux jours. Elle avait empêché les vaisseaux péloponésiens de sortir du golfe Saronique, s'établit à Samos où elle compta jusqu'à cent quatre trirèmes, recouvra Lesbos, Clazomènes et vainquit près de Milet la flotte péioponésienne (412). Alcibiade entra en relations avec les chefs, leur persuada qu'il pourrait être utile à Athènes, après lui avoir fait ressentir les effets de sa vengeance, et se montra le dispensateur de l'alliance du grand roi et de son hostilité. Mais il ne pouvait rentrer à Athènes sous le gouvernement qui l'avait chassé, et son retour était subordonné à une révolution intérieure.

Ses propositions furent portées à Athènes. On hésita. Nul n'osait toucher à ce gouvernement qui avait fait la grandeur passée. Mais le parti aristocratique veillait et l'imposait par la terreur. Les assassinats se multiplièrent, et le conseil des Cinq cents dut délibérer sous les poignards. Le peuple lui-même était séduit ou terrifié, et dans une assemblée tenue hors de la ville, contrairement aux lois, il donna à dix citoyens un pouvoir absolu pour changer la Constitution.

L'assemblée fut fixée à cinq mille citoyens choisis par les quatre cents qui avaient remplacé les cinq cents. Le triobole fut supprimé pour le service intérieur, c'est-à-dire pour les assemblées politiques et pour le théâtre. On ne toucha pas à la solde de l'armée.

Le nouveau pouvoir fut installé au milieu d'un appareil militaire qui prouvait la violence faite au sentiment national. Le bannissement, la perte de

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la liberté ou la mort frappèrent ceux des citoyens qui manifestèrent leur indignation , ou laissèrent soupçonner des projets de résistance. Alcibiade ne fut pourtant pas rappelé. Par ce changement intérieur, Athènes se rapprochait de Sparte. Agis crut pouvoir hâter le dénouement, et, avec une armée nombreuse, se précipita sur cette rivale qui s'abandonnait elle-même, espérant la surprendre ou la voir courir au-devant de la servitude. Le peuple, malgré la faction aristocratique , et certainement sans son concours, prit les armes et repoussa l'ennemi.

Une révolution pareille devait éclater à Samos. Elle fut comprimée par l'armée. Il y eut donc deux Athènes, celle de l'Attique, qui avait rompu avec elle-même, et celle de la flotte fidèle à son passé. Alcibiade, comprenant où était la force, changea de rôle. Il se déclara l'ami du peuple, promit l'amitié de Tissapherne qu'il brouilla avec Sparte, fut élu général, et, calmant l'ardeur de l'armée qui voulait marcher contre le gouvernement usurpateur, attendit les événements. Cette résolution d' Alcibiade sauva Athènes. Si l'armée avait quitté Samos, les Péloponésiens se seraient emparés sans peine de l'Ionie et des villes restées fidèles à la cause qu'ils combattaient. D'un autre côté, la guerre civile entrait à Athènes, et qui eût pu calculer les conséquences d'une lutte sanglante au pied des murs ou dans leur enceinte?

La division était dans Athènes. Les quatre cerits n'avaient point nommé les ciîiq mille qui devaient former l'assemblée. Ils faisaient bâtir au Pirée un fort que le peuple considéra comme une menace, et qu'il démolit au moment où quarante vaisseaux

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