CHAPITRE IV
trouva en présence de cent quatre-vingts galères d'Athènes, qui lui offrirent le combat. Il resta immobile. Pendant quatre jours, les provocations ne cessèrent pas, et la confiance des Athéniens augmentant après ces faciles succès, on ne prenait aucune précaution. On descendait à terre où l'on ne se gardait pas. Le cinquième jour, vers le soir, sur un signal donné, la flotte lacédémonienne se précipite contre les vaisseaux athéniens abandonnés et s'en empare, après avoir mis hors de service ceux que montaient quelques hommes. Le désastre dépassa tous ceux de cette guerre et des guerres précédentes. Trois mille prisonniers furent égorgés. Athènes avait perdu sa dernière flotte et sa dernière armée.
Lysandre reçut la soumission de toutes les villes devant lesquelles il passait. Il arriva jusqu'à Byzance et à Ghalcédoine qui renvoyèrent les garnisons athéniennes, et quelques jours après la victoire d'iEgos-Potamos, il était devant le Pirée. Les Athéniens qu'avait abattus cet immense désastre se relevèrent avec une prompte énergie. « Ils prennent la résolution d'obstruer les ports, un seul excepté, de réparer les murs, d'établir des gardes, de prendre enfin toutes les mesures pour mettre la ville en état de soutenir un siège (1). » Pausanias, à la tête d'une nombreuse armée , campait dans les jardins de l'Académie.
Mais les vivres leur manquent. Ils envoient des députés à Agis pour demander la paix. Agis déclare n'avoir point les pouvoirs requis, et les engage à se rendre à Sparte. Quand les ambassadeurs sont arri-
(1) Xénophon, Helléniques, II, 2.
vés aux frontières de la Laconie, les éphores leur déclarent que, s'ils n'ont à dire que ce qu'ils ont communiqué à Agis, ils peuvent se retirer. Ils s'étaient mis à la disposition du vainqueur, renonçant à toutes leurs alliances et demandant seulement de conserver les murs et le Pirée.
Cependant les factions agitaient la ville, et le malheur commun ne mettait pas fin aux compétitions des partis. Théramène sollicita d'être envoyé comme négociateur à Lysandre. Après trois mois d'absence — a il épiait, dit Xénophon (1), le moment où les Athéniens devraient, faute de vivres, accepter tout ce qu'on leur proposerait, » — il rentra disant qu'il était attendu à Sparte. Il fut envoyé avec neuf collègues chargés de pleins pouvoirs auprès des éphores, « seuls arbitres de la paix et de la guerre. »
Dans l'assemblée, plusieurs peuples, et à leur tête les Corinthiens et les Thébains, déclaraient qu'il ne fallait point traiter avec Athènes, mais la raser. « Les Lacédémoniens déclarent qu'ils ne réduiront point en esclavage une ville qui a rendu de grands services dans les dangers qui ont menacé la Grèce. On conclut donc la paix à condition que les Athéniens abattront les Longs-Murs et les fortifications du Pirée, livreront tous leurs vaisseaux à l'exception de douze, rappelleront les exilés, auront les mêmes amis et les mêmes ennemis que les Lacédémoniens, et les suivront sur terre et sur mer partout où ceux-ci le voudront (2). »
Il fallut subir ces conditions et voir ce qui restait
(2) Xénophon, Helléniques, II, 2.