CHAPITRE IV
caractère triomphal. « Tous ses vaisseaux étaient garnis d'une grande quantité de boucliers et de dépouilles; ils traînaient à leur suite plusieurs galères ennemies et portaient les enseignes d'un plus grand nombre d'autres qui avaient été détruites. Les unes et les autres ne montaient pas à moins de deux cents (1). »
Le peuple le louait, rappelait ses malheurs et comptait tout ce qu'ils avaient coûté à la patrie. Alcibiade se montra modeste, rejeta tout sur un « démon jaloux de sa gloire » et exhorta le peuple à reprendre courage. On accumula sur lui les honneurs, et l'on eut soin surtout de faire rétracter par les prêtres qui furent ensuite révoqués, les malédictions prononcées àla suite de l'accusation de sacrilège (^07).
L'enthousiasme fut tel que le peuple qui ne connaît pas les tempéraments, aurait voulu faire de lui un roi (2). Aussi les grands avaient-ils hâte de le voir partir. Pour frapper les imaginations, et peut-être aussi pour effacer les derniers souvenirs de la violation des mystères et de la mutilation des Hermès, il fit reprendre par terre la procession d'Athènes à Eleusis, à qui, depuis le commencement de la guerre, lesPéloponésiens n'avaient laissé que la voie de la mer.
On crut que rien ne lui résisterait. Il échoua devant Andros, et se trouva en présence, dans l'Asie-Mineure, non plus d'un satrape comme Tissa-
(1) Plltabque, Alcibiade, 40.
(2) Ainsi le peuple qui vient d'applaudir à la mort de César, veut ramener chez lui en triomphe Antoine, et un citoyen s'écrie : « Faisons de lui un autre César! » (Shakspeare, Jules César j Acte III, se. II.)
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pherne, dont la politique était changeante, mais du fds du roi Gyrus, dont les préférences étaient pour Sparte. Il eut pour adversaire Lysandre, aussi habile que courageux, aussi entreprenant que dégagé de scrupules.
Pendant qu'Alcibiade faisait des courses aventureuses, Lysandre désorganisa sa flotte, en élevant à quatre oboles la solde de ses matelots. Les mercenaires ne résistaient pas à ces avantages. Alcibiade avait laissé le commandement à Antiochus, « bon pilote, mais homme étourdi (1), » qui provoqua Lysandre, se fit poursuivre, engagea toute la flotte et perdit plusieurs vaisseaux.
Cet insuccès, le désordre de l'armée, les plaintes des alliés que l'on rançonnait firent croire à la trahison d'Alcibiade. Dix généraux furent envoyés pour le remplacer. L'armée dont il avait été l'idole le laissa partir sans regrets. Il entraîna quelques soldats étrangers et alla faire pour son compte une guerre qui pouvait servir à sa fortune, mais non à sa gloire. Le reste de sa vie est étranger à l'histoire d'Athènes. Il essaya cependant d'être utile à cette ville, à qui il avait fait tant de mal, en avertissant, avant la funeste bataille d'^gos-Potamos, les généraux athéniens du danger que leur faisaient courir le désordre de l'armée et le mépris qu'elle montrait aux Lacédémoniens. Il ne fut pas écouté. Il se retira en Bithynie et cultiva l'amitié de Pharnabaze, par qui il espérait pouvoir trouver un refuge à la cour d'Artaxerxès. Mais Sparte n'était pas tranquille tant qu'Alcibiade vivait. L'ordre qu'elle donna à Lysandre
(1) Plutàrque, Alcibiade^ 43.