CHAPITRE V
des villes, rappellent Iphicrate et la flotte, et l'obligent à rendre tout ce qu'il a pris, depuis que les serments ont été prêtés auxLacédémoniens. Cléombrote reçoit l'ordre de marcher contre les Thébains. Il rencontre à Leuctres l'armée thébaine, l'attaque, est mortellement blessé et complètement battu. Mille Lacédémonicns et quatre cents Spartiates étaient tombés sur le champ de bataille. Le reste avait fui.
Athènes fut effrayée de ce succès qui lui révélait une rivale. « La victoire des Thébains, dit Plutarque (1), est la plus glorieuse que jamais les Grecs aient remportée sur un autre peuple de la Grèce, » et l'on comprend la joie qu'elle dut donner aux ennemis de Sparte. Athènes, partagée entre deux sentiments contraires, comprit qu'il ne lui était pas permis de rester indifférente. Elle avait soutenu Thèbes contre Sparte puissante, elle devait joindre ses efforts à ceux de Sparte contre la menace de la prépondérance de Thèbes.
Elle se hâta d'appeler les villes qui avaient pris part à la paix d'Antalcidas, et leur proposa ce nouveau serment : « Je resterai fidèle au traité que le roi a dicté et aux décrets des Athéniens et de leurs alliés; et, si l'on attaque une des villes qui auront prêté ce serment, je la secourrai de toutes mes forces (2). f> C'était une tentative de résurrection de son autonomie, et il eût été heureux pour la Grèce qu'une ville pût enfin se mettre à sa tête et diriger ses destinées. Sparte était désormais impuissante et n'attendait qu'un dernier coup, Athènes avait plus
(1) Agésilas, 34.
(2) Xénophon, Helléniques^ VI, 5.
d'ambition que de pouvoir, et Thèbes qui s'élevait allait retomber.
Est-il donc étonnant que les factions se soient subitement agitées, et que chaque ville ait vu s'élever en son sein des querelles que l'on croyait éteintes? Les partis vaincus se réveillèrent partout : il y eut du sang versé, et le champ de bataille ne fut plus au loin, chez un peuple ennemi, mais dans les murs et sur la place publique, au milieu de tous les souvenirs du passé qui commandaient une autre conduite.
En 369, une armée thébaine commandée par Éparainondas, le vainqueur de Leuctres, pénétra dans la Laconie et arriva en vue de Sparte. Depuis plus de six cents ans, la Laconie n'avait pas eu à subir d'invasion, et les femmes ne connaissaient pas la fumée d'un camp ennemi. Épaminondas n'osa pourtant pas attaquer. Il quitta le Péloponèse après avoir rebâti Messène sur la pente occidentale du mont Ithôme, et y avoir appelé tout ce qui survivait de Messéniens.
Il rencontra à Tisthme une armée athénienne qui ne put lui disputer le passage. Elle avait été envoyée à la suite d'un conseil tenu à Athènes, et dans lequel les Lacédémoniens et les alliés qui leur étaient restés fidèles, tinrent un langage propre à émouvoir des âmes grandes et généreuses. « La plus belle action, leur disait le Phliasien Proclès, serait de secourir maintenant les armes à la main et à travers les dangers, les Lacédémoniens qui, jadis, vous sauvèrent par un vote sans danger. Si nous-mêmes, nous sommes fiers de vous exhorter à secourir un peuple