CHAPITRE IV
lacédémoniens paraissaient pour s'en emparer. L'ennemi fut repoussé; mais la flotte athénienne, surprise, perdit vingt-deux vaisseaux, et l'Eubée, h grenier de l'Attique, fut le prix de cette victoire.
La situation était critique pour Athènes. Le peuple reprit le pouvoir, déposa les quatre cents, et rentra dans les conditions anciennes, cherchant l'équilibre entre deux pouvoirs qui se nuisaient mutuellement, au lieu de chercher l'intérêt commun.
Les chefs de cette tentative qui, pour Alcibiade, n'avait d'autre but que son retour, et qui faillit subordonner Athènes à Sparte , périrent de mort violente. Aristarque et Antiphon subirent leur peine après un procès qui laissa toute liberté à leur défense. Phrynicos avait été assassiné, après son ambassade à Sparte, par un des gardes d'Hermon. Des lettres d'Alcibiade l'avaient accusé de vouloir livrer la flotte à Sparte. (1). L'information faite à la suite de ce meurtre prouva la culpabilité de Phrynicos.
6. Cependant, la guerre continuait. Abydos, Lampsaque et Byzance rentrèrent dans ralliance d'Athènes. Soixante-cinq galères athéniennes vainquirent auprès de Sestos soixante-sept trirèmes du Péloponèse (411). Un engagement auprès d'Abydos dura tout le jour, et se termina heureusement par l'intervention d'Alcibiade.
Gomme les Athéniens manquaient d'argent, il en demanda à Tissapherne, dont la politique était alors favorable à Sparte, et qui le fit arrêter. Il s'échappe (410), court à la flotte athénienne, attaque les Pélo-
(1) Voir Plutarque, Alcibiade, 32.
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ponésiens, et prend tous leurs vaisseaux auprès de Cyzique. Mindaros et Pharnabaze, qui étaient venus à leur secours, furent complètement défaits. Mindaros périt dans le combat, et Pharnabaze se déroba péniblement à une poursuite obstinée.
Sparte proposa la paix sur la base du retour aux anciennes possessions pour les deux belligérants. Athènes y aurait trop perdu, elle refusa. D'ailleurs ses succès lui ramenaient chaque jour ses alliés et lui en donnaient de nouveaux.
Ces peuples et ces villes montrent une perpétuelle inconstance qu'il ne faut pas attribuer uniquement à la mobilité grecque. Il y avait partout deux factions en présence : la faction aristocratique et la faction démocratique. Le pouvoir d'aucune d'elles n^était nulle part assez solidement établi, pour que la politique extérieure restât fidèle à elle-même. Elle penchait vers Athènes ou vers Sparte, selon l'esprit et l'intérêt des maîtres du moment, n'hésitant pas, lorsqu'il y avait quelque satisfaction d'intérêt, à entrer dans les rangs de ceux qu'elle avait combattus.
Il faut joindre à cette cause générale la facilité avec laquelle on s'éloigne des vaincus pour courir au devant du vainqueur. On oublie ainsi sa dignité, mais on croit assurer sa tranquillité présente ou en préparer le retour.
Pendant les années 409 et 408, les succès furent partagés. La flotte , divisée en deux parties sous le commandement de Thrasybule et d'Alcibiade, montra aux îleSjàlaThrace, à l' Asie-Mineure combien étaient inépuisables les ressources d'Athènes. Elles se réunirent au Pirée, et le retour d'Alcibiade eut un