CHAPITRE IV
de se défaire de lui, est le dernier éloge de cet homme extraordinaire et la preuve qu'on le croyait toujours attaché à sa patrie.
Des gens envoyés pour le tuer n'osèrent entrer dans sa maison et y mirent le feu. Il en sortit l'épée à la main, écarta ses agresseurs, et tomba sous une grêle de flèches lancées par des meurtriers qui n'osaient l'approcher.
Les anciens ont loué Alcibiade sans cacher aucune des faiblesses par lesquelles il ternit ses grandes qualités. Voltaire en parle ainsi (1) : « Alcibiade était un simple citoyen, riche, ambitieux, vain, débauché, insolent, d'un caractère versatile. Je ne vois rien d'admirable à faire quelque temps mauvaise chère avec les Lacédéraoniens, lorsqu'il est condamné dans Athènes par un peuple plus vain, plus insolent et plus léger que lui, sottement superstitieux, jaloux, inconstant, passant chaque jour de la témérité à la consternation, digne enfin de l'opprobre dans lequel il croupit lâchement depuis tant de siècles, sur les débris de la gloire de quelques grands hommes et de quelques artistes industrieux. » On pourrait trouver Voltaire bien sévère pour Alcibiade et bien dur pour Athènes, si l'on ne savait qu'il avait l'habitude de se dédommager par l'excès de l'éloge de l'excès du dénigrement.
7. Lysandre, dont le commandement ne pouvait se prolonger au delà d'une année, eut pour successeur un véritable Spartiate, Callicratidas. L'argent lui manquait, et il fut obligé d'aller en demander au
(1) Essai sur les mœurs, liv. Y, ch. L.
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prix de douloureuses humiliations à Cyrus. Il prit Méthymne et enferma Conon dans Mitylène, après lui avoir enlevé trente galères. Athènes lui en envoyait quelques jours après cent dix, dernier effort d'un patriotisme que les défaites pouvaient épuiser, mais non abattre.
La lutte s'engagea auprès des Arginuses sur les côtes d'Éolide (juillet 406). Callicratidas fut vaincu et périt dans les flots. Sparte perdit soixante-dix galères, Athènes vingt-cinq. Une tempête qui s'éleva après la bataille fut plus désastreuse, et un grand nombre de matelots et de soldats furent engloutis.
Les généraux ne purent leur rendre les honneurs funèbres. On les déposa, et on les mit en accusation. « Chacun se défendit en quelques mots, le temps légal ne leur ayant pas été accordé (1). » Ils avaient confié ce soin à des triérarques capables, mais la tempête ne leur permit pas de remplir leur office. L'affaire ne put être terminée le jour même, et fut renvoyée après la fête des Apaturies. Le peuple, touché par les témoignages de douleur de ceux dont les parents avaient péri dans le combat et la tempête, ne se laissa pas convaincre par les stratèges et leurs défenseurs. Ils furent condamnés et exécutés. Mais ce peuple, si prompt à s'émouvoir et à frapper, ne tarda pas à connaître la vérité et à se repentir.
Lysandre essaya de réparer le désastre des Arginuses. L'or de la Perse lui permit de refaire rapidement sa flotte, et une incursion en Attique obligea Athènes à diviser ses forces. Il rentrait dans THellespont après avoir saccagé Lampsaque, lorsqu'il se
(1) Xénophon, Helléniques, I, ch. VII.