CHAPITRE V
alors dans la mer Egée une flotte qui battit et prit, dans une lutte contre Thrasybule de Colytte (1), plusieurs vaisseaux athéniens. Antalcidas, qui les commandait, vit venir à lui douze vaisseaux de Syracuse, plusieurs de l'Ionie, et avec quatre-vingts trirèmes tint l'empire de la mer, et enferma dans le Pont les vaisseaux athéniens, ou les força à se réfugier chez leurs alliés.
Athènes en conçut de vives craintes. Elle avait beaucoup à souffrir des pirates d'Egine, ne trouvait pas d'alliance sûre, et, impuissante à reconquérir sa situation passée, n'aspirait qu'au repos. La Grèce toute entière était fatiguée de ses agitations et de ses luttes. Sparte voyait se multiplier pour elle les embarras, et se sentait portée par un intérêt égoïste vers ceux qui l'avaient si souvent soutenue et ne lui ménageaient pas l'or, quand cette profusion était utile à leurs desseins.
Elle négociait depuis quelque temps par l'intermédiaire d'Antalcidas. « C'était un Spartiate, fils de Léon, si zélé pour les intérêts du roi, qu'il lui fit céder par les Lacédémoniens toutes les villes grecques d'Asie, avec les îles qui en faisaient partie et tous les tributs qu'on en retirait. Telles furent les conditions de cette paix, si toutefois on peut appeler de ce nom un traité perfide, qui fit l'opprobre de la Grèce, et dont l'issue fut plus ignominieuse que n'aurait pu l'être la guerre la plus funeste (S2). »
Xénophon l'apprécie d'une manière plus indulgente et plus fausse, comme il convenait à un Lacédémonien,
(1) XÉNOPHON, Helléniques, V, l
(2) Plutarque, ArtaxerxèSy 24.
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car il avait pris les sentiments de sa nouvelle patrie. Après avoir montré que le traité était devenu nécessaire, il en donne la teneur. « Le roi Artaxerxès regarde comme juste que les villes situées en Asie, ainsi que les îles de Glazomène et de Cypre, soient sa propriété, mais que toutes les autres villes grecques, petites et grandes, soient toutes rendues indépendantes à l'exception de Lemnos, Imbros et Scyros, qui, comme par le passé, seront aux Athéniens. Tous ceux qui n'accepteront point cette paix, je leur ferai la guerre avec ceux qui l'acceptent, et cela sur terre et sur mer, n'épargnant ni vaisseaux, ni argent (1). »
Les députés des villes jurèrent cette paix « connue sous le nom d'Antalcidas, et qui donna aux Lacédémoniens une supériorité incontestable (2). » Cette indépendance était trompeuse, car elle isolait les cités et laissait les plus faibles et les plus paisibles à la merci des plus fortes et des plus turbulentes. Le roi des Perses était l'arbitre de la Grèce, et ce que trois millions d'hommes n'avaient pu faire, la politique étroite d'une ville le rendit possible et le réalisa. Isocrate, comparant l'état antérieur d'Athènes à celui que lui fit la paix d'Antalcidas, ne se montre pas aussi indulgent que Xénophon. « Nous marquions autrefois, dit-il, les limites de l'Asie, nous réglions certains tributs, nous fermions les mers au roi de Perse. De nos jours, c'est ce monarque qui règle les affaires des Grecs, qui intime des ordres à chaque peuple, qui établit presque des gouverneurs dans les
(1) Helléniques, V, 1.
(2) XénophoNj Helléniques, V, 1.