CHAPITRE V
On s'en apercevait par comparaison. Personne ne faisait plus la police des mers, et les pirates enhardis arrêtaient le commerce, obligeaient à des armements ruineux et compromettaient tous les intérêts. Les relations entre cités devenaient difficiles ou impossibles, l'industrie s'arrêtait, les approvisionnements manquaient, la source de la prospérité publique était tarie, et chacun se demandait si la Grèce était définitivement condamnée à l'impuissance et au désordre.
On se tourna vers Athènes. Ghios,Byzance, Rhodes, Mitylène, la plus grande partie de l'Eubée, soixantedix villes demandèrent la reconstitution de l'ancienne confédération dont elle était l'épée et le bouclier.
Toutes les villes qui voulurent y entrer envoyèrent des représentants à Athènes. Chacune garda ses lois et son autonomie et fut taxée selon sa population ou ses ressources, pour le tribut et le contingent d'hommes. Ce qui distingua cette confédération de celle dont Aristide avait été le régulateur, c'est qu'elle joignait, grâce à Thèbes, une forte armée de terre à la flotte. On eut vingt mille hoplites, cinq cents cavaliers et deux cents vaisseaux.
Sparte fit une organisation pareille et partagea SCS alliés en dix sections. La guerre commença aussitôt (378).
Agésilas entra en Béotie et fut repoussé, malgré sa supériorité numérique, par les soldats de Chabrias. Les Béotiens l'observaient, sans se prêter à aucune action générale. Cléombrote ne put franchir le Cithéron, et la flotte lacédémonienne, ayant voulu arrêter les convois destinés à l'Attique, fut attaquée
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par Ghabrias, qui lui fit perdre quarante-neuf vaisseaux et aurait pu l'anéantir (septembre 375).
L'année suivante, au moment où les Lacédémoniens allaient recommencer leur incursion en Béotie, la flotte athénienne ravagea les côtes du Péloponèse, augmenta le nombre de ses alliés et infligea à l'amiral Spartiate un grave échec. Pélopidas attaqua les villes amies de Sparte et battit son armée près de Tégire.
Appelée au secours de Corcyre, Athènes fit des efforts inouïs et, avec des matelots peu exercés, prit neuf vaisseaux syracusains, sur dix que Denys de Syracuse envoyait aux Spartiates.
Thèbes profitait des efforts et des succès d'Athènes. La jalousie ne tarda pas à s'éveiller, et elle conseilla la paix avec Sparte. Rien ne prouve mieux le triste état et l'impuissance de la Grèce, que ces alliances faites, rompues et reprises. La paix fut signée (juin 371). Elle comprenait tous les États de la Grèce; mais les Thébains, ayant voulu faire substituer le nom de Béotiens à celui de leur ville, et n'ayant pu l'obtenir, se retirèrent. Les conditions étaient pour les Lacédémoniens « de relever les harmostes des cités, de licencier leurs armées de terre et de mer et de reconnaître l'indépendance des villes. Il fut établi que dans le cas où un État contreviendrait à ces clauses, ceux qui ne le voudraient pas ne seraient point tenus par leur serment de venir en aide à l'État lésé (1). »
4. Les Athéniens retirent aussitôt les garnisons (1) Xénophon, Helléniques, YI, 3.