‹ Les institutions d'AthènesChapitre 125 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Un succès naval consola les Athéniens. Après la bataille d'iEgos-Polamos, Gonon s'était enfui auprès d'Évagoras, roi de Gypre, et de là chez Artaxerxès. Il ne cherchait qu'une occasion de rendre à Sparte tout le mal que sa patrie en avait reçu. A la tête des vaisseaux athéniens, qu'il avait réunis auprès de Gnide, il attaque Pisandre, navarque lacédémonien, qui, abandonné par ses alliés de l'aile gauche, se bat avec courage et meurt avec honneur. Les vaisseaux sont coulés, abandonnés, jetés à la côte et pris (394).

Gonon avait chassé les harmostes lacédéraoniens des villes grecques de l'Asie-Mineure, ravagé les côtes de la Messénie, et préparé, grâce au concours intéressé de Pharnabaze, le rétablissement des murs d'Athènes. Mais l'amitié des satrapes n'était pas sûre, et Gonon périt, peut-être assassiné à Sardes ou en Gypre. Il avait fait beaucoup pour Athènes, et Athènes, « qui n'était avare que de louanges (1), » honora sa mémoire en lui élevant une statue en bronze, distinction qui n'avait pas été accordée depuis Harmodios et Aristogiton.

Les guerriers morts dans les batailles les plus glorieuses n'avaient sur leur tombeau d'autre inscription que celle-ci : « Ici reposent ceux qui sont morts en telle guerre (2). » Les statues et les monuments se multiplièrent lorsque les grands hommes

contre sa patrie. Athènes le bannit alors par un décret. Ce bannissement explique, sans les excuser, ses nombreuses injustices à l'égard de ceux qu'il considéra dès lors comme des ennemis. Cette faute de Xénophon est malheureusement immortelle comme ses Helléniques.

(1) Prêter laudem nullius avaris. TIurace. Art poétique, 323.

(2) Pausanus, Attique, 29.

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furent plus rares. L'admiration se prodigue d'autant plus qu'elle est moins justifiée.

La guerre continua pendant six ans. Sparte détacha Athènes de l'alliance en l'autorisant à relever ses murs, à construire des vaisseaux, et en lui rendant Lemnos, Imbros et Scyros. Mais la force revenait lentement à ce corps épuisé par tant de secousses et des pertes si cruelles. Les Éginètes avaient surpris le Pirée. Le commerce, qui faisait circuler la vie dans Athènes et lui donnait le moyen de subvenir aux dépenses de ses guerres, était languissant, et se dégageait péniblement des entraves formées par la rivalité des uns et la défiance des autres. La guerre avait ses intermittences, la paix ses surprises. L'alliance avec Sparte n'était ni honorable ni sûre. L'hostilité ouverte contre elle aurait demandé des appuis sur lesquels Athènes ne pouvait compter dans l'état de division et de défiance de la Grèce.

Est-il étonnant que le roi de Perse intervienne si fréquemment et avec succès? La Grèce n'avait plus de ville autour de laquelle elle put grouper ses forces ; et, sans confiance en elle-même, comme sans souci de sa dignité, elle acceptait une protection qui, pour diviser et pour corrompre, répandait l'or avec profusion. Athènes parut, en plusieurs circonstances, se rappeler les devoirs que lui imposait son passé. Elle soutint Évagoras contre Artaxerxès, fit alliance avec deux princes de Thrace, avec Byzance et Ghalcédoine , et rétablit les droits de péage qu'elle prélevait auparavant sur les marchandises de l'Euxin.

La Perse s'inquiéta de ces succès, et Sparte y vit le commencement d'un retour de fortune. Elle avait.

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